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Article24 juillet 2020
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Livres : les bons conseils d'été des professionnels

Après une année hautement mouvementée, voici venu le temps des vacances ! La lecture fait partie des activités estivales préférées. Mais que sélectionner parmi la profusion d'offres ? Nous avons demandé à une douzaine de personnalités de nous faire partager un coup de cœur.

L'an dernier, quelques jours après le lancement du Media social, nous proposions une sélection de livres. Quatorze personnalités du travail social et médico-social choisissaient un livre qui les avait marqués et qu'ils souhaitaient conseiller. Cet été, on reprend la formule, mais avec de nouveaux professionnels. Nombre d'entre eux se sont déjà exprimés sur notre site, notamment à l'occasion de la crise sanitaire. À chacun maintenant de faire son marché pour l'été !  

Diane Bossière : "Lever de nouveaux possibles" 

Diane Bossière dirige l'Unaforis.

Cet été est particulier, unique en son genre. À l’échelle de la planète, nous venons tous de vivre l’expérience inédite et commune d’une pandémie. Chacun de nous l’a vécue intimement différemment, bousculé au tréfonds de lui-même. Alors, avant d’entamer la suite, qui toujours nous dépassera et s’imposera, cet été peut faire pause : jonction entre l’avant et l’après, entre nous-même dans notre devenir intime et l’état du monde.

Dans ce moment, lire ou relire Une seconde vie de François Jullien peut être une source d’inspiration et d’apaisement. Non qu’il faille penser une autre vie en rupture avec la précédente, seulement se donner le temps de penser pour soi une continuité choisie, faite de la sédimentation de ce qu’on a déjà vécu, en laissant aller sa pensée, en la laissant décanter, pour « lever de nouveaux possibles ». Et se permettre une suite « peut-être même plus entière […] parce que désormais plus décidée ; et que, guidée par la lucidité acquise, elle est disposée à risquer davantage ». Une invite à se préparer pour « entreprendre de mieux commencer, de mieux tenter » dès la rentrée…

François Jullien, Une seconde vie, Grasset.

Arnaud de Broca : "Il n'est pas interdit de rire" 

Délégué général de l'Unafo, Arnaud de Broca est le président du collectif Handicaps. Erwann Le Gars

Relire l’intégrale de Gotlib, c’est se replonger dans un univers si particulier, fait de second degré et d’humour noir, mais c’est aussi retrouver des personnages récurrents et familiers, de la fameuse coccinelle au commissaire Bougret, assisté de son fidèle assistant Charolles, du fou de bassan à Isaac Newton... Gai Luron n’est jamais loin, et nous rappelle le génial Droopy de Tex Avery. Toute ressemblance du professeur Burp, vrai-faux scientifique, avec de nombreux intervenants vus et revus à la télévision pendant la crise sanitaire est évidemment fortuite…

L’œuvre de Gotlib a fortement inspiré des générations d’humoristes, comme Alain Chabat, Coluche ou Philippe Gelück, et bien d’autres. Quoi qu’il en soit, après l’année 2019/2020, si particulière, et une rentrée annoncée lourde et tendue, Gotlib reste un refuge permanent et appréciable. On se prend à imaginer comment Gotlib croquerait notre actualité...

Malgré les crises sanitaires, économique et sociale, il n’est pas interdit de rire, chaque page, chaque bulle, chaque arrière-plan garantissant un fou rire. Et avec le plaisir de transmettre cet humour à une nouvelle génération, qui rit de la même manière, même sans comprendre (tout comme moi parfois) le contexte initial ayant inspiré à l’origine ses planches. 

Gotlib, L'intégrale, Dargaud.

Michel Caron : "Le travail de l'intelligence" 

Michel Caron est président de l’Association laïque pour l'éducation, la formation, la prévention et l'autonomie (Alefpa) et vice-président de Nexem.

Ces semaines-là ont été pour nous une rude épreuve. Le sentiment de l’absurde nous vient parfois quand le malheur se répand et que le sens s’est absenté de l’existence et du monde. Mais le possible demeure, pour autant qu’on le veuille et qu’on l’exprime, même au plus profond de la nuit et de la désespérance.

Au-delà des initiatives solidaires qui me mobilisaient, il me fallait retrouver « le travail de l’intelligence qui pourchasse impitoyablement les pensées magiques et les concepts paresseux ». J’ai donc travaillé à la lecture de Notre histoire intellectuelle et politique - 1968-2018 de Pierre Rosanvallon.

Il y adopte la double focale : celle de l’histoire longue à laquelle se consacrent le philosophe politique et l’historien des idées et celle de l’histoire courte, considérée par l’acteur et le témoin. C’est aussi pour lui, et pour nous, le travail de l’interrogation : comment avons-nous pu passer du temps des enthousiasmes et des explorations qui ont suivi 1968 au temps « du piétinement et du désarroi », pour aboutir « à l’émergence d’un national populisme voisinant avec l’enlisement simultané de la gauche de gouvernement et de la gauche de résistance... »

Ce livre est aussi l’œuvre d’un penseur de la démocratie et de la question sociale : qu’est-il donc grand temps d’entreprendre ?

Pierre Rosanvallon, Notre histoire intellectuelle et politique - 1968-2018, Seuil.  

Michèle Delaunay : "La mer et le désert" 

Michèle Delaunay, médecin, a été ministre chargée des personnes âgées sous le gouvernement Ayrault.

Je le dis tout de suite, je vais tricher : non pas présenter un livre, mais deux. Ces deux-là sont si petits, si peu chers, qu’on peut les glisser dans sa poche, les perdre dans une promenade et ils n’obligent à rien sacrifier en faisant sa valise.

Le premier en plus est parfumé d’été et de mer. Noces, suivi de l’été réunit sans aucun doute les plus lumineux essais de Camus. Écrits d’un trait dans une sorte d’inspiration lyrique, nourris de scènes concrètes de l’Algérie de la jeunesse de l’auteur et déjà de ses inquiétudes philosophiques. « J’ai grandi dans la mer et la pauvreté m’a été fastueuse, et puis, j’ai perdu la mer, tous les luxes alors m’ont paru gris et la misère intolérable ». Involontairement, inconsciemment on en garde en tête des phrases entières, pas les mêmes pour chacun de nous, mais qui réunissent pourtant leurs lecteurs.

Le second, à peine plus épais, est un petit roman allégorique, presque une grande nouvelle parue en 1949 et qui fit la gloire de son auteur, Dino Buzzati. Ce D ésert des tartares est aujourd’hui mondialement connu, mais ceux qui le connaissent déjà y trouveront des personnages qu’ils avaient sans doute oubliés (mon favori est le lieutenant Angustina), des détails qu’ils n’avaient pas remarqués et qui viendront en résonance de leur quotidien comme une réponse à des attentes qu’ils ne savent pas formuler.  

Pourquoi j’ai choisi ces deux-là ? Parce qu’ils m’ont accompagné très tôt et qu’ils m’accompagnent toujours, mais aussi parce qu’ils contiennent presque toute l’œuvre de leurs auteurs que réunit une inquiétude que seule l’écriture pouvait absorber et qui n’est pas sans lien avec un autre auteur que tous les deux admiraient : Franz Kafka. Et puis j’aime les textes courts qui ne sont pas alourdis par les détails d’un quotidien sans objet, ni par des dialogues de salle d’attente, comme tant de romans actuels. Mes deux choix sont intemporels, ils accumulent les décennies sans prendre une ride. La mer et le désert se ressemblent par leur confluence : la ligne d’horizon.

Albert Camus, Noces suivi de l'Été, Poche.

Dino Buzzati, Le Désert des Tartares, Poche. 

Laurent Garcia : "La mort, la nausée, la mauvaise foi..." 

Laurent Garcia est cadre de santé dans un Ehpad de Seine-Saint-Denis.

Auteur que je ne connaissais pas et qui fut une découverte l’été dernier, le titre du livre dans une librairie du sud de la France m’a appelé.

C'est dans une morgue, une maison de redressement, une famille en décomposition, un lycée et un groupuscule d'extrême droite que se développe cette violence, sous des formes diverses : la mort, la nausée, la mauvaise foi, la manipulation, la culpabilité règnent et brouillent l'univers mental des jeunes anti-héros.

Ici, toutes les victimes sont très jeunes, privées d’avenir par le poids monumental d’une faute qu’elles doivent porter alors qu’elle n’est pas la leur mais celle de l’Histoire, de leurs aînés et de la société. Un très mince espoir de vie clôt la première nouvelle, où la jeune fille prête à avorter se demande si elle ne va pas laisser naître son enfant, afin qu’il vive quelques jours. Au terme de la deuxième nouvelle, le jeune garçon cherche dans une mort physique la solution à son insoutenable enlisement moral. Dans la dernière, où le mal-être sexuel atteint son comble, c’est à une mort spirituelle que se condamne l’adolescent, en s’engageant, dans un élan de noir mysticisme, dans un parti d’extrême-droite.

Kenzaburô Ô é, Le faste des morts, Poche.

Laurent Grandguillaume : "Maître de son destin" 

Laurent Grandguillaume, ancien député, est président de l'association Territoires zéro chômeur de longue durée.

Je vous invite à lire La Grand Muraille de Claude Michelet, auteur corrézien et l’un des fondateurs de l’école de Brive. Il est l’auteur de nombreux romans mettant en lumière nos territoires ruraux. Si celui-ci vous plaît, vous pourrez vous plonger également dans Les défricheurs d’éternité.

Ici, nous sommes dans les Causses du Quercy. Firmin hérite de son oncle un terrain de pierre, jamais cultivé. Alors Firmin se met en tête de dépierrer le terrain pour libérer la terre et y autoriser les cultures. Il en fait l’œuvre de sa vie, passant pour un fou obstiné dans son village. Il planta des vignes, des arbres fruitiers, puis, de retour de la guerre, il entreprit de construire une muraille, pour ceindre le terrain, avec les nombreuses pierres disponibles.

Courageux et tenace, Firmin poursuit son œuvre sans jamais se détourner, œuvre qui le dépasse car le temps humain s’écoule et la muraille est sans fin. Tel Sisyphe faisant rouler son rocher qui apparaît comme condamné, Firmin n’est-il pas l’homme libre d’Albert Camus qui, par son obstination, devient le maître de son destin, donnant son propre sens à sa vie ?

Claude Michelet, Les défricheurs d’éternité, Poche.

Bernard Hervy : "Rêve ou manipulation ?" 

Bernard Hervy est le fondateur du Groupement des animateurs en gérontologie (GAG).

Ce roman d’anticipation (écrit en 2004) décrit un monde en deux parties. Un État dit « global » (correspondant à l’Amérique du Nord, l’Europe et quelques grandes cités) a une devise, « liberté, sécurité, prospérité » ; il est dirigé par des « hommes de grande expérience » qui n’apprécient ni la jeunesse ni le risque ; la fête nationale est la date anniversaire de la découverte du traitement de la maladie d’Alzheimer ; la liberté n’est possible que si le système n’est pas remis en cause ; le travail n’est plus une valeur, et y renoncer permet de toucher un « minimum prospérité » ; une seule langue, « l’anglobal » permet de communiquer et consommer, mais ni de réfléchir, ni de contester.

Le reste du monde, inconnu des globaliens, est constitué de « non-zones », habitées par des « terroristes » dont l’existence permet de justifier l’ordre sécuritaire de Globalia. L’amour et un jeune couple bouleverseront les règles. Mais dans ce monde global, est-ce un rêve ou une manipulation ?

Un roman d’anticipation dans la veine de 1984, où les vieux tiennent une place particulière.

Jean-Christophe Rufin, Globalia, Poche.

Séverine Laboue : "Faire divaguer notre esprit" 

Séverine Laboue est directrice d'Ehpad dans le Nord et administratrice de la Fédération hospitalière de France (FHF).

Quoi de mieux que la poésie pour se changer les idées en été ? Sur la forme, c’est la promesse d’être charmé par des tournures de phrases, des mots doux, des mots rares, voire inventés. Tout cela, bien loin du style administratif qui fait notre quotidien. Sur le fond, la poésie ose tous les sujets, parfois elle nous émeut et souvent elle fait divaguer notre esprit jusqu’aux rives de l’inimaginable.

Œuvre poétique de Léopold Sédar Senghor tient toutes ces promesses et plus encore. Sa prose offre en plus des images qu’elle suggère, de la musique dans nos têtes et une langue française enrichie de nouvelles façons de s’exprimer. Au moment où résonnent dans l’actualité les noms d’Adama Traoré, Georges Floyd et de tant d’autres, l’ouvrage de l’inventeur du concept de « négritude » vous invite autant à la détente poétique qu’à la réflexion.

« J’écris d’abord pour mon peuple. Et celui-ci sait qu’une kôra n’est pas une harpe non plus qu’un balafong un piano. Au reste, c’est en touchant les Africains de langue française que nous toucherons mieux les Français et, par-delà mers et frontières, les autres hommes », disait Léopold Sédar Senghor.

Léopold Sédar Senghor, Œuvre poétique , Points poche.

Christine Laconde : "Invitation à la déconnexion et à la randonnée" 

Christine Laconde dirige le Samu social de Paris

À l’heure d’un été bien particulier qui impose l’hexagone comme lieu quasi exclusif de villégiature, je conseille la lecture du récit de voyage de Sylvain Tesson Sur les chemins noirs. Habitué aux destinations lointaines et aux excès, l’auteur décide, après avoir miraculeusement réchappé d’une chute de huit mètres, de traverser la France à pied du Mercantour au Cotentin.

Le lecteur suit tout autant les pérégrinations que les divagations de Sylvain Tesson qui alterne commentaires sur la « géographie de traverse » et la ruralité menacée et réflexions philosophiques sur un monde moderne qu’il propose d’éviter en proposant quelques règles de « dissimulation existentielle ».

Un récit à l’écriture exigeante qui est une invitation à la déconnexion et à la randonnée.

Sylvain Tesson, Sur les chemins noirs, Poche.

Stéphanie Maccarini : "Le réveil de la spiritualité"

Stéphane Maccarini est aide-soignante dans un Ehpad des Alpes-Maritimes.

J'ai lu ce livre pour deux raisons : 1/ Ma meilleure amie me l'a fortement conseillée. 2/ Je voulais me faire ma propre opinion sur Paulo Coelho. 

L'histoire est celle d'un jeune berger espagnol prénommé Santiago. Il fait à deux reprises le même rêve : celui de se rendre au pied des pyramides d'Égypte pour y trouver un trésor. Il décide d'aller consulter une voyante. Celle-ci l'encourage fortement à réaliser ses songes. Il n'hésite pas à vendre tous ses biens, à s'engager et à s'investir dans sa quête afin de réaliser son rêve.

Pendant son voyage, chaque rencontre avec les différents personnages va jouer un rôle important dans son périple. Il va apprendre sur lui-même, connaître de nouveaux peuples. Il va être sensible aux signes qu'il voit autour de lui et va apprendre à les interpréter. Il va se remettre en question et découvrir les vraies valeurs de son passage sur terre. Il apprendra que seul le présent a de l'importance.

L'auteur nous embarque dans un voyage avec de magnifiques descriptions. C'est un livre simple et facile à lire. L'Alchimiste nous rappelle qu'il faut écouter les autres et s'écouter soi-même. Il nous apprend que la vie est éphémère. Il réveille en nous un peu de spiritualité.

Paulo Coelho, L'Alchimiste, Poche.

Zacharie Mauge : "Une leçon de vie" 

Zacharie Mauge dirige un service d'aide à domicile associatif dans l'Essonne.

Au nom de tous les miens de Martin Gray est bien plus qu’un livre autobiographique, c’est une leçon de vie.

En effet, Martin Gray a vécu une vie hors du commun : la guerre, le ghetto, les camps de concentration, la perte de sa famille, mais également, l’amour et la réussite professionnelle dans de nombreux domaines. Avec sa fureur de vivre pour ligne de conduite, il a pu surmonter des tragédies successives avec un courage et une ténacité qui suscitent l’admiration. 

Cet ouvrage met en exergue les qualités de son auteur pour appréhender les épreuves de la vie : la détermination, l’ingéniosité et l’audace. Ce livre est une référence dans mon parcours personnel et professionnel, il l’a notamment été lorsqu’il a fallu faire face à la crise sanitaire.  

Martin Gray, Au nom de tous les miens, Poche.

Bruno Morel : "À bord de l'Aquarius" 

Bruno Morel dirige l'association Emmaüs.

Parce qu’une actualité en chasse une autre, et pour ne pas oublier le combat de l’Aquarius pour sauver des migrants, zoom sur un livre pour enfants.

Je m'appelle Mercy créé par le duo Madame Monsieur est tiré de leur chanson Mercy présentée à l’Eurovision en 2018. Ce livre, à déguster en famille, est l’histoire d’une petite fille, Mercy, née en 2017 pendant le parcours d’exil de sa maman, à bord de l'Aquarius, le bateau de l'organisation humanitaire SOS Méditerranée.

Le 20 juin dernier à l’occasion de la mobilisation associative pour la Journée mondiale des réfugiés, Émilie et Jean-Karl qui composent le duo Madame Monsieur, ont commenté, dans les locaux de la Maison des réfugiés, la genèse de leur ouvrage réalisé en collaboration avec une artiste néerlandaise, Saskia Halfmouw, illustratrice pour enfants aux Pays-Bas.

En plus d’être une magnifique histoire, une chanson émouvante et maintenant un superbe livre, c’est aussi un achat solidaire, car tous les bénéfices de la vente iront à Mercy et sa maman, pour les aider dans la construction de leur nouvelle vie… Au fait, Mercy et sa maman, désormais en sécurité vont bien.

Émilie Satt et Jean-Karl Lucas, illustrations Saskia Halfmouw, Je m'appelle Mercy, éd. Steinkis.

Dafna Mouchenik : "Quand l'engagement sublime les êtres" 

Dafna Mouchenik dirige un service d'aide à domicile à Paris. Elle vient de publier Première ligne.

« Allo Dafna, je voulais vous proposer de participer à la sélection de livres pour nos lecteurs, vous êtes partante ?  » « Mais carrément, merci ! » Et là dilemme quel livre choisir ? Tellement de livres m’ont transportée, bouleversée, nombreux ont touché mon âme, m’ont fait rire aux larmes ou déchiré le cœur. Comment choisir un auteur plutôt qu’un autre tant je suis reconnaissante à Pennac, à Zola, à Halter, à Gary, à Schmitt, à de Vigan… de m’avoir ainsi accompagné, autant de vies partagées qui ont été miennes le temps d’un livre.

Mais comme l’exercice consiste à n’en choisir qu’un, je partagerai ici mon meilleur 2019 (2020 n’étant pas terminé). Les Victorieuses de Laëtitia Colombani, hommage vibrant du combat mené contre l’exclusion, la violence faite aux femmes et leur précarité. Roman merveilleusement écrit, voyage dans le temps entre maintenant et avant. Avec simplicité, il met en lumière le sens de l’accompagnement, la prise en compte des fragilités, l’importance des solidarités. Lorsqu’engagement et détermination subliment les êtres, aux antipodes de l’indifférence, des professionnels (ou pas) y sont tellement beaux, tellement vivants. Faire reculer la misère, l’injustice sociale, combat sans fin, n’est jamais vain. Bref, vous l’aurez compris, j’ai adoré !

Laëtitia Colombani, Les Victorieuses, Poche.

Alain-Paul Perrou : "Terre d'accueil" 

Alain-Paul Perrou a longtemps dirigé l'Esat de Mézin (47). Auteur de Pas si fou (Presses de l'Ehesp) avec Laëtitia Delhon.

J’ai profité des premiers jours de l’été pour lire Quitter Sidi et me replonger dans ce roman qui se mêle à ma propre histoire et celle de ma famille débarquée en France en 1962 après plusieurs générations en Algérie. Personne ne pouvait croire ni accepter que la spirale des évènements violents nous conduiraient à l’exil en France.

La Gascogne, les Landes de Gascogne deviendront pour beaucoup une terre d’accueil. Guy Cespedes nous raconte avec beaucoup de poésie son installation d’un appartement obscur, au déménagement dans une maison au cœur de la forêt landaise… Ce premier hiver 1962, hiver très froid, mais encore plus froid pour tous ces pieds noirs !

Heureusement, les retrouvailles en famille permettaient encore de reparler du passé, se réchauffer, éviter d’oublier, mais aussi de se projeter vers des lendemains plus heureux. Des espiègleries d’enfants, d’adolescents rebelles et désobéissants arrivés à l’âge adulte où il faudra accepter le départ des témoins de cette histoire et leur rendre hommage.

Construire sa vie, essayer d’oublier les peines et retenir les joies, certainement aller vers un nouveau développement. En un mot, être résilient : « Ce qui ne nous tue pas… nous rend plus fort ».

Guy Cespedes, Quitter Sidi, éd. Beaurepaire.

NoëlBOUTTIER
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