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Article16 avril 2020
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Coronavirus : quand les aides à domicile ont à qui parler

Dans l'Essonne, une association de services d'aide à domicile et de services infirmiers a mandaté une structure de formation pour appeler tous ses salariés. L'occasion de redonner confiance en cette période de stress et de valoriser un métier souvent oublié.

Ça commence par un constat, ça se poursuit par une intuition et ça se conclut par une initiative originale. Nous sommes à l'Asad, une association de l'Essonne qui associe une grosse activité d'aide à domicile, des soins infirmiers à domicile et un accueil de jour Alzheimer. Zacharie Mauge est aux commandes de l'association qui a fait le choix de maintenir, en temps de coronavirus, l'ensemble des activités alors qu'ailleurs, on s'est recentré sur l'aide aux fonctions vitales. Et puis, cette association a eu du nez en se procurant très vite trois mille masques auprès de l'ARS (lire notre récit).

Les numéros d'appel ne servent à rien

Zacharie Mauge, directeur de l'Asad

Le constat, Zacharie Mauge l'a très vite fait : « Au début du confinement, les salariées avaient la peur au ventre, le stress était palpable. »  L'intuition, nourrie par dix années de direction de structures, c'est que les numéros d'appel laissés à la disposition des salariés ne servent pas à grand-chose car rare sont ceux qui les utilisent. « Les salariés prennent ça pour de la psychiatrie. Ce n'est pas pour eux ! », résume Zacharie. Il faut donc faire autrement si on a le désir de contrer l'angoisse qui monte.

Seuls quatre refus

L'initiative maintenant. La direction de l'Asad se rapproche d'un organisme de formation Age 91 avec lequel elle travaille régulièrement. L'idée est de demander à deux personnes (la formatrice et la psychologue) d'appeler l'ensemble des salariés pour discuter très librement de ce qui va et de ce qui ne va pas. Chacun est libre de ne pas accepter. Mais sur 110 salariés, seuls quatre ont décliné la proposition. 

« On est seule sur le terrain » 

Graziella Marie a très bien accueilli cette démarche. « On est seule sur le terrain et on doit faire face au stress des personnes que nous accompagnons » , explique-t-elle. « L'entretien a duré trois quarts d'heure et cela fait vraiment du bien » , poursuit celle qui a rejoint le métier depuis trois ans (avant, elle travaillait dans l'imprimerie). De plus, elle a pu discuter de la façon de s'occuper de deux personnes Alzheimer avec la formatrice qui travaille sur cette question.

Reconnaissance du métier

Plus encore que les conditions de travail (l'aide à domicile reconnaît que le matériel de protection est à la hauteur), c'est la question de la reconnaissance du métier qui est posée. « J'ai vraiment l'espoir que ce métier soit mieux reconnu à l'avenir », conclut Marie Graziella qui raconte une anecdote désagréable : sa voiture a été fracturée pour prendre une quinzaine de masques présents dans son véhicule...

De l'ombre à la lumière

Marianne Hartmann est l'une des écoutantes de l'association Age 91. Très enthousiaste, elle rapporte les expressions des salariées : « On pense à nous ». Beaucoup ont raconté qu'elles avaient désormais la confiance des familles car elles étaient les seules à s'occuper de leur parent. Elles sont devenues indispensables, elles qui étaient voici un mois plongées dans l'ombre. Elles sont dans la lumière et chérissent ce moment.

Les raisons de la peur ont changé

Les aides à domicile lui ont raconté des épisodes très émouvants. Comme cette personne âgée qui dit à une auxiliaire de vie de ne pas aller faire des courses. « Comme ça, je ne perds pas une heure de votre présence », lui a-t-elle expliqué.  Marianne Hartmann a constaté que les raisons de la peur ont changé. « Avant, elles craignaient d'aller travailler, maintenant, elles redoutent d'aller faire des courses car les personnes ne respectent pas les distances de sécurité », résume-t-elle.  Après une première série d'appels, c'est le temps d'une seconde salve... souvent très attendue. « Une aide à domicile quand je l'ai appelée m'a dit qu'elle attendait mon appel la veille. » 

Moins de 8 000 €

Devant un tel résultat, Zacharie Mauge se frotte les mains. Il a constaté que le niveau d'angoisse s'est réduit, que le taux d'absentéisme a tendance à baisser - même si le lien avec l'écoute n'est pas avéré. Le directeur a également pu revoir son management en rétablissant pour les services du Siad la réunion d'équipe qui avait été supprimée. Le coût d'un tel service (moins de 8 000 euros jusqu'à la mi-mai), Zacharie Mauge aimerait qu'il puisse être pris en charge par le budget formation. Il a mis sa fédération - l'UNA - sur le coup pour que ce service puisse être dupliqué dans d'autres structures.

NoëlBOUTTIER
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