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Dossier juridique27 mai 2026
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Diplômes du travail social : ce qui change à partir de 2026

La réforme des diplômes de niveau 6 du travail social entre en vigueur à la rentrée 2026 pour le DEASS, le DEES, le DEETS et le DEEJE, puis en 2027 pour le DECESF. Objectif : harmoniser les formations, faciliter les mobilités professionnelles et adapter les référentiels aux évolutions du secteur.

Redonner de l’attractivité aux formations, mieux les ancrer dans les réalités du terrain, adapter le contenu des diplômes aux évolutions sociales, réduire les tensions de recrutement… Tels sont les objectifs poursuivis par la réforme des cinq diplômes de niveau 6 du travail social (bac + 3), actée par cinq arrêtés du 6 octobre 2025 et détaillée par une instruction du 16 mars 2026.

Sont concernés le diplôme d’État d’assistant de service social (DEASS), le diplôme d’État d’éducateur spécialisé (DEES), le diplôme d’État d’éducateur technique spécialisé (DEETS), le diplôme d’État d’éducateur de jeunes enfants (DEEJE) et le diplôme d’État de conseiller en économie sociale familiale (DECESF).

Fruit de longs mois de concertation – parfois tendus –, cette refonte a profondément divisé les acteurs du secteur. D’un côté, la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS), soutenue notamment par l'Unaforis et les organisations employeurs (Fehap, Nexem, Udes), défend une réforme destinée à fluidifier les parcours et à développer des compétences transversales. De l’autre, certaines organisations professionnelles et syndicales dénoncent une transformation menée au pas de charge, au risque d’affaiblir l’identité même des métiers du travail social.

Parmi les points les plus contestés figure la disparition du mémoire de fin de formation, remplacé par une « épreuve conclusive ». Pour ses détracteurs, cette évolution marque l’effacement d’un exercice essentiel d’analyse, de réflexion critique et de prise de recul professionnelle.

Et si, dans la nouvelle logique, les passerelles entre les diplômes et les mobilités professionnelles sont facilitées, grâce aux deux blocs de compétences communs, certains déplorent la perte de la spécificité des métiers.

Malgré les critiques, la réforme est désormais actée. Elle entrera en vigueur à la rentrée de septembre 2026 pour les étudiants entrant en formation. Seul le DECESF bénéficiera d’un calendrier différé, avec une application prévue en septembre 2027 pour les nouveaux étudiants.

Dans ce dossier juridique, nous analysons les principales évolutions introduites par cette réforme et leurs conséquences pour les établissements de formation, les étudiants et les professionnels du secteur social et médico-social.

1. Finalités de la réforme des diplômes

La révision des cinq diplômes d’État du travail social vise à adapter le contenu des référentiels aux évolutions de la société et à faciliter les trajectoires professionnelles, rappelle l’instruction du 16 mars 2026.

Répondre à la crise d’attractivité du secteur

La réforme répond à un double constat : la baisse de l’attractivité des formations et les difficultés de recrutement dans le secteur social et médico-social.

Dans son livre blanc du 5 décembre 2023, le Haut conseil du travail social (HCTS) avançait plusieurs leviers dans le champ de la formation. Il proposait notamment de renforcer passerelles et correspondances entre les diplômes du travail social et ceux des secteurs voisins, de mieux soutenir la formation continue ou encore d’engager une réflexion sur la question des compétences socles partagées entre les différents métiers.

La réforme s’inscrit dans cette logique. Elle entend notamment « faciliter les trajectoires professionnelles et la reprise d’études », selon les termes du gouvernement dans son communiqué du 19 février 2026.

Pour y parvenir, elle introduit une organisation en blocs de compétences : les diplômes sont désormais structurés autour de quatre blocs, dont deux blocs communs avec des compétences partagées à l’ensemble des diplômes.

Concrètement, cette logique de blocs pourra permettre à un professionnel diplômé dans une filière du travail social d’accéder plus rapidement à un autre diplôme, en ne validant que les blocs qui lui manquent. De quoi faciliter les mobilités professionnelles.

Une réforme soulevant des inquiétudes

Les discussions à propos de la réforme ont donné lieu à de vifs débats, en particulier parmi les représentants des métiers. Ces derniers craignent qu’en rapprochant les référentiels et en renforçant les blocs communs, la réforme affaiblisse les spécificités de chaque diplôme. En outre, ils alertent sur la possible émergence d’un « travailleur social unique » ⇒ lire notre article « L'Anas dénonce une réforme à l'économie ».

Adapter le contenu des formations

Au-delà de l’organisation des cursus, la réforme s’inscrit aussi dans une volonté plus large de s’adapter aux transformations du travail social. Elle vise à intégrer les grands virages stratégiques en cours (inclusif, environnemental et numérique) pour mieux faire correspondre les enseignements aux réalités actuelles du secteur.

Jean-Luc Gautherot, enseignant à l'Institut du travail social (ITS) Pierre Bourdieu et chroniqueur régulier du Media Social, y voit une tentative de « refonder le sens des formations » et de les rapprocher des préoccupations des jeunes générations.

Les nouveaux référentiels prévoient ainsi que les établissements de formation doivent veiller à adapter leurs contenus de formation au regard de l'évolution des politiques publiques, des savoirs scientifiques et des recommandations de bonnes pratiques (RBP) notamment de la Haute autorité de santé (HAS) et du HCTS.

Cependant l’instruction, qui organise la mise en œuvre de la réforme, ne donne pas plus de précisions sur ce point.

Les écoles sommées d'adapter leurs formations

Alors que les établissements de formation en travail social (EFTS) sont fragilisés par les effets de Parcoursup, le coût de la prime Ségur, la concurrence avec des diplômes universitaires, ou encore la baisse des financements régionaux, ils devaient transmettre à l'État, avant le 1er juin 2026 (ou le 1er juin 2027 pour le DECESF), la façon dont ils comptent adapter le contenu des formations à la réforme dans leur projet pédagogique.

Un chantier de taille pour des établissements déjà confrontés à de fortes tensions budgétaires et organisationnelles.

« Universitarisation » renforcée

La réforme s’inscrit dans la continuité du mouvement d’universitarisation engagé en 2018, qui avait permis de faire passer les cinq diplômes d’État du niveau bac + 2 au niveau bac + 3 en leur conférant le grade de licence.

Cette évolution devait favoriser la mobilité professionnelle des diplômés et, le cas échéant, leur permettre de poursuivre un cursus de formation universitaire en intégrant directement un Master 1 (M1).

Selon la DGCS, avec la réforme de 2026, l'organisation des formations a été une nouvelle fois harmonisée « dans une logique de rapprochement avec le monde universitaire » : volumes horaires alignés (sauf pour le DECESF), généralisation du contrôle continu et meilleure reconnaissance de l’engagement étudiant en prévoyant des possibilités d’aménagement des parcours (voir le paragraphe ci-dessous « Reconnaissance de l’engagement étudiant »).