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Tribune libre20 mars 2026
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Rassemblement national : une victoire probable en 2027

À l’approche de 2027, la victoire du Rassemblement national apparaît de plus en plus plausible, anticipe dans cette chronique* Jean-Luc Gautherot, ingénieur social. Quels bouleversements pour l’action sociale ? Entre déni collectif et signaux faibles, les acteurs du secteur doivent anticiper et clarifier leur position.

L’été dernier la dissolution de l'Assemblée nationale avait rendu imminente l’arrivée au pouvoir du Rassemblement National (RN). Les opérateurs de l’action sociale avaient alors été, un peu dans l’urgence, confrontés à un choix difficile : appeler publiquement au vote pour ou contre le RN au nom de leurs valeurs ou rester neutre en arguant que les opérateurs de l’action sociale sont apolitiques.

Il reste une année avant la présidentielle de 2027. Une période suffisante pour appréhender ce que pourrait devenir l’action sociale si le RN l’emportait et pour anticiper sa prise de position en conscience.

Des intentions de vote très favorables au RN

Les mesures des intentions de vote placent aujourd’hui systématiquement le RN en tête et les résultats des municipales 2026 montrent à nouveau une progression du parti. La victoire du RN en 2027 est tout à fait probable. Les indicateurs se retrouvent même dans les enquêtes qui ont l’action sociale pour thème.

L’étude de janvier 2026 de l’institut Bona fidé indique que 34 % des Français pensent que c’est Jordan Bardella qui parle le mieux de la solidarité et de la protection sociale. 34 % des Français pensent également qu’il est le mieux placé pour développer une société plus solidaire.

L’étude prospective de Futuribles

Passé un peu inaperçu, parce que placé en annexe du document du Haut conseil du travail social (HCTS) intitulé « le travail social à horizon 2050 », le rapport d’étude prospective de Futuribles, commandé par le HCTS, aborde la montée de l'extrême droite.

Dans le chapitre intitulé « Contexte géopolitique, démocratie, opinions publiques : quelles priorités demain, quels systèmes de solidarités ? », les auteurs dressent en détail un tableau inquiétant de polycrise : crise de la démocratie représentative, crises migratoires à répétition, crise environnementale, crise de la légitimité des instances internationales (ONU, OMS), crise de la confiance dans les élites, crise sanitaire.

Le texte fait également état de la montée de l’extrême droite partout en Europe. Mais étonnamment, l’élection probable du RN – favorisée par ce contexte de polycrise – ne fait pas partie des scénarios étudiés par Futuribles et le HCTS.

Le biais cognitif de normalité

Le biais cognitif de normalité pousse les individus à minimiser ou à nier les chances qu’un événement catastrophique, ou extrême, se produise malgré l’évidence de sa probabilité. C’est peut-être ce biais qui explique pourquoi le monde de l’action sociale ne semble pas s'interroger sur la victoire probable du RN en 2027 et sur les impacts potentiellement radicaux sur l’action sociale.

On pense peut-être que cela n’arrivera pas chez nous. Excepté Nexem qui, à l’occasion de son colloque du 10 mars dernier, a abordé cette possibilité et a indiqué qu’il faudra peser sur les enjeux de solidarité lors de la campagne de 2027, c’est pour l’instant silence radio du côté des associations gestionnaires.

Seuls les syndicats prennent position. La CGT santé action sociale a récemment organisé une rencontre avec des syndicats européens et américains confrontés à l’extrême droite pour alerter sur les impacts sur l’action sociale si le RN arrive au pouvoir.

Sur son site, la CFDT santé social qui se dit politiquement neutre, assume une exception vis-à-vis des partis d’extrême droite qu’elle considère comme « allant toujours à l’encontre des droits des travailleurs et de la solidarité ». Le syndicat propose même à ses adhérents une formation en ligne pour la démocratie et contre les idées d’extrême droite.

Voyons maintenant les impacts potentiels sur l’action sociale si le RN arrive au pouvoir.

Coupes budgétaires radicales

Les partis qui partagent le même fond idéologique que le RN et qui sont arrivés au pouvoir ces dernières années se sont démarqués par leur politique de coupe budgétaire radicale. En Argentine, Javier Milei a supprimé de nombreux services publics, Elon Musk mandaté par Donald Trump a fait de même aux États-Unis. En Italie, Giorgia Meloni a supprimé l’équivalent français du RSA.

Au pouvoir, le RN pourrait procéder à la suppression du financement des actions que ses membres jugent incompatibles avec leur idéologie. Des changements importants de la structure organisationnelle de l’action sociale sont à anticiper, le RN préconise de supprimer les agences régionales de santé (ARS).

Préférence nationale

Si le principe de préférence nationale revendiqué par le RN était déployé, de nouvelles règles durciraient voire supprimeraient l’accès des étrangers, y compris en situation régulière, aux aides de toutes les politiques sociales (handicap, personnes âgées, AHI, protection de l’enfance, petite enfance…). Les aides seraient prioritairement octroyées aux personnes de nationalité française.

Les partis d’extrême droite, souverainistes et en quête d’efficacité, font fi des règles constitutionnelles ou du droit international qui ralentissent l’action ou empêchent d’agir. Les vieilles digues qui garantissaient le principe d’égalité devant les aides sociales pourraient bien craquer.

Protection de l’enfance

Quitte à braver la Convention internationale des droits de l'enfance (CIDE), la part de l’État qui finance la prise en charge des mineurs non accompagnés (MNA) serait probablement supprimée, et on pourrait s’attendre à une révision réglementaire ou législative qui exclurait les MNA du champ de la protection de l’enfance.

Politique de la ville

Une suppression du BOP (budget de l'État) « politique de la ville » pourrait avoir lieu. Considérés avant tout comme des lieux de délinquance causée par l’immigration et non plus comme des lieux qui concentrent des problèmes d’origine sociale, les quartiers dits prioritaires deviendraient peut-être prioritairement des lieux de répression.

PJJ et addictologie

En PJJ (protection judiciaire de la jeunesse), la priorité de l'éducatif sur le répressif, qui avait été la règle depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, subirait éventuellement une inversion, priorité au répressif. Une autre inversion, cette fois dans le secteur de l’addictologie, pourrait voir le jour, les consommateurs tendraient à devenir des délinquants et non plus des malades. Avec le RN, la réduction des risques et les SCMR (salles de consommation à moindre risque) ont peu d’avenir.

Secteur des migrants

C’est évidemment le secteur le plus exposé en cas d’arrivée au pouvoir du RN : possible fin du financement de l’hébergement d’urgence pour les migrants, limitation voire disparition des centres d'accueil pour demandeurs d'asile (Cada) et des centres provisoires d'hébergement (CPH). En tout état de cause une restriction drastique de ce que l’on nomme aujourd’hui le dispositif d’accueil au bénéfice d’une politique d’expulsion et de limitation de l’immigration légale est à envisager.

Une année, une période amplement suffisante pour les acteurs de l’action sociale, pour réfléchir aux conséquences d’une éventuelle arrivée au pouvoir du RN sur leur activité et choisir une position. Se taire parce qu’on est apolitique, s’engager publiquement contre le RN, ou, puisque la France est une démocratie, s’engager pour la victoire du RN.

* Les chroniques sont rédigées sous la responsabilité de leurs auteurs et n'engagent pas la rédaction du Media Social.

Jean-LucGAUTHEROT
Ingénieur social
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