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Portrait26 juin 2020
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Paroles de travailleurs sociaux : "L'idée est de partir à la rencontre"

Les travailleurs sociaux aussi méritent des applaudissements. Avant le confinement, nous avons rencontré des professionnels passionnés par leur métier. Aujourd'hui Sébastien Castells, "éduc'acteur" et directeur, qui croit aux contacts décisifs.

« La rencontre d'une seule personne peut bouleverser une vie. » Sébastien Castells s'en est convaincu dès sa jeunesse – avant même de se former aux métiers de moniteur-éducateur puis d'éducateur spécialisé. Désormais à la tête du « Lieu », une association qu'il a imaginée à Mulhouse (Haut-Rhin), ce travailleur social espère bien, à son tour, offrir quelques rencontres décisives à des jeunes égarés.

Pour les décrocheurs

En 2012, alors chef de service à l'Association pour le logement des sans-abri (Alsa), il recherchait, avec trois autres professionnels, « une solution pour les décrocheurs, qui sortent de l'école ou de la protection de l'enfance »

Car, à travers le Haut-Rhin, ils étaient bien une centaine à échapper ainsi à tout accompagnement. « Et le département s'inquiétait, lui aussi, pour ces gamins », raconte Sébastien Castells. « L'idée nous est alors venue de partir à la rencontre de cinq d'entre eux, dans le cadre d'une recherche-action. »

Un appartement chaleureux

De cette expérience, fructueuse, naît en 2016 ce « Lieu », en forme d'appartement chaleureux donnant sur une petite cour d'immeuble du centre de Mulhouse. Cet accueil de jour original ouvre ses portes à « tous les adolescents de 12 à 18 ans ayant mis en difficulté les prises en charge éducatives et les processus d'insertion au sein des institutions », comme le dépeint son site Internet.

Encore faut-il parvenir à y attirer, et surtout à y retenir, les jeunes confiés par le conseil départemental – déjà plus de 50 en quatre ans.

« Cadre Barbapapa » 

« On part des besoins et des désirs des gamins », explique le directeur à la parole charismatique. « Et on les invite à nous "utiliser" » – aussi bien pour être tiré d'une garde à vue que pour accéder à une école de la deuxième chance, selon les besoins du moment…

Une petite dizaine d'éducateurs spécialisés se tient ainsi à leur disposition, patiemment, toujours prêts à les étayer d'un « cadre Barbapapa » – c'est-à-dire aussi flexible que le héros du dessin animé. « Ce concept est de David Laumet », précise aussitôt Sébastien Castells, qui cite ce travailleur social militant de Grenoble parmi ses propres « personnes inspirantes ».

Théâtre de l'opprimé

« Le plus souvent, au fil du temps, avec les jeunes, la rencontre s'opère », sourit le directeur associatif. Le fond de cour peut alors se transformer en porte ouverte, vers des expériences parfois insoupçonnées – boxe ou cours de chant, soins esthétiques ou voyage au Maroc, sans oublier, évidemment, le théâtre… Car la scène figure parmi les grandes rencontres de Sébastien Castells.

La révélation, dans ses jeunes années, l'a même mené jusqu'au conservatoire d'art dramatique de Montpellier (Hérault). Il a pu y découvrir le théâtre de l'opprimé, le clown, les pièces engagées. « J'ai alors mêlé le théâtre et le social », se rappelle-t-il. « Cela m'a autant appris que mes formations en travail social ! »

Scrupule dans la conscience

Dès lors, quand il part pour une maison d'enfant à caractère social (Mecs) près de Mulhouse, en 1994, d'abord comme objecteur de conscience, il initie très vite les jeunes résidents à la scène. Et fonde avec eux la « troupe du Scrupule » – en allusion au latin scrupulus, ce « petit caillou » qui gêne dans la chaussure, ou dans la conscience.

« Pour expliquer ce projet, dans mon mémoire pour le diplôme d'État, j'avais fait une faute de frappe », sourit-il. « J'avais évoqué mon boulot… d'"éducacteur". Depuis, j'ai gardé le terme ! » Sa troupe s'est produite pendant des années, en établissements médico-sociaux comme au festival d'Avignon, avant d'aboutir à la création de l'association Anna Scrupul'hom. Cette dernière étant à l'origine du « Lieu ».

Homme providentiel

Mais si une rencontre a bien bouleversé la vie de Sébastien Castells, elle s'est faite encore plus tôt, lorsqu'il était, lui-même, un adolescent en rupture de Lemasson, un quartier modeste de Montpellier. Après s'être échappé de chez lui à 16 ans, il a pu goûter à « la logique de survie », trouvant à dormir dans un wagon désaffecté… « Et puis Michel Peyre, un aumônier de prison, est arrivé. Il s'est intéressé à notre petit groupe de jeunes. Et on est resté six ou sept à grandir avec ce curé. »

Ce « père » de substitution amènera les gamins bagarreurs à se prendre en main. « Il a changé notre colère en quelque chose de positif ! » Les indomptables en sont venus à jouer les animateurs pour les petits du quartier. Et Sébastien Castells a ainsi fini par se former à ce métier… « Tout était possible avec lui ! Sans s'en rendre compte, on a ainsi développé une vraie conscience politique. » Le jeune directeur conserve d'ailleurs encore, sur son bureau, un mot d'encouragement de cet homme providentiel, entre quelques autres reliques de l'Abbé Pierre ou du Che Guevara.

Notre série de portraits de travailleurs sociaux :

OlivierBONNIN
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