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Portrait19 juin 2020
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Paroles de travailleurs sociaux : "Travailler avec un public très fragile aide à mieux se connaître"

Les travailleurs sociaux aussi méritent des applaudissements. Avant le confinement, nous sommes partis à la rencontre de professionnels qui se passionnent pour leur métier et qui défendent ses valeurs. Aujourd'hui, rencontre avec Ornella Mizzon, éducatrice spécialisée dans un externat pour enfants polyhandicapés.

C'était à l'automne 2015 dans les murs de l'IRTS Champagne-Ardenne. Nous avions rencontré Ornella Mizzon, en 3e année d'éducatrice spécialisée (lire l'article et voir la vidéo). Ce qui nous avait frappés à l'époque était son parcours déjà très complet, avec une expérience très riche à l'étranger. Ressortait également une capacité à synthétiser des informations, à dégager l'essentiel.

Une centaine de dossiers en liste d'attente

On retrouve Ornella quatre années plus tard, cette fois en région parisienne. Elle travaille dans un externat médico-éducatif (EME) Le Cap vert basé à Pavillons-sous-Bois et géré par l'association Cesap. « Ici, explique Catherine Gilly, la directrice, nous accueillons 22 enfants âgés de 4 à 13 ans, polyhandicapés ou porteurs d'un handicap rare. » Ce type de structure est plébiscité par les parents : pas moins d'une centaine de dossiers sont en attente d'entrée dans l'établissement. 

« Ici, je me suis sentie bien » 

Ornella est arrivée au Cap vert voici trois ans et demi. Par vocation ? Pas vraiment. « En sortant de la formation, raconte Ornella, je n'avais pas d'idée précise de ce que je voulais faire. J'avais simplement une préférence pour travailler avec des enfants. » Elle se heurte à certains employeurs qui ouvrent des postes pour des éducateurs dotés d'une expérience professionnelle. À l'EME, le discours est tout autre. « La direction voulait bien embaucher de jeunes professionnels, se félicite Ornella. Ici, je me suis sentie bien, j'ai trouvé le lieu apaisant. »  

Jamais entendu parler du polyhandicap

Et pourtant, le public avec lequel elle va travailler lui est totalement inconnu. « Pendant ma formation, explique-t-elle, je n'avais jamais entendu parler du polyhandicap. Quand j'ai visité l'établissement, tout était neuf pour moi. » Ce genre de lieu, en effet, est très impressionnant avec notamment ces machines qui permettent de redresser les enfants. Mais cela ne lui fait pas peur. Elle apprend. Elle s'appuie sur ses collègues, des AMP notamment qui travaillent dans la structure depuis 10-15 ans. « Sans cet accompagnement, l'intégration aurait été difficile », reconnaît-elle.   

Passer le relais à un collègue

Le collectif est essentiel pour Ornella qui dirige l'unité des moyens (6-9 ans). Et sur ce plan, elle reconnaît avoir évolué. « Au début, je voulais régler les problèmes toute seule. Après, j'ai accepté de passer le relais à une collègue quand j'étais en difficulté. » Et d'ajouter : « Ici, j'apprends à gérer mes limites. » Ornella explique que le fait de « travailler avec un public très fragile aide à mieux se connaître. » En effet, explique-t-elle, on peut très bien mal réagir à telle ou telle réaction de l'enfant - par exemple quand il ne réagit pas - alors qu'il faut arriver à ne pas la prendre pour soi.

Connaître tout sur les enfants

En tant qu'éducatrice spécialisée, Ornella est référente pour les sept enfants de son groupe. Elle doit disposer de tous les éléments d'information sur chacun d'entre eux, au niveau des pathologies, du contexte familial, du projet personnel, etc. Tous les membres de l'équipe ont travaillé ensemble pour « définir le cadre qu'on veut pour les enfants. » Pour cette fonction d'animation et de direction d'équipe, elle dispose chaque semaine d'une heure trente de « temps d'écrit réservé » afin de faire les comptes rendus de réunion et de suivre le projet personnalisé des enfants. 

La musique comme outil de communication

Ornella a une autre corde à son arc : elle aime la musique. Depuis toujours. Là où elle est, elle en perçoit une grande vertu : la possibilité de rentrer en contact avec des enfants qui ne verbalisent pas. « Ils réagissent à la guitare », a-t-elle déjà constaté. Alors elle s'est renseignée sur la formation de musicothérapeute, a réalisé une semaine de sensibilisation qui l'a « enchantée », puis a proposé à son employeur de financer la formation, ce qu'il a accepté. Une semaine par mois, Ornella se forme donc à la musicothérapie et elle devrait être opérationnelle en 2021.

Chacun peut grandir

Depuis sa formation à l'IRTS de Reims où elle a multiplié les expériences sociales lors de son long stage en Angleterre jusqu'à aujourd'hui, Ornella semble avoir une obsession : apprendre encore et toujours pour être en capacité de répondre aux besoins des personnes accompagnées, même quand elles ne parlent pas. Quand certains auraient tendance à s'apitoyer, Ornella veut croire en la capacité de chacun de grandir. L'éducation spécialisée est aussi un humanisme.

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