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Article18 septembre 2019
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La Cnape remet de l’amour dans la protection de l’enfance

La fédération vient d’organiser un « contre-plateau télévisé », pour débattre de la « réalité » de l’aide sociale à l’enfance. Au-delà des clichés, d’anciens placés appellent les éducateurs à de l’engagement et de l’émotion dans les accompagnements.

« Donner à voir une autre image de la protection de l’enfance. » Voilà ce qui avait mené la Cnape, cet été, à lancer des invitations pour une rencontre baptisée, étrangement, « matinale » - comme on en propose à la télévision. En réalité, ce 17 septembre à Paris, les débats de la fédération se déroulaient en public, mais sur scène - un peu comme sur un « contre-plateau télévisé ». « La protection de l’enfance n’est pas que ce que l’on voit dans les médias », avait écrit la Cnape ; elle entendait ainsi « donner la parole à ceux qui interviennent quotidiennement aux côtés des enfants ».

Les « sacrifiés de la République » 

L’idée, évidemment, avait mûri après la projection en janvier du fameux documentaire de France 3 décrivant les « enfants placés » comme des « sacrifiés de la République ». « Notre réponse s’est fait attendre », convient d’emblée, en guise d’accueil, Josiane Bigot, la présidente de cette fédération d’associations de protection de l’enfant. Ce film, qui présentait le secteur « exclusivement dans ses imperfections, voire ses dysfonctionnements », avait été reçu comme un « camouflet par tous les professionnels engagés », avoue-t-elle également.

Accepter la violence

Et les invités aux trois tables rondes de la Cnape ne la démentiront pas. Du groupement Enfance en danger, la directrice générale Violaine Blain rapporte ainsi un « état de sidération », face à ce documentaire qui « ne reflète pas la réalité ». Quant à la médecin référent Gaëlle Pendezec, elle condamne un « mauvais film », au passage « très irrespectueux des enfants » filmés. Stéphane Troussel, président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, insiste lui-même sur les « destins sauvés » par la protection de l’enfance ; mais il apprécie que le reportage ait remis cette politique publique « au-devant de l’actualité ». Enfin Gautier Arnaud-Melchiorre, placé durant son enfance, a aussi été « agacé » par le documentaire, mais rappelle aussitôt : « La violence fait partie de la protection de l’enfance. » Elle y frappe même d’emblée - dès lors qu’un jeune est arraché à sa famille. « Il faut l’accepter ! Et on peut, alors, chercher à l’apaiser. »

Réconfort

Et le réconfort est finalement venu d’un autre film, dont deux extraits percutants ont été projetés durant cette matinale : A tes côtés, du réalisateur et sociologue Bertrand Hagenmüller - justement chargé de l’animation de cette « contre-émission » de la Cnape. Sur l’écran surgit d’abord, en plan serré, l’une des quatre « éducs » qu’il a suivis pendant près d’une année. La professionnelle décroche le téléphone. Elle a une « situation » à confier. La gamine est super, vante-t-elle à tous ses interlocuteurs, mais rien n’y fait : les portes restent désespérément fermées à cette jeune mère de 14 ans.

Du lien humain

La réaction de Stéphane Troussel est politique : il faudrait davantage de moyens, pour pouvoir offrir les « solutions d’hébergement » nécessaires, mais aussi pour faire reculer « la pauvreté des jeunes » - comme le minimum vieillesse l’avait fait en son temps. A ses côtés, Gautier Arnaud-Melchiorre espère plutôt, pour ces jeunes « incasables », un « droit à la deuxième chance », et du lien humain.

Boulangerie

Mais au deuxième extrait du film, une adolescente, depuis l’écran, interpelle directement les professionnels dans la salle : « Si t’aimes pas les enfants, va travailler en boulangerie ! » Sur l’estrade, une autre ancienne enfant placée, Anne-Solène Taillardat, rebondit aussitôt : « Cette fille a tout compris. On ne peut pas protéger si on n’aime pas ! » Cette secrétaire générale de Repairs !75 se souvient elle-même de ces éducateurs spécialisés qui lui tournaient le dos à 17 heures précises, sitôt leur journée terminée – sans même parler de son référent, qui, lui, était « un boulet »…. Et pourtant ce métier, qu’elle a elle-même épousé, demande « un peu plus que ce que prévoit la fiche de poste », plaide-t-elle : un « engagement profond » lui paraît nécessaire. Et le professionnalisme, selon elle, n’exclut pas l’émotion.

Amour

« En foyer j’avais besoin d‘amour », raconte à son tour Mithu Sheikh, désormais bénévole à Repairs !75. Or elle n’y a trouvé presque « pas de sentiment ». Son collègue Lee-Roy Mour Mbengue a ressenti le même manque dans le foyer de jeunes travailleurs où il a fini son adolescence. L’amour lui paraît pourtant être « le plus important, pour qu’un parcours soit réussi ».

Mais comment appeler les professionnels à l’amour dans leurs accompagnements sociaux ? Dans la salle, la députée Perrine Goulet parvient à le dire autrement : « Il faut dire aux éducateurs qu’ils s’attachent à ces enfants. » Dommage qu’aucun autre travailleur social n’ait été invité à s'exprimer sur ce « contre-plateau télévisé » de la Cnape.

Adrien Taquet : une stratégie détaillée pour mi-octobre

Invité à clore la matinale de la Cnape, le secrétaire d’Etat Adrien Taquet a donné plusieurs précisions sur son « Pacte pour l’enfance » actuellement en préparation. Celui-ci inclura, on le sait, une stratégie pour la protection de l’enfance, visant notamment à mieux prendre en compte sa « parole ». A cet égard il promet des moyens supplémentaires pour le 119, allô enfance en danger, et une généralisation des unités d'accueil médico judiciaires pédiatriques - jusqu’à une par département. De même les « parcours de soins coordonnés » pour les enfants protégés, actuellement expérimentés dans trois départements, devront être étendus à sept autres l’an prochain, l’idée étant « de les généraliser le plus rapidement possible ». L’ensemble de ces mesures doit être présenté mi-octobre.

Par ailleurs Adrien Taquet devrait installer, le 19 septembre, une commission d’experts, venus d’horizons divers, pour élaborer un autre pilier de son Pacte : le « parcours 1 000 jours » qui devra être proposé dès le quatrième mois de grossesse.

OlivierBONNIN
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