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Article24 mars 2020
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Coronavirus : peut-on préserver les Ehpad d'une hécatombe ?

Depuis quelques jours, les premiers cas de morts du Covid-19 sont apparus dans les Ehpad. La tragique perspective des 100 000 décès dans les établissements est évoquée par les professionnels. Lesquels demandent une réaction d'ampleur des pouvoirs publics.

Une guerre, même contre un ennemi invisible, a besoin de symboles forts pour armer le moral des combattants. L'image du lundi 23 mars dans une commune des Vosges pourrait bien faire le tour de l'hexagone. Ce matin, donc, neuf cercueils ont quitté l'Ehpad du Couarôge situé à Cornimont. En tout, ce pourrait être 20 résidents sur les 115 personnes qui auraient été emportés par le virus. C'est en tout cas l'ARS qui le dit...

Douze morts dans le Doubs

Pas très loin de là, dans le Doubs, l'Ehpad de Thise présente le terrible bilan de douze morts, dont huit ces derniers jours. Le porte-parole de l'établissement (qui appartient à Korian) n'indique pas si d'autres résidents sont malades. « La situation est grave », dit-il en expliquant que des équipes sont venues en renfort et qu'une cellule d'écoute est en activité. 

Un train de retard par rapport au Covid-19

Un peu plus au sud, l'Ehpad de Sillingy en Haute-Savoie vit un calvaire depuis le 9 mars, date de la découverte du premier cas de Covid-19. Depuis lors, sept résidents sont décédés. Son directeur Eric Lacoudre que nous avons déjà interrogé début mars déclare à nos confrères de France Bleu Haute-Savoie que « Il est nécessaire d’anticiper car on a toujours un train de retard sur le Covid-19 ». Il préconise face à la virulence du virus de « f aire des petites zones, les plus hermétiques possibles, pour dire : si le virus arrive à rentrer qu’il ne contamine pas l’ensemble de la structure », estime le directeur.

Meuse, Indre, Var, Paris, Charente...

Toujours dans le Grand Est, région à la pointe du virus, le maire de Sommedieue, commune de la Meuse, a dressé ce dimanche sur Facebook un premier bilan des dégâts humains dans l'Ehpad de 85 lits : « 23 cas hier soir [NDLR : samedi soir], déjà trois décès et 13 agents contaminés dont deux hospitalisés ».

D'autres départements sont également touchés comme l'Indre (neuf cas déclarés dans un Ehpad), le Var (dans deux établissements) ou le Gers (deux cas). Dans l'énorme Ehpad Rotschild (500 lits), à Paris 12e, une cinquantaine de résidents sont infectés et cinq en sont déjà morts. Des membres du personnel soignant ont également été contaminés. On signale également des cas en Poitou-Charentes près de Poitiers et d'Angoulême... Impossible de tout recenser !

Des symptômes atypiques

L'inquiétude quant aux dégâts de ce virus est nourrie par des observations sur des symptômes étranges. Dans l'Hérault, l'établissement des Aiguerelles à Mauguio compte déjà cinq résidents décédés sur les 86 que compte l'Ehpad, sans compter deux autres décès liés de manière indirecte. Le déroulé des événements dans ce lieu a éveillé la curiosité des spécialistes. Des symptômes atypiques sont, en effet, apparus comme des diarrhées à la place des quintes de toux ou de la fièvre. Le fait que le diagnostic classique n'a pas pu être posé très vite a fragilisé encore les résidents et accru la mortalité.

Aggravation des troubles

Interrogé par France Bleu Hérault, le docteur Hubert Blain, chef du pôle gérontologie du CHU de Montpellier, analyse les caractéristiques du coronavirus dans le contexte des Ehpad. « Le virus aggrave les troubles présents. Par exemple, chez quelqu’un qui a du mal à marcher, ça va être une aggravation des troubles de la marche. » Le médecin invite la communauté des soignants à la vigilance : « U n patient qui change de comportement, qui est plus agité, plus endormi, qui commence à avoir une diarrhée inhabituelle, et bien ça va être un signe potentiellement utile pour les soignants. »

Le spectre des 100 000 morts

La pénétration du virus dans des lieux théoriquement protégés fait monter la pression. En fin de semaine dernière, les organisations d'employeurs et les associations de directeurs se sont adressées au ministre des Solidarités et de la Santé dans une lettre non rendue publique. Ce courrier signé par la FHF, la Fehap, le Synerpa, l'AD-PA estime que l’épidémie « pourrait se traduire par plus de 100 000 décès dans l’éventualité d’une généralisation que nous n’osons imaginer. » Dès que le virus entre dans un établissement, son taux de pénétration chez les résidents peut atteindre les 15 %, 20 % voire plus. D'où l'importance de contenir à tout prix la progression du virus.

500 000 masques par jour

Dans cet océan de mauvaises nouvelles, un élément important doit cependant être souligné. Après des semaines de tergiversation, le ministère a enfin décidé de débloquer des masques pour les Ehpad (et pour l'aide à domicile). Cela s'est passé ce samedi lors d'une réunion entre professionnels et politiques. Afin d'assurer cinq masques par jour aux soignants, 500 000 masques quotidiens doivent être débloqués pour les Ehpad. Les livraisons doivent passer par les groupements hospitaliers de territoire (GHT). 

Trop peu de masques pour l'aide à domicile

Par la bouche de son directeur-adjoint Eric Fregona, l'AD-PA ne cache pas sa satisfaction, mais se déclare vigilante sur le respect des délais (des premiers masques avaient déjà été réceptionnés ce lundi). Pour autant, la situation est encore préoccupante : le fait de n'accorder que neuf masques par semaine à chaque aide à domicile est jugé un peu juste ; la livraison dans les pharmacies a généré un certain nombre de tensions. « Nous allons vérifier que cela fonctionne bien », assure le responsable de l'AD-PA.

Le renfort des stagiaires et des bénévoles

Pour le reste, l'association de directeurs s'inquiète de la pénurie de personnel qui ici ou là atteint déjà les 20 % à 30 % Qu'en sera-t-il dans deux ou trois semaines ? Aujourd'hui, faute très souvent de diagnostic, les soignants susceptibles d'être contaminés doivent observer un retrait de 14 jours. « Ce n'est pas acceptable », s'exclame Eric Fregona. Pour éviter l'épuisement des personnels, l'AD-PA demande le retour des stagiaires et des bénévoles dans les Ehpad. Et pour cette organisation qui se bat contre l'âgisme, pas question de mettre une barrière d'âge pour tous. Les personnes âgées en bonne santé doivent pouvoir continuer à être utiles ! Pendant les guerres, les réservistes sont souvent mobilisés...

NoëlBOUTTIER
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