Port de charges lourdes, troubles musculosquelettiques (TMS), surcharge, stress… Face aux accidents du travail et maladies professionnelles (AT-MP), les gestionnaires d'établissements et services sociaux et médico-sociaux (ESSMS) peuvent bénéficier de plusieurs aides financières pour agir en prévention.
Les professionnels du social et du médico-social sont particulièrement exposés aux risques professionnels en particulier dans les établissements et services médico-sociaux (ESMS) pour personnes âgées et handicapées, que ce soit le port de charges lourdes, les postures contraignantes entraînant des troubles musculosquelettiques (TMS) ou encore les risques psychosociaux.
Cette sinistralité pèse sur la santé des salariés mais aussi sur le fonctionnement des structures, notamment à cause des arrêts de travail qui se multiplient. En 2025, l’hébergement médico-social et social représente à lui seul 6,2 % des montants d’indemnités journalières versées au titre des accidents du travail et des maladies professionnelles (AT-MP), selon le rapport annuel de l’Assurance maladie publié en octobre 2026.
Réduire ces risques suppose d’agir en amont. Les employeurs ont d’ailleurs l’obligation de protéger la santé physique et mentale ainsi que la sécurité de leurs salariés. Comment ? Diverses actions peuvent être mises en place, en passant par la formation des professionnels, la réalisation de diagnostics, la réorganisation des plannings ou encore l’achat d'équipements pour réduire les manutentions comme des rails plafonniers, des lève-personnes ou draps de glisse…
Ces actions peuvent toutefois représenter un coût important pour les établissements et services sociaux et médico-sociaux (ESSMS). Plusieurs dispositifs permettent aux structures de prendre en charge tout ou partie de ces dépenses, tels que le fonds d'investissement dans la prévention de l'usure professionnelle (Fipu), le fonds de lutte contre la sinistralité ou encore les contrats de prévention.
Les aides mobilisables varient selon le statut et la taille de la structure, les risques concernés et la nature du projet. Ce dossier fait le point sur les principaux financements auxquels les gestionnaires d’ESSMS peuvent prétendre pour prévenir les risques professionnels et réduire la sinistralité.
1. Avant les aides : le Duerp
Avant de solliciter une aide, l'employeur doit recenser les risques physiques et psychosociaux auxquels sont exposés les salariés dans le document unique d'évaluation des risques professionnels (Duerp).
Obligatoire dès le premier salarié, celui-ci permet également de formaliser les décisions prises et les aménagements de travail mis en place.
Quand faut-il le mettre à jour ?
Dans les entreprises d'au moins 11 salariés, le Duerp doit être actualisé au moins une fois par an, précise le code du travail.
Quel que soit l'effectif, une mise à jour est aussi nécessaire lorsqu'une décision d'aménagement important modifie les conditions de santé et de sécurité des salariés ou les conditions de travail, ou lorsqu'une nouvelle information concernant l'évaluation d'un risque est portée à la connaissance de l'employeur.
Les différentes versions du Duerp doivent par ailleurs être conservées pendant 40 ans à compter de leur élaboration afin d'assurer la traçabilité des expositions professionnelles dans le temps.
Une analyse de la Direction de l'animation, de la recherche, des études et des statistiques (Dares) de mars 2024 souligne qu'en 2019, « moins de la moitié des établissements ont un document unique d’évaluation des risques professionnels (Duerp) à jour ». Une autre étude de la Dares publiée le 1er octobre 2026 constate que l'évolution de la sinistralité est pourtant « plus favorable » lorsque le Duerp est actualisé.
Un préalable pour certaines aides financières
En clair, le Duerp permet surtout d'identifier les risques auxquels sont exposés les professionnels et les actions de prévention à engager. Une fois ces besoins définis, plusieurs aides peuvent être mobilisées par les ESSMS pour financer les équipements, diagnostics, formations ou accompagnements nécessaires. À noter qu'il constitue également, pour certaines aides financières, une condition d'éligibilité.
2. Fonds d'investissement dans la prévention de l'usure professionnelle (Fipu)
Depuis 2024, les entreprises, y compris les structures privées du secteur social et médico-social, peuvent demander une aide du fonds d’investissement dans la prévention de l’usure professionnelle (Fipu).
Créé par la loi du 14 avril 2023 et encadré par deux décrets du 10 août 2023, ses modalités de fonctionnement ont été modifiées par une circulaire de l'Assurance maladie du 26 janvier 2026.
200 millions d'euros en 2026
Le Fipu est financé par la branche AT/MP de la sécurité sociale. À ce titre, il relève de la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) et le montant de sa dotation est fixé chaque année par arrêté. Pour 2026, le fonds est doté de 200 millions d'euros, comme le prévoit un arrêté du 22 décembre 2025.
Trois risques ergonomiques visés
Le Fipu finance des actions destinées à prévenir l'exposition à trois facteurs de risques ergonomiques :
- les manutentions manuelles de charge, « c’est-à-dire toute opération de transport ou de soutien d'une charge » (levage, pose, poussée…) ;
- les postures pénibles (à savoir les positions forcées) ;
- et les vibrations mécaniques.
En première ligne, donc : les aides-soignants et les aides à domicile.
Montée en charge du Fipu
Les financements du Fipu ont fortement augmenté en 2025 : 139,5 millions d’euros (M€) ont été versés aux entreprises, contre 44,1 M€ en 2024, selon le rapport annuel de l’Assurance maladie paru le 21 octobre 2026. Cette accélération intervient en 2025, « première année complète » de fonctionnement du fonds, après un démarrage jugé « trop timide ».
Ces financements, versés en 2025, ont principalement soutenu :
- les actions de prévention à hauteur de 116,2 M€ ;
- les salaires de préventeurs pour 18,5 M€ ;
- les aménagements de poste pour 4,1 M€ ;
- les actions de sensibilisation pour 0,8 M€.
Au total, 21 452 subventions Fipu ont fait l’objet d’un versement en 2025, majoritairement à des entreprises de moins de 50 salariés. « Le nombre de demandes a ainsi très fortement augmenté (3 fois plus) par rapport à 2024 (5 666 demandes) », indique le rapport.
