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Interview07 mai 2020
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Santé mentale : « La crise a révélé la mission sociale et humanitaire des groupes d'entraide mutuelle »

À la veille du 11 mai, les groupes d'entraide mutuelle (GEM) se préparent à rouvrir leurs portes. Pour Pierrick Le Loeuff, délégué général du Collectif national interGEM, cette période aura permis de mettre en valeur l'action de ces lieux de vie.

Que s'est-il passé pour les groupes d'entraide mutuelle (GEM) pendant le confinement ?

Pierrick Le LoeuffTous ont fermé leur accueil physique tout en essayant de garder le contact avec leurs adhérents. La plupart ont mis en place une veille sociale via une chaîne téléphonique. Par exemple dans le GEM dans lequel je suis salarié à Lannion (22), je suis en contact régulier avec une dizaine d'adhérents, des "têtes de pont" eux-mêmes connectés à cinq personnes qui appellent régulièrement trois autres adhérents. Je fais le point régulièrement avec ces têtes de pont pour repérer les membres du GEM qui vont moins bien.

Comment les adhérents des GEM vivent-ils cette période ?

PLLCertains se sont isolés et sont retombés dans des conduites addictives qu'ils n'avaient plus depuis des années, comme les jeux vidéo. D'autres ne sortent plus du tout de peur du virus ou du contrôle de la police. Il a fallu faire preuve d'adaptabilité et de créativité pour maintenir le lien.

Par exemple ?

PPLCertains groupes ont fait des photocopies d'attestation de sortie pour les distribuer aux adhérents, d'autres font les courses pour eux. À Lannion, nous avons acheté des tablettes préprogrammées avec l'ensemble des numéros d'urgence et quelques contacts d'adhérents ainsi qu'une clé 3G. Les remontées que nous avons du terrain montrent que seuls un quart des membres sont équipés d'outils informatiques. La crise a aussi révélé à quel point le public des GEM est victime de la fracture numérique !

La Fondation de France nous a financé l'achat de triporteurs électriques pour réaliser des livraisons de courses aux membres du GEM et plus globalement à toute personne en situation de vulnérabilité. Ces initiatives réalisées avec les membres du GEM les ont mis en position de citoyen responsable.

Et permis aux GEM de se faire connaître...

PLLDes liens nouveaux se sont tissés avec les acteurs associatifs dans les territoires. On sent une prise de conscience de l'importance de notre mission sociale et humanitaire de préservation de la santé mentale. Sans les GEM, qui auraient pris soin de ces personnes fragilisées par la maladie et les troubles psychiques ? Cette reconnaissance se traduit aussi au niveau national : un comité de suivi extraordinaire des GEM s'est tenu le 6 mai pour préparer le déconfinement. La Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA) et la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) se sont montrées à l'écoute de nos retours de terrain. Nos propositions ont été intégrées à la fiche qui sera diffusée pour accompagner la réouverture des GEM.

Comment envisagez-vous cette réouverture ?

PLLD'abord on s'attend à une surdemande car les personnes n'étaient plus suivies pendant cette période, les centres médico-psychologiques (CMP) étant fermés et leurs permanences téléphoniques saturées. Pourtant, nous ne pourrons pas accepter de nouvelles demandes d'adhésion dans l'immédiat car nous devrons rouvrir dans des conditions sanitaires strictes. Par définition, les GEM sont des lieux de rencontres et d'échanges, il va donc falloir instituer de nouvelles consignes pour assurer la distanciation sociale.

Comment ?

PLLLes conseils d'administration des GEM vont se réunir pour aborder tous les sujets liés à cette réouverture : port du masque, nettoyage des locaux, accueils en groupe restreints... L'idée est d'aboutir à une charte du fonctionnement du GEM pendant la période du déconfinement qui devra être signée par toute personne entrant dans les locaux. Cette démarche doit permettre de responsabiliser l'ensemble des membres. 

Il faudra aussi mettre en place un système d'inscription et de plannings pour que les adhérents ne viennent pas tous en même temps. Cela prendra du temps et les GEM ne rouvriront probablement pas avant début juin. Le système de veille sociale mis en place pendant la crise va donc se poursuivre.

Aurez-vous des masques ?

PLLLa DGCS nous a prévenus que c'était à nous de trouver des solutions pour les masques et qu'il ne fallait pas compter sur les agences régionales de santé (ARS) pour nous en fournir. Nous invitons les GEM à s'adresser à leurs élus locaux et avons rédigé une lettre type à leur envoyer. Ce courrier rappelle les grandes missions du GEM et leur demande de les aider à acquérir le matériel indispensable à leur réouverture (masques, gel hydroalcoolique...)

Vous vous souciez des professionnels qui animent ces lieux...

PLLOui, il va aussi falloir prendre soin des salariés pendant cette période de déconfinement. Nous avons réalisé des visioconférences avec eux et j'ai senti un épuisement. Ils sont connectés en permanence, n'ont plus d'horaires et doivent répondre aux appels d'adhérents en détresse le soir comme le week-end. Le manque de masques, les règles d'hygiène... Certains appréhendent la réouverture dans ces conditions. Beaucoup souffrent aussi d'un manque de reconnaissance, se sentent invisibles. Nous plaidons pour qu'ils puissent bénéficier de la prime aux soignants promise par le gouvernement pour leur engagement pendant la crise.

NoémieCOLOMB
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