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Article19 mars 2020
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Dans le confinement, des enfants à protéger des maltraitances

La vigilance redouble contre les violences aux enfants - qu'ils soient confinés chez leurs parents, ou bien dans les lieux d'accueil de la protection de l'enfance. Or les professionnels manquant à cause du covid-19 n'ont pas encore été remplacés.

Dans la pandémie de covid-19, les enfants ont au moins une chance : s’ils peuvent porter le virus, ils s’avèrent plus rarement frappés par la maladie que les adultes. Pour autant, dans le confinement à domicile qui est demandé en France depuis le 17 mars, les enfants s’exposent à un autre danger : « Des risques accrus de maltraitance. » La mise en garde est adressée par le secrétaire d’Etat Adrien Taquet, dans un communiqué diffusé le 18 mars. « En temps normal, l’école fait parfois office de « refuge » pour des enfants, et les personnels de l’Éducation nationale sont les premiers à transmettre des d’informations préoccupantes», est-il rappelé. Mais face aux huis clos familiaux qui viennent de se refermer, « la vigilance doit redoubler ».

Le 119 toujours en activité

Le secrétariat d’Etat à la protection de l’enfance fait donc savoir que le 119-Allô enfance en danger« a activé son plan de continuité d’activités pour assurer un maintien » de son service d’écoute. Dès lors, « Adrien Taquet appelle chacun à redoubler de vigilance pendant cette période, et à composer le 119 si l’on est témoin, même auditif, même dans le doute, de violence sur un enfant. » Le service poursuit, du reste, ses transmissions des informations préoccupantes aux départements. Et si les tribunaux sont désormais fermés au public, « des permanences sont assurées dans les tribunaux pour enfants afin de prendre les mesures utiles de protection pour les enfants exposés à une situation de danger ». Des ordonnances de placement provisoires peuvent toujours être décidées.

D'anciens placés en alerte

Parallèlement, d’anciens enfants placés se mobilisent face aux risques de maltraitances à travers la protection de l’enfance, en ces temps de confinement. Un « collectif d’aide durant le Covid-19 », « SOS enfants placés », invite ainsi les professionnels et les enfants placés à « alerter sur les difficultés qu’ils rencontrent », que ce soit en famille d’accueil, en maison d’enfants, ou en foyer… Les témoignages peuvent être adressés par mél ou via un formulaire. « Et nous avons proposé à d’autres organisations d’anciens enfants placés de relayer la démarche à l’étranger », précise Lyes Louffok, qui compte parmi ses initiateurs. Le recueil des alertes est ainsi proposé également au Canada, par Mycasa, et au-delà, par Yes 4 humanity.

Appel aux étudiants

Au-delà, dans les Bouches-du-Rhône, les anciens enfants placés de l'Adepape 13 appellent les étudiants éducateurs et moniteurs-éducateurs « à venir bénévolement en renfort dans la structure la plus proche de chez vous » - s'inscrivant ainsi dans les mises en relation qui s'organisent actuellement, à travers la France, entre les établissements en manque de personnels et les élèves en travail social volontaires.

Jusqu'à 30 % d'absents

De fait, dans les associations de protection de l'enfance, le taux d'absentésime atteint maintenant de 25 à 30 %, selon une estimation de leur fédération, la Cnape. Et si les professionnels peuvent ainsi manquer, pour cause de contamination ou d'enfants à garder, les mineurs protégés, quant à eux, n'ont plus accès aux écoles, ni à bien des externats médico-sociaux. « Cette semaine il a ainsi fallu organiser leur confinement, dans la promiscuité, en hébergement ou chez les assistants familiaux, en suspendant les liens avec leurs familles », décrit Fabienne Quiriau, la directrice générale de la Cnape. 

Mutualisations

« Certaines associations, heureusement, ont pu faire appel aux personnels de leurs propres services fermés cette semaine » - principalement des externats. « Mais pour celles qui n'ont pas cette ressource, il faut absolument prendre des initiatives, tenter des mutualisations avec d'autres associations du territoire, afin de mettre en relation les demandes et les offres de renforts ». Si les étudiants peuvent maintenant soulager les établissements, Fabienne Quiriau espère, à présent, que les personnels puissent accéder aux gardes d'enfants. Car le confinement, déjà, menace de durer. Y compris pour les enfants. 

OlivierBONNIN
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