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Interview01 avril 2020
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Covid-19 : « les mandataires judiciaires restent invisibles »

Depuis le début du confinement, les mandataires judiciaires à la protection des majeurs (MJPM) sont en première ligne pour maintenir le lien avec les personnes protégées, défend Ange Finistrosa, président de la Fédération nationale des associations tutélaires (Fnat), qui, avec l'Unapei et l'Unaf, exige une meilleure reconnaissance de ce secteur.

Comment les services tutélaires travaillent-ils depuis deux semaines ?

Ange FinistrosaNos bureaux sont fermés au public et la majorité des professionnels sont en télétravail. Nous réalisons un accompagnement inversé : les personnes protégées ne se déplacent plus dans le cadre de nos permanences pour voir leurs délégués mais ce sont les mandataires qui les appellent pour prendre de leurs nouvelles, y compris lorsqu'elles résident dans un établissement social ou médico-social. Nous avons d'abord contacté en priorité ceux qui bénéficient d'un étayage à domicile (passage d'un infirmier ou d'une auxiliaire de vie, portage de repas...) pour nous assurer de la continuité de cet accompagnement. Les plus autonomes sont appelés au minimum une fois par semaine. En outre, les délégués en télétravail réalisent aussi toutes les actions habituelles à distance (paiement des loyers, des assurances...). L'activité n'a pas diminué car nous continuons à être saisis en urgence par les juges pour des mesures nouvelles.

Les mandataires ne se déplacent plus ?

AFDans certains cas, si. En particulier lorsque la personne protégée ne répond plus au téléphone ou que son aide à domicile n'a pas pu lui faire ses courses, nous autorisons un déplacement. Pour assurer la sécurité des salariés, les associations ont mis en place des fiches et boîtes à outils récapitulant les gestes barrières et les réflexes à prendre pour éviter toute contamination.

À quelles difficultés avez-vous dû faire face ?

AFAu départ, les personnes protégées n'ont pas tout de suite mesuré ce que signifiait le confinement et ont continué à se déplacer comme avant. Il a fallu expliquer les enjeux de la crise, ce qui a généré, dans un second temps, une grande anxiété. Certaines personnes ont des journées très ritualisées et ne plus pouvoir échanger facilement avec leur voisin ou se rendre à la permanence de l'association pour rencontrer leur conseiller constituait une perte de repères. Il a fallu réaliser un gros travail de réassurance.

Des personnes ont été arrêtées par la police...

AFTrès vite, nous avons constaté que nos publics étaient souvent verbalisés par la police car ils n'avaient pas leur attestation dérogatoire de déplacement. Certains ont même été placés en garde à vue. Par ailleurs, les commerçants se sont mis à leur refuser le paiement en espèces (par crainte du virus) alors que c'est, pour la majorité d'entre eux, leur seul moyen de payer. Les guichets des banques ont fermé, ne permettant plus aux personnes d'aller retirer de l'argent directement. Sur tous ces sujets, en interfédération (Fnat, Unapei et Unaf), nous avons alerté les pouvoirs publics, la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) mais également les ministères de l'Économie et de la Justice. Le comité interministériel du handicap (CIH) et le défenseur des droits se sont également saisis du sujet.

Et aujourd'hui ?

AFDes consignes ont été données aux préfets et sont en train de redescendre auprès des enseignes de distribution pour qu'elles acceptent l'argent liquide. Chez certains commerçants, nous avons ouvert des comptes pour que les personnes puissent faire leurs courses facilement.

En outre, l'attestation dérogatoire de déplacement en Facile à lire et à comprendre (Falc) a été diffusée et est aujourd'hui connue des services de police et de gendarmerie.

Quelles sont vos inquiétudes pour les semaines à venir ?

AFD'abord que nos salariés ou que les personnes protégées soient contaminées. Nous demandons à pouvoir bénéficier des mesures de protection mais les mandataires ne figurent pas parmi les publics prioritaires. Si nous arrivons à passer les quinze jours qui viennent sans un fort absentéisme, nous serons sereins. Dans le cas contraire, la continuité de notre service sera difficile à maintenir.

Autre préoccupation, la fermeture des services de psychiatrie (comme les centres médico-psychologiques), qui laissent les personnes protégées, souvent souffrant de troubles psychiques, sans suivi. En outre, des lits de psychiatrie sont actuellement libérés pour les patients atteints du Covid-19, conduisant des personnes protégées à sortir de l'hôpital, parfois sans solution d'hébergement. Les mandataires doivent accompagner cette sortie.

Que révèle cette crise ?

AFQue les mandataires, dont la profession est peu reconnue par les pouvoirs publics, sont en première ligne pour accompagner les personnes protégées, qui représentent, rappelons-le près d'un million d'adultes. Ils sont pleinement engagés depuis le début du confinement dans leur action mais n'ont, à aucun moment, été salués par les membres du gouvernement. Ils restent invisibles alors qu'ils font partie des maillons de la chaîne de solidarité sur le terrain. Ils doivent être valorisés à la hauteur de leur engagement et les services tutélaires davantage soutenus.

Si nous avions un message à faire passer : que les moyens dédiés à ce secteur soient enfin considérés comme un investissement à haut impact social et solidaire.

NoémieCOLOMB
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