menuMENU
Article29 avril 2020
Réagir
Réagir
Imprimer
Télécharger

Auxiliaires de vie : un besoin vital de reconnaissance

Alenvi et d'autres structures d'aide à domicile ont lancé un questionnaire en période de confinement auprès d'un millier d'auxiliaires de vie. Cette initiative "Nous, auxiliaires !" porte quatre propositions phares et une soif de reconnaissance des soutiers du médico-social.

« Trois pharmacies ont refusé de me délivrer des masques. Ça m'a fait mal. On n'est pas reconnus. On est toujours les derniers à être pris en compte. » Soafara Emile, elle le dit, aime passionnément son travail. Mais vraiment, là, elle en a marre d'être aussi peu valorisée malgré l'importance sociale de ce travail. Cette auxiliaire de vie travaillant pour Louvea à Nancy a participé à la réflexion suite à l'enquête conduite par le collectif L'humain d'abord. La force motrice de ce collectif qui a donné naissance à l'initiative « Nous, auxiliaires ! » est Alenvi, une structure alternative dans l'aide à domicile installée à Paris et à Lyon (lire notre reportage).

Miroir grossissant

Pour le co-fondateur d'Alenvi, Thibault de Saint-Blancard, « la crise sanitaire est un miroir grossissant des difficultés que vivent les auxiliaires de vie en temps normal. » Rien de nouveau au soleil, mais simplement une acuité plus forte aux problèmes. Pour Frédérick Bily, auxiliaire de vie de la structure nantaise À tous âges, « quand on arrive dans une famille, on est parfois considéré comme du personnel de maison. Les gens ne connaissent rien à notre travail. » 

Plus de mille réponses

Le collectif L'Humain d'abord porté par quelques structures autour d'Alenvi a eu la bonne idée de lancer un questionnaire en pleine crise sanitaire via les réseaux sociaux. En une seule semaine, entre le 9 et le 16 avril, il a recueilli un bon millier de réponses. 

Radicalité tranquille 

Une forme de radicalité tranquille se dégage des résultats. 84 % considèrent que leur santé et celle de leurs proches sont mises en danger par leur travail. Une même proportion estime que leur salaire n'est pas satisfaisant. Ils sont également 71 % à considérer que la société ne prend pas en compte leur importance. Et un mois après le début de la pandémie, plus de la moitié des auxiliaires de vie expliquent manquer de matériel de protection. De façon symptomatique, plus de la moitié des répondants ne se sentent pas concernés par les applaudissements de 20 heures...

Fierté d'exercer ce métier

Ces chiffres désolants sont heureusement éclairés par d'autres plus optimistes. Ainsi, 95 % des auxiliaires de vie se disent à leur place et une même proportion exprime de la fierté d'exercer ce métier. 

Sur la base de ce panorama, une soixantaine de personnes - deux tiers d'auxiliaires de vie et un tiers de dirigeants de structures - ont travaillé sur des propositions à défendre auprès des pouvoirs publics. Elles ont réussi à se mettre d'accord sur quatre d'entre elles.

Les quatre propositions de « Nous, auxiliaires ! » 

1. Inscription dans les répertoires nationaux des professionnels de santé

2. Rémunération de 1500 € nets par mois pour les auxiliaires à temps plein

3. Un métier = une seule branche, une seule convention collective, un seul Opco (opérateur de compétences)

4. Toutes les sociétés commerciales du secteur [doivent être] Esus (Entreprise solidaire d’utilité sociale) ou société à mission.

Autant les trois premiers points sont - plus ou moins - attendus, autant le quatrième l'est moins. Pour le cofondateur d'Alenvi, le cap fixé sur le statut Esus ou société à mission vise à « aider les entreprises à mettre en place une gouvernance partagée dans laquelle les auxiliaires de vie doivent être associées. » Pour le responsable de Vivat, dans le Nord, Arnold Fauquette, il faut « inviter par tous les moyens à prendre davantage en compte les auxiliaires de vie. Avec l'objectif d'inciter à la participation et à l'initiative. » 

Toujours le problème des protections

Reste des problèmes importants à régler. David Le Norcy, dirigeant de la structure bordelaise Aide@venir, souligne que les acteurs dans l'aide à domicile sont de plus en plus tenus à des règles strictes en matière de protection des salariés, ceci dans la foulée de la décision de justice lilloise. Résultat des courses : Aide@venir a dû réduire ses interventions faute de matériel de protection suffisant. Cette question des masques, surblouses et charlottes reste toujours sensible dans le secteur de l'aide à domicile.

Valoriser les métiers du prendre soin

Pour aller plus loin, les quatre propositions phares de « Nous, auxiliaires ! » – une initiative soutenue par de nombreuses personnalités (1) – vont être communiquées aux acteurs du pouvoir (Élysée, Matignon, ministères). Pour appuyer la démarche, une pétition a été lancée. Des contacts ont déjà été pris auprès de la CNSA. L'idée est de dépasser les clivages habituels entre fédérations, syndicats, explique David Le Norcy, afin d'avancer « vers un projet de société : comment valoriser les métiers du prendre soin ? » 

(1) Edgar Morin, Laurent Berger, Axel Kahn, Myriam El Khomri, Dominique Libault, Michèle Delaunay, Boris Cyrulnik, Marie de Hennezel, etc.

À lire également :

Aide à domicile : des plannings allégés en Ille-et-Vilaine

Aide à domicile : la digue résistera-t-elle au coronavirus ?

Quand les aides à domicile ont à qui parler

NoëlBOUTTIER
ABONNEMENT
Accédez à l'intégralité de nos contenus
  • Articles & brèves
  • Vidéos & infographies
  • Longs formats & dossiers juridiques
  • Reportages & enquêtes
Découvrez nos offres