Alors que les centres éducatifs fermés (CEF) vont progressivement être transformés, Frédéric Barthélémy, directeur depuis deux ans d’un CEF associatif du groupe SOS, livre un éclairage de terrain sur le fonctionnement de ces structures et alerte sur les risques de cette réforme, qui devrait intervenir en 2027 pour les CEF associatifs.
Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a annoncé la transformation des centres éducatifs fermés (CEF) du secteur public en unités judiciaires à priorité éducative (UJPE) d'ici à septembre 2026, ce qui a été confirmé par une circulaire du 11 février 2026 et un décret du 12 mars 2026.
Les CEF du secteur associatif seront transformés dans un second temps, d'ici un an. Qu'en pensent les professionnels concernés ? Les réponses de Frédéric Barthélémy, directeur du CEF associatif de Saverne dans le Grand Est.
Comment analysez-vous la réforme engagée par Gérald Darmanin sur les centres éducatifs fermés (CEF) ?
Frédéric BarthélémyPour comprendre la situation actuelle, il faut revenir à la création des CEF il y a une vingtaine d’années. Dès le départ, il y avait un malentendu dans l’intitulé même : « centre éducatif fermé ». Est-on dans l’éducatif ou dans le fermé ?
Politiquement, le terme rassurait l’opinion publique, mais sur le terrain, les structures qui ont réellement fonctionné ont imposé une autre lecture : la « fermeture » ne doit pas être comprise comme carcérale, mais comme une contrainte juridique et symbolique permettant de rendre possible un travail éducatif.
Les CEF ne sont évidemment pas la réponse à tout. Pour la grande majorité des mineurs, ils ne sont pas nécessaires. En revanche, pour ceux qui ont mis en échec plusieurs placements et plusieurs tentatives éducatives, ils peuvent constituer une dernière alternative avant la prison.
Ce qui pose problème aujourd’hui, c’est que la réforme a été annoncée brutalement, sans concertation réelle, avec des propos très dépréciatifs sur les CEF, alors même que les derniers rapports ne préparaient pas à une telle rupture.
La protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) elle-même semble avoir été prise de court. Quatre mois après l’annonce, il reste beaucoup de flou sur les modalités concrètes de transformation. Par ailleurs, le ministre parle essentiellement des CEF publics, puis il généralise au secteur associatif habilité.

