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Article09 octobre 2020
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Quand France culture explore la vieillesse

Du lundi 12 octobre au jeudi 15, le documentariste Jérôme Sandlarz propose quatre longs regards sur "vieillesse et dépendance". L'histoire des maisons de retraite, la vie d'un Ehpad, la sexualité et le village Alzheimer des Landes sont au menu de cette série d'émissions de France culture.

- « Où allez-vous, comme ça ? 

- Au marché, chercher mon bouquet de fleurs. Tous les vendredis, je m'achète mon bouquet de fleurs. C'est important, ça égaye la chambre. 

- Ça fait longtemps que vous résidez ici.

- Depuis cinq ans, mais j'en ai marre. J'ai du mal à accepter la retraite, celle des pompiers. Et j'ai du mal à accepter de rester à ne rien faire. »  

Gaieté et tristesse

Ça commence ainsi par ce dialogue impromptu qui mêle recherche de gaieté et profonde tristesse. Nous sommes dans l'Ehpad « Lumières d'automne » situé à Saint-Ouen, à une embardée du nord de Paris. C'est là que se déroule la seconde émission (d'une série de quatre, passionnantes) diffusée par France culture le 13 octobre dans le cadre de son émission La série documentaire (LSD). C'est là que Jérôme Sandlarz, vieux routier de la radio (25 années au compteur dont 20 pour le compte de France culture) a planté ses micros pendant des semaines.

Beaucoup d'Africaines et de Maghrébines

On capte des dialogues intéressants sur le fonctionnement d'un Ehpad. Le documentariste discute avec Rose et Fatou, deux aides-soignantes officiant en lingerie. Elles sont toutes deux d'origine africaine. D'où cette question de Jérôme Sandlarz : « Pourquoi êtes-vous si nombreuses d'origine africaine ou maghrébine à travailler en Ehpad, au moins en région parisienne ? » Réponse de Rose : « Nous avons un rapport particulier avec les personnes âgées. Nous vivons avec elles. C'est une richesse pour nous. »  

Suite à un article du Media social

Mais pourquoi avoir conçu cette série d'émissions ? « Je vis à Saint-Ouen, raconte Jérôme Sandlarz. J'ai lu un volet du journal de bord d'Ève Guillaume, la directrice de l'Ehpad, publié par Le Media social et ça m'a donné envie de venir sur place. L'Ehpad est à 500 mètres de chez moi. Je tournais en rond, j'étais en chômage technique, alors je suis allé à l'Ehpad pour enregistrer des sons. Pendant le confinement, j'y allais deux à trois fois par semaine. » 

Perte d'autonomie de sa mère

Ce journaliste passionné par les sujets familiaux ou sociaux (parmi ses préférés, il cite une émission sur un homme ayant une maladie dégénérative qui se préparait à un suicide assisté en Suisse avec le soutien de sa femme ou bien « Hugo sur la corde raide » - un jeune de 15 ans accro au shit, en pleine thérapie familiale) se sent particulièrement concerné par cette thématique puisqu'il assiste impuissant à la perte d'autonomie de sa maman, vivant seule depuis longtemps.

Le tabou absolu de l'homosexualité

« J'ai eu envie d'aborder la question du vieillissement sous l'angle du duo protection-liberté, explique Jérôme Sandlarz. Cet enjeu est particulièrement sensible dans le troisième volet consacré à la sexualité. Ce qui m'a frappé en enregistrant cette émission dans trois Ehpad de la région parisienne (Saint-Ouen, Les Lilas et Bagnolet), c'est la gêne des soignantes vis-à-vis de la sexualité des personnes âgées. Et je ne parle même pas de l'homosexualité, tabou des tabous. » 

Première maison de retraite

Mais cette série, qui raconte également l'aventure du village Alzheimer dans les Landes ouvert en juin dernier, ne fait pas l'impasse sur la question historique. Dans le premier volet, on conte l'histoire de William Gallignani, un imprimeur, qui fonde à la fin du XIXe siècle la première maison de retraite moderne à Neuilly (92) qui est aujourd'hui toujours en activité, sous la forme d'un Ehpad. Jusque-là, les vieux étaient entassés dans des hospices appelés souvent des « mouroirs » ou des « casernes ». L'historienne Mathilde Rossigneux-Méheust explique que les maisons de retraite prolongent le projet républicain d'assistance aux personnes âgées.

Deux catégories de vieux

Avec les maisons de retraite, le rapport à l'argent change : l'essentiel des résidents paie une pension mais occupe une chambre individuelle alors que les hospices demandent souvent, en échange de la gratuité, que les personnes âgées participent à la corvée des épluchages. Deux catégories de vieux existent : ceux qui peuvent profiter de leur retraite et ceux qui sont toujours au travail. 

À taille humaine

Les inégalités sont très fortes entre les types de résidents. Dans une maison de retraite, les pensionnaires qui payent sont mieux alimentés que ceux qui sont hébergés gratuitement. Et les réclamations sur la nourriture sont (déjà) nombreuses. Dans les années 50, le modèle des hospices est franchement remis en cause. L'idée est de proposer des maisons de retraite à taille humaine (une centaine de personnes) alors que les hospices pouvaient compter jusqu'à 3 000 pensionnaires. Et il faudra attendre 2002 pour voir la création des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Un modèle aujourd'hui sérieusement remis en cause... 

« Vieillesse et dépendance, la vie sous contrainte » sur France culture du 12 au 15 octobre à 17 heures. Le lundi 12, l'invention de l'hospice. Le 13, une journée en Ehpad. Le 14, l'amour en Ehpad (c'est « l'amour à l'Ehpad » ). Le 15, un village Alzheimer.

NoëlBOUTTIER
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