Dans ce 14e épisode, la parole est à Angélique Revest, autrice du livre "Que reste-t-il du travail social ?". Éducatrice spécialisée devenue cheffe de service puis cadre pédagogique en centre de formation en travail social, elle est de ces professionnels qui ont à cœur de ramener de la réflexion, du débat, voire un souffle de résistance dans un secteur où la dégradation des conditions de travail produit perte de sens et désinvestissement.
Les professionnels qui fréquentent le réseau social LinkedIn la connaissent pour sa newsletter "Fragments de terrain", un espace d'écriture, de réflexion sur le travail social qu'elle a pensé comme une invitation à analyser, observer et échanger sur les défis qui traversent le secteur.
Repolitiser le travail social, y ramener de la pensée, de la réflexivité, du sens, c'est le cheval de bataille de cette éducatrice spécialisée de métier, ex-cheffe de service qui a choisi de quitter son poste faute de pouvoir encore y défendre les valeurs d'un travail social humain et engagé.
Marchandisation
Aujourd'hui cadre pédagogique en centre de formation en travail social, Angélique Revest a publié cette année un ouvrage intitulé "Que reste-t-il du travail social ?" (1), issu d'un travail de recherche sur la marchandisation du secteur. Inspirée par le concept de chalandisation élaboré par le regretté Michel Chauvière, elle a notamment mené l'enquête auprès d'une centaine de professionnels.
Perte de sens, conflits de valeurs, injonctions incompatibles avec un exercice « humain » du travail social : elle a pu vérifier ce qu'elle observait elle-même depuis son poste de cheffe de service en centre d'hébergement et de réinsertion sociale (CHRS).
Comment résister ?
Comment incarne-t-on son poste de cadre face à ces injonctions ? Quelle posture adopte-t-on en tant que travailleur social dans ce contexte ? Comment se saisit-on de la petite marge de manœuvre qu'il nous reste ? Comment résister « à hauteur de la fonction qu'on occupe » ? Autant de questions qu'Angélique Revest se pose et pose dans ses posts sur les réseaux, interrogeant l'impact du système sur les comportements des travailleurs sociaux.
C'est dans cette perspective qu'elle a débuté une nouvelle recherche, axée sur les ressorts de l'engagement des professionnels : ce qui permet à certains travailleurs sociaux de résister, de défendre une pratique éthique et humaine malgré les injonctions contradictoires, le manque de temps, le manque d'effectifs… Là où d'autres partent ou se résignent, ou encore s'en tiennent à une approche techniciste du métier.
Sans juger ni culpabiliser quiconque, mais avec l'ambition de comprendre ce qui se joue, et comment déjouer ces mécanismes d'asujettissement.
(1) « Que reste-t-il du travail social ? Résister à la chalandisation » aux Presses de l'EHESP, 2026.
Allez l'écouter, en cliquant simplement ci-dessous ⇓
Pour se faire connaître et reconnaître, le travail social doit se faire entendre ! Et pour vivre, ce podcast a besoin de vous. Alors si vous souhaitez à votre tour faire entendre votre voix, n'hésitez pas à nous contacter à l'adresse suivante : lemediasocial@lefebvre-dalloz.fr

