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Le décrochage scolaire, une problématique avant tout sociale

Longs FormatsSophie LE GALL23 juillet 2020

Combien d'enfants et de jeunes la période du confinement aura-t-elle précipités dans la case des « décrocheurs » ? La question inquiète le monde éducatif et tout autant les travailleurs sociaux mobilisés pour raccrocher ceux qui s'éloignent, et resserrer les liens avec une école accusée d'amplifier les inégalités sociales.

Opération « école ouverte » en plein été, « colonies apprenantes »... Ces vacances estivales n'auront jamais été aussi studieuses et ce, dans l'espoir d’amortir une rentrée scolaire qui s'annonce à hauts risques, avec, probablement, un nombre de décrocheurs en augmentation alors même que le phénomène était en voie d'amélioration .

Environ 80 000 jeunes seraient concernés en 2019 pour 140 000 en 2014, selon le ministère de l'éducation nationale, qui entend par « décrocheurs » les jeunes qui quittent le système éducatif sans avoir obtenu aucun diplôme de second cycle (avec au mieux le brevet des collèges).

Remise au premier Ministre du rapport sur l'obligation de formation jusqu’à 18 ans, rédigé par la députée Sylvie Charrière et Patrick Roger, président de la mission locale de Strasbourg, le 13 janvier 2020.Ministère des solidarités

Lors de son interview du 14 juillet dernier, le président Emmanuel Macron a insisté : « Aller chercher ces élèves est le "défi" de l'été ». Avant d'indiquer qu'il n'aimait pas le terme de "décrocheurs"... « Je préfère les accrocheurs, parce qu'on aura besoin de leur vitalité, de leur force, et on devra les aider ». 

Alors qu'une première mesure, d'obligation de formation visant les 16-18 ans, était déjà actée (en lien avec la stratégie pauvreté) pour la rentrée scolaire 2020, le nouveau premier ministre, Jean Castex a finalement dévoilé jeudi 23 juillet la stratégie complémentaire prévue par le plan «#1jeune1solution » en direction des intéressés : un parcours personnalisé de 4 mois, pour 35 000 décrocheurs de 16 à 18 ans (lire encadré ci-dessous). 

Un décrochage aux causes multiples

Il y a de fait urgence à agir : le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a déclaré avoir perdu le contact avec 4 % des élèves à la fin du confinement - contre 8 % au début -, et encore ce chiffre ne concerne-t-il que les élèves qui n'ont jamais donné de leurs nouvelles, et non ceux qui sont restés en contact avec leur établissement en pointillé, ni non plus ceux qui n'auront pas assimilé les notions.

Un décrochage dû à des difficultés multiples : relation déjà distendue avec le système scolaire, absence d'équipement informatique pour poursuivre les apprentissages à la maison, conditions de vie difficiles ou encore impossibilité pour les parents d'accompagner leur enfant.

Un énorme stress

Si la précarité sociale a pesé lourd sur le confinement comme sur la poursuite de la scolarité, les parents concernés sont restés particulièrement mobilisés. « La question de l'école à la maison a été la source d'un énorme stress pour les familles que nous accompagnons », témoigne Marie-Aleth Grard.

Celle qui est désormais présidente d'ATD Quart Monde précise : « Tout en ne maîtrisant pas tous les codes de l'école, elles essayent de suivre à la lettre les directives. Elles ont ainsi passé de nombreuses heures sur les devoirs, là où des familles plus favorisées se sont organisées avec davantage de détachement : par exemple, les devoirs seulement le matin pour que les parents puissent être complètement en télétravail l'après-midi ».

Marie-Aleth Grard, présidente d'ATD Quart Monde, s'inquiète pour les parents qui, dans le contexte de fermeture des établissements, ont été privés de dialogue direct avec l'école.DR

Des dégâts pour les familles

Au-delà de la question de la poursuite des apprentissages, Marie-Aleth Grard s'inquiète pour les parents qui, dans le contexte de fermeture des établissements, ont été privés de dialogue direct avec l'école alors que la fin de l'année scolaire est synonyme de décisions d'orientation « qui ont pu tomber comme des couperets ».

« C'est encore difficile à évaluer précisément, mais on peut redouter qu'il y ait eu beaucoup de dégâts pour les familles éloignées de l'école », estime-t-elle. Comme nombre d'associations, ATD a mis en place du soutien scolaire à distance, en s'appuyant sur le volontariat d'enseignants à la retraite.

Besoin de repères

La question de la scolarité a été tout aussi centrale pour les établissements du social et du médico-social accueillant des enfants, ou encore les établissements scolaires dits à pédagogie différenciée.

Ainsi, à Marseille, l'ensemble scolaire Viagliano, établissement des Apprentis d'Auteuil qui compte une unité de prévention éducative, a accueilli pendant le confinement, sur dérogation, les élèves les plus en difficulté, scolairement ou socialement, pour qui « continuer à travailler à la maison est quasiment mission impossible », explique Coline Marchand, cheffe de service de l'internat de l'établissement. « Quand ils sont revenus en classe, nous les avons sentis très éteints. Nous avions prévu des activités plutôt ludiques alors qu'ils nous ont demandé de reprendre le programme scolaire, probablement par besoin de repères », souligne-t-elle.

Le poids des inégalités

À plusieurs reprises pendant le confinement, le ministère de l'éducation nationale a communiqué sur la mise en place de mesures à destination des familles en difficulté ou des élèves relevant de la protection de l'enfance, comme le prêt de matériel informatique, confirmant, en creux, le poids des inégalités scolaires.

« En lien avec le conseil départemental, des professeurs de notre académie se sont rendus disponibles auprès d'établissements accueillants des enfants placés », témoigne ainsi Jean-Marc Huart, recteur de l'académie de Nancy-Metz.

Le ministère de l'éducation nationale a largement communiqué, pendant le confinement, sur la mise en place de mesures comme le prêt de matériel informatique, à destination des familles en difficulté ou des élèves relevant de la protection de l'enfance.stock.adobe.com

Et pour ceux qui ne représentent pas un public captif, soit les plus nombreux, l'Éducation nationale a compté sur l' « aller vers » assuré par les enseignants qui ont tenté de renouer le lien, et surtout par les travailleurs sociaux habitués à être mobilisés, quelle que soit l'actualité, dans la lutte contre le décrochage scolaire.

Aller chercher les décrocheurs

Ainsi, Jean-Michel Blanquer indiquait, le 7 mai 2020 devant le Sénat, que les assistants de service social de l’Éducation nationale allaient recevoir un message leur demandant « d’aller chercher les enfants décrocheurs ».

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