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Article03 septembre 2020
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Hébergement d'urgence : des mieux et quelques ombres

Pendant cet été, les menaces les plus lourdes ont été écartées. Le nombre de places d'accueil a augmenté et les remises à la rue "sèches" ont été rares. Reste que le système de l'urgence est totalement paralysé : il faudrait libérer des places dans le parc de logements classiques. Pas facile...

Y aurait-il un petit état de grâce entre la nouvelle ministre du Logement Emmanuelle Wargon et les associations gestionnaires de l'hébergement d'urgence ? Cette qualification serait sans doute réfutée par les principaux intéressés, mais il faut bien reconnaître que les appréciations positives des fédés ne sont pas la norme dans le secteur. Et cette fois-ci, après la réunion inaugurale (première rencontre avec l'ensemble des associations) du 27 août, les motifs de satisfaction l'emportent sur les points de vigilance.

Pas de remise à la rue

Directeur général de la Fédération des acteurs de la solidarité, Florent Guéguen - qui met rarement sa langue dans sa poche - considère que l'été s'est correctement passé. « Il n'y a pas eu de remise à la rue conformément à la circulaire du 2 juillet , explique-t-il. Soit les personnes ont été maintenues dans leur logement, soit on leur a trouvé une place d'hébergement. » Avec 180 000 places actuelles, notre pays en compte 30 000 de plus que l'été 2019. Les moyens mis en place par l'État l'hiver dernier ont été maintenus. 

Ouverture de 14 000 places

La perspective d'ouvrir 14 000 places nouvelles pérennes au cours des deux années est également saluée par le milieu associatif, 7 000 en 2020 et 7 000 autres en 2021. « Le fait que les 7 000 places à créer l'an prochain devraient être inscrites dans la prochaine loi de finances permettra de les créer très vite », espère Florent Guéguen. Incontestablement, la menace sanitaire planant autour de gens vivant à la rue a permis de faire progresser leur prise en charge. Par ailleurs, l'État a confirmé son plan de 10 millions d'euros pour humaniser les centres d'hébergement. Cela devrait permettre à des structures de réaliser des travaux d'amélioration, notamment pour ne proposer que des chambres individuelles.

Prévention des expulsions

L'État ne devrait pas en rester là. La ministre a confié au député de l'Hérault Nicolas Démoulin le soin d'animer un groupe de travail sur la prévention des expulsions locatives. Ses propositions attendues pour le mois de décembre pourraient permettre de progresser sur un enjeu trop peu pris en compte par les pouvoirs publics, selon les associations. À ce propos, le directeur général de l'association Emmaüs solidarité, Bruno Morel, dénonce l'absence d'abondement du fonds d'indemnisation des propriétaires qui permet de trouver des alternatives aux expulsions. 

Jeunes précarisés

Malgré les avancées indéniables, la situation est loin d'être idéale. Le DG d'Emmaüs fait remonter un constat établi par les maraudes et les accueils de jour. « Nous avons repéré environ 500 personnes à la rue qui présentent souvent des problématiques de santé physique et mentale, explique-t-il. D'autre part, nous rencontrons de plus en plus de jeunes précarisés qui sont en passe de tomber dans la rue. » Bruno Morel confirme ce que beaucoup ont affirmé pendant la crise sanitaire : toute une frange de la population qui dispose d'un logement n'a plus les moyens de se nourrir. 

4 000 personnes sans réponse du 115

Reste un problème de fond qui paralyse le système : l'absence de rotation dans le parc d'hébergement. « L'entrée dans l'hébergement est bloquée. Il y a très peu d'entrants via le 115 », s'inquiète Florent Guéguen. Un test a été mené le 12 août dernier pour mesurer le nombre de personnes ne trouvant pas de réponses de logement après avoir appelé le 115. Résultats : en région, trois mille personnes sont restées à la porte des structures auxquels il faut rajouter un millier sur Paris. On est donc encore bien loin de l'objectif zéro SDF...

2 à 3 ans pour une pension de famille

Pour décongestionner le système, il faudrait également mettre la pression sur les sorties par le haut des résidents de l'urgence. Mais les possibilités qui existent et sont adoubées par tous ne sont pas vraiment encouragées. « Avec les diverses procédures d'agrément, il faut entre deux et trois ans pour ouvrir une pension de famille », dénonce Bruno Morel qui va en ouvrir une très prochainement. 

Évacuation des bidonvilles 

Autre tache sur un tableau positif : l'évacuation de nombreux bidonvilles pendant l'été. « Nous avions regretté, explique le responsable de la Fédération des acteurs de la solidarité, que la circulaire du 2 juillet ne s'applique pas aux camps. Résultat : environ 500 personnes ont été évacuées d'une trentaine de camps. Celles-ci n'ont pas eu de proposition de relogement ou quelques jours à l'hôtel. » Et de conclure : « Disperser les gens, ce n'est pas une réponse satisfaisante, même sur le plan sanitaire. » 

Une rentrée « masquée » 

Lors de la réunion du 27 août, la ministre Emmanuelle Wargon s'est engagée à la livraison de 50 millions de masques. Elle a également annoncé que « les surcoûts liés au contexte de crise seront remboursés aux gestionnaires. »

Sur le terrain, les besoins sont immenses. Le DG d'Emmaüs explique qu'il a besoin chaque mois de 30 000 masques pour équiper tous ses salariés. « Pour rassurer les équipes, raconte-t-il, nous avons constitué un stock de trois mois grâce à des financements venant de mécènes, de collectivités et des fonds propres de l'association. Par ailleurs, s'est mise en place en interne une structure très opérationnelle chargée du suivi des équipements de protection ».  

NoëlBOUTTIER
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