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Article30 août 2019
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Handicap : une rentrée scolaire sous tension

Accompagnants sans contrat ni affectation, familles désemparées, la rentrée scolaire s’annonce tout aussi chaotique que les années précédentes. Si ce n’est plus. Des difficultés qui ne sont pas sans lien avec la mise en place précipitée de la loi « Blanquer », pourtant porteuse d’espoir.

Chaque année la rentrée scolaire des enfants handicapés est une épreuve pour les familles comme pour les professionnels qui les accompagnent. Et cette rentrée ne semble pas échapper à la règle. « C’est même pire que les autres années », déplore Jean-Luc Duval, président du Collectif citoyen handicap, qui dit crouler sous les appels de parents désemparés.

« Scolariser mieux les élèves »

Pourtant le volontarisme du gouvernement en la matière est incontestable. « La scolarisation des élèves handicapés est un point majeur de cette rentrée », déclarait le ministre de l’Education nationale le 27 août lors de sa conférence de presse de rentrée. Et Jean-Michel Blanquer de se féliciter de la mise en œuvre du service public de l’école inclusive, porteur « d’un changement paradigmatique qui doit permettre de scolariser mieux les élèves ». 23 500 enfants handicapés feront leur entrée pour la première fois à l’école ordinaire, a-t-il ainsi annoncé, qui s’ajouteront aux 340 000 jeunes handicapés accueillis en 2018-2019.

4 500 nouveaux AESH

Principale nouveauté, la mise en place dans chaque territoire d’un service départemental de l’école inclusive chargé de mettre en place la cellule d’écoute pour les familles et un guichet unique pour les AESH. En outre, le déploiement de 3 000 pôles inclusifs d’accompagnements localisés (PIAL) doit permettre d’« affecter les moyens humains au plus près du terrain », a expliqué Jean-Michel Blanquer. « Un changement copernicien d’organisation » qu’il traduit par la formule : « avant l’enfant attendait d’avoir un AESH pour aller à l’école, désormais l’enfant va à l’école et un AESH l’attend ». Un effort qui s'accompagne du recrutement de 4 500 nouveaux ETP d’AESH.

Des contrats hors la loi

Reste que sur le terrain, certains rectorats semblent avoir été pris de court pour mettre en œuvre ces nouveautés inscrites dans deux circulaires de juin dernier (l’une sur la rentrée, l’autre sur les AESH). Côté accompagnants, « les contrats envoyés ne respectent pas la circulaire, déplore Hélène Elouard, animatrice du Collectif AESH nationale CGT’EducAction. Certains rectorats ont présenté des contrats d’un an, ce qui est contraire à la loi ou n’ont pas intégré le nouveau mode de calcul du salaire. D’autres ne tiennent pas compte des souhaits d'affectation des accompagnants ».

Mobilisation à Paris

Pire, à la veille de la prérentrée, nombreux étaient les accompagnants n’ayant pas signé leur contrat et ne connaissant pas leur établissement d’affectation. À Paris, cette situation a conduit plusieurs dizaines d’AESH à se mobiliser le 29 août devant le rectorat à l’appel du collectif Précaires de l’Education. « J’ai formulé des vœux en avril dernier et je ne sais toujours pas où je serai affecté », expliquait Jean-Marie Cotet, AESH depuis sept ans. Or s’il est rattaché à un PIAL, il pourrait devoir accompagner plusieurs enfants scolarisés dans différents établissements. « Ce qui impliquera des temps de transports et ne me permettra peut-être plus de travailler en tant qu’animateur périscolaire », déplorait-il, précisant qu’il a besoin de cette double activité pour vivre.

Également dans l’attente tout l’été, Joëlle Watier, AESH depuis octobre 2017, a appris à 17 heures la veille de sa prérentrée qu’elle était affectée dans une nouvelle école auprès d’un enfant qu’elle ne connaît pas. Ce « alors que l’équipe pédagogique de mon établissement précédent m'avait déjà attribué un enfant ».

La mobilisation a en partie payé puisque les AESH parisiens présents ont été reçus par le rectorat et ont pu signer leur contrat sur le champ.

Témoignages de parents

Côté familles, la situation n’est pas moins chaotique. Il suffit de lire les témoignages qui pleuvent sur la plateforme marentree.org lancée par l’Unapei et d’autres associations en août. Ainsi la maman de Mathys, sans nouvelle de sa demande d’orientation en unités localisées pour l’inclusion scolaire (Ulis) pourtant formulée en janvier dernier, y explique que son fils se rendra lundi dans son école de secteur avant de devoir changer d’établissement quelques semaines plus tard lorsque sa demande aura été acceptée.

De même, certains enfants scolarisés dans des structures médico-sociales ne feront pas leur rentrée, faute de places. C’est le cas de plus de 250 jeunes de la Drôme où l’Adapei locale organise le 31 août une « opération cartables » pour « dénoncer le scandale des enfants sans rentrée scolaire ».

Sophie Cluzel sur le pont

Face à ces situations qui se répètent chaque année, la secrétaire d’État Sophie Cluzel tente, dans le cadre de ses nombreuses interventions médiatiques, de rassurer les familles, mettant en avant les cellules d’écoute départementales - dont certaines n’ont été ouvertes que quelques jours avant la rentrée - et les autres mesures nouvelles censées améliorer la situation à l’avenir.

La coopération des associations

Le gouvernement cherche aussi à s’allier le secteur associatif. Le 29 août, Jean-Michel Blanquer et Sophie Cluzel ont ainsi réuni près de 25 associations du champ du handicap. « En présentant les mesures prises pour la rentrée et en écoutant les remarques des participants, Jean-Michel Blanquer a montré sa volonté de continuer le dialogue engagé avec les associations au printemps lors de la concertation sur les mesures de la loi », raconte Jean-Louis Leduc, directeur général de la Fédération Apajh. Car si dans l’ensemble, les décisions prises dans le cadre de la loi « vont dans le bon sens, il reste du chemin à faire ».

Trois leviers d'action

Pour améliorer la situation, Jean-Michel Blanquer entend « coordonner les dispositifs associatifs existants avec la mobilisation territoriale nouvellement mise en place par le gouvernement afin d’apporter des réponses aux parents ». Ainsi à court terme, trois leviers d’action doivent être mobilisés :

1/ le relais par tous des numéros des cellules d’écoute pour les situations individuelles ;

2/ une vigilance collective et des remontées d’alerte sur les situations territoriales problématiques ;

3/ la mise en partage de bonnes pratiques.

Bilan associatif

Un comité de suivi de l’école inclusive se réunira à l’automne pour dresser un premier bilan de la rentrée, ont aussi précisé les ministres. Un rendez-vous au cours duquel Luc Gateau, président de l’Unapei, espère bien présenter le bilan associatif issu de la plateforme. Car, « on nous demande de coopérer mais nous restons vigilants. Notre rôle est de rendre visible ceux qui ne le sont pas, en particulier toutes les familles qui n'auront pas de solution adaptée ».

NoémieCOLOMB
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