menuMENU
Article08 avril 2020
Réagir
Réagir
Imprimer
Télécharger

Handicap : l'accueil temporaire au secours des aidants épuisés

Pour soutenir les aidants confinés avec leur proche handicapé, la secrétaire d'Etat Sophie Cluzel a autorisé de nouvelles solutions de répit. Bien accueillie par les professionnels, cette annonce peine encore à se traduire sur le terrain face au Covid-19.

Depuis la fermeture des établissements médico-sociaux à la mi-mars, les témoignages d'aidants épuisés par l'accompagnement 24 heures sur 24 de leur proche handicapé se multiplient. La secrétaire d'Etat Sophie Cluzel l'a reconnu et, sur la base de l'avis du Haut conseil de la santé publique du 30 mars (voir encadré), a annoncé le 4 avril plusieurs types d'aménagements pour permettre aux personnes handicapées et à leurs familles de supporter la prolongation du confinement.

Hébergement temporaire

Parmi elles, les modalités de sorties pour certains publics handicapés ont été aménagées et des mesures prises en faveur de la continuité des soins. Pour les aidants, la secrétaire d'Etat a annoncé qu' « en cas de difficulté très importante dans le maintien à domicile, l'accueil temporaire en hébergement pouvait être proposé par les professionnels », sans formalité particulière auprès de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH), « pour 7 à 14 jours renouvelables dans le respect des consignes sanitaires nationales ».

Relayage

En outre, des solutions de relayage à domicile (pour une durée d'une à douze heures maximum) peuvent également être mises en place par les équipes des établissements et services médico-sociaux et les services d'aide et d'accompagnement à domicile (Saad). Ces solutions de répit sont également destinées aux accueillants familiaux en charge des jeunes handicapés confiés à l'aide sociale à l'enfance (ASE).

Tirer les enseignements

Ainsi après avoir fermé brutalement, des structures d'hébergement temporaire doivent pouvoir ré-ouvrir selon ces nouvelles conditions. « Une bonne nouvelle », pour Jean-Jacques Olivin, directeur du Groupement de réflexion et réseau pour l'accueil temporaire des personnes handicapées (Grath), qui constate « l'épuisement physique et psychique des aidants » sur le terrain.

Autre satisfaction ? L'encouragement à l'accompagnement temporaire à domicile. « C'est ce qu'on prône depuis longtemps mais qui, faute de cadre réglementaire, reste très confidentiel », explique-t-il. Et si la crise sanitaire était l'opportunité de faire connaître ce mode d'accompagnement, voire de lui donner un cadre légal ? C'est en tout cas l'espoir de Jean-Jacques Olivin qui prévient : « on ne sortira pas de la crise comme on y est entré, il faudra en tirer les bons enseignements ».

Démarrage poussif

Dans l'immédiat, comment ces annonces se traduisent-elles sur le terrain pour répondre à l'urgence ? De façon très inégale semble-t-il. Parmi les initatives érigées en modèle, l'unité d'accueil temporaire Covid-19 gérée par l'Apajh de la Somme et située à Pont-de-Metz près d'Amiens, a été rapidement autorisée à ouvrir par l'agence régionale de santé (ARS) Hauts-de-France et accueille des enfants autistes sur des périodes de 24 à 72 heures. Cette action permet d'assurer une forme de continuité de la prise en charge tout en déchargeant les familles.

Silence de l'ARS

D'autres professionnels n'ont pas eu, pour le moment, un tel soutien. Ainsi dans la même région, à 200 km de là, la structure d'hébergement temporaire l'Escale gérée par l'Association d'aide aux personnes âgées ou à handicap moteur (Apahm) à Zuydcoote près de Dunkerque, n'a toujours pas eu l'accord de l'ARS Hauts-de-France pour ré-ouvrir six places d'hébergement temporaire.

« Très vite après la fermeture de l'établissement le 18 mars, nous avons réfléchi à une solution permettant d'accueillir des personnes âgées ou handicapées sur de courtes périodes en respectant les règles sanitaires et avons envoyé une proposition à l'ARS fin mars, soit quelques jours avant les annonces de Sophie Cluzel », raconte Franck Lansiaux, le directeur de la structure. A ce jour et malgré une relance le 7 avril, l'autorité de tutelle n'a toujours pas répondu. « La situation est d'autant moins compréhensible que c'est la même ARS qui a validé le projet de l'Apajh », souligne Franck Lansiaux, qui poursuit : « Notre dispositif est prêt, des salariés volontaires sont en attente de pouvoir accompagner ce public ». Mais sans le feu-vert de l'ARS, l'iniative est bloquée. « Ce silence de l'administration est d'autant plus insupportable que des situations d'épuisement d'aidants sont déjà repérées », se désole Franck Lansiaux.

Le HCSP plaide pour un soutien psychologique des professionnels

Dans son avis du 30 mars, le Haut conseil de la santé publique, saisi par la direction générale de la santé sur la situation des personnes handicapées pendant le confinement, a formulé un série de propositions sur lesquelles s'appuie le gouvernement pour faire évoluer les modalités d'accompagnement. Parmi elles, certaines visent à « outiller, rassurer et informer les professionnels de l'accompagnement social, les soignants et les aidants professionnels ». L'instance suggère de fournir des matériels d'hygiène et de protection, de faciliter la réalisation des tests de diagnostic à l’instar des équipes du secteur sanitaire ou encore de mettre à disposition des professionnels un accès à un soutien psychologique et à la gestion du stress. 

A lire également : 

NoémieCOLOMB
ABONNEMENT
Accédez à l'intégralité de nos contenus
  • Articles & brèves
  • Vidéos & infographies
  • Longs formats & dossiers juridiques
  • Reportages & enquêtes
Découvrez nos offres