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Le Media Social - A chaque acteur du social son actualité

Article19 juin 2026
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Festival du film social : trois regards sur l'enfance chahutée

Avant le début du festival du film social du 5 au 8 octobre, nous commençons la présentation de films qui vont concourir dans la sélection officielle. Les trois premiers "Grandir", "Tout va bien" et "Nyota, les enfants lumière" racontent une enfance violentée ou chahutée qui tente de reprendre goût à la vie.

Du 5 au 8 octobre, se déroulera la 8e édition du festival du film social. Cette année, elle a lieu dans une petite cinquantaine de villes (voir la liste complète), souvent en lien avec les écoles de travail social.

Le Media social est partenaire du festival. Avant son démarrage, afin d'aiguiser l'appétit des futurs spectateurs, nous allons présenter, de façon développée ou plus succincte, la vingtaine de films sélectionnés.

Précision : les trois articles sont rédigés par des membres du comité de sélection et non par les journalistes du Media social.

Grandir

Entrée dans le monde adulte

 DR

Luna, 18 ans, est une jeune mère attentionnée envers son bébé. Elle dispose d’un logement provisoire mis à sa disposition par le Centre public d’action sociale (Belgique), dans l’attente d’accéder, avec son compagnon, à un appartement en qualité de locataire. Charline, 17 ans, vit seule. Elle occupe un appartement autonome dans le cadre d’un accompagnement éducatif. Entre les moments de joie partagés avec sa sœur et la pratique d’une activité sportive, elle investit sa scolarité afin d’obtenir un diplôme, avec des projets en tête.

Toutes deux ont grandi en foyer de protection de l’enfance. Leurs pères sont absents (inconnu ou décédé avant le placement) et leurs mères ont été déchues de l’autorité parentale en raison de leur incapacité à élever leurs enfants ; l’une est en liberté conditionnelle, l’autre, dépendante à l’alcool, survit dans la rue.

Construit sous forme de portraits, « Grandir » s’impose par son intelligence : il se garde de réduire leurs moments de vie à une simple illustration des difficultés rencontrées à la sortie des institutions. Évitant les pièges du déterminisme social, la réalisatrice accompagne pas à pas, avec finesse, ces adolescentes qui prennent leur place dans la société en devenant adultes. La mise en scène privilégie les instants du passage de l’adolescence à l’âge adulte, tels des rites qui consacrent l’entrée dans la vie.

L’aide apportée par les travailleuses sociales se caractérise par la sensibilité, l’attention et la sollicitude, loin d’une injonction à la bienveillance qui placerait en surplomb la compréhension et l’indulgence à leur égard. Par le travail sur la durée et les espaces, le film prend le temps de donner consistance à l’émergence d’une conscience nouvelle de la réalité : disposer d’un chez-soi comme espace d’intimité ; faire face à de nouvelles responsabilités, y compris à l’égard d’un parent…

Dans le rapport à soi, aux autres, au présent et à l’avenir, prend forme une vision du monde teintée à la fois de joie et de lucidité.

Documentaire belge de Géraldine Doignon (88 mn)

Youcef Boudjémaï

Tout va bien

Journal de vie poétique et percutant

2025 UNITE-SOMECI

Sorti en janvier dernier (lire notre article), ce film de Thomas Ellis, ancien journaliste et producteur de reportages, sonde l’intégration de cinq jeunes ayant immigré seuls à Marseille.

« Tout va bien » frappe le spectateur qui, dès les premières images accompagnées de sons grinçants, se trouve pendant plus d’une minute trente en immersion sous l’eau avec Khalil et ses amis qui se baignent, ressentant ainsi ce qu’ont pu vivre les cinq jeunes du film venus par la mer en France.

Le film va s’intéresser aux parcours de ces mineurs non accompagnés accueillis initialement en centres de mise à l’abri ayant fui qui la Guinée, qui l’Algérie ou qui la Côte d’Ivoire. Porté par Thomas Ellis depuis 2019, le documentaire a nécessité un long travail préparatoire initié avant la pandémie du Covid puis repris ensuite à travers des ateliers d’écriture, de jeu et de danse avec ces jeunes permettant l’établissement d’une véritable relation de confiance.

Thomas Ellis a préparé son récit avec des repérages longs et de nombreux entretiens qui s'étalèrent sur un an et demi au sein de foyers, d’hôpitaux, de tribunaux, d’unités pédagogiques pour des élèves nouvellement arrivés en France…

Le tournage a commencé en 2022 avec deux premiers adolescents Junior et Aminata. Durant cette période, le réalisateur a rencontré Khalil, les frères Abdoulaye et Tidiane qui ont rejoint le projet, tous à l’aise devant la caméra.

Alors aujourd’hui « Tout va bien » permet de connaître Aminata, Junior, les frères Abdoulaye et Tidiane à Marseille, ville saturée de lumière et pourtant sombre.

Filmés durant plusieurs années, ces jeunes très pudiques rendent compte de leurs peurs, de leurs solitudes, mais également de leurs espoirs et de leurs aspirations : le foot, bien sûr, pour Junior ou devenir infirmière et indépendante pour Aminata qui fuit un mariage forcé ou simplement vivre, comme y aspire Khalil venu d’Algérie.

« Tout va bien », phrase que ces jeunes répètent de manière obstinée à leurs familles, est un film qui installe une tension mais sans pathos se concentrant sur le quotidien de ces jeunes âgés de 14 à 20 ans, sur les relations compliquées avec les services administratifs et sociaux et sur leurs rêves d’émancipation.

« Tout va bien » est un véritable journal de vie, poétique, et percutant qui sera présent au Festival du film social en octobre.

Documentaire français de Thomas Ellis (86 mn)

Laurent Setton

Nyota, les enfants lumière

Sortir de l'horreur de la guerre

Les Films de la passerelle

Depuis des décennies, la République démocratique du Congo est confrontée à une guerre nourrie par les tensions ethniques, les conflits politiques, la corruption et la lutte pour le contrôle des ressources naturelles précieuses. L’ONU et des ONG ont fait état de meurtres, de tortures et de viols de masse principalement commis contre les femmes et les enfants.

C’est dans l’est du pays que le documentariste belge Idriss Gabel et sa complice Vanessa Kabwela, réalisatrice et auteure congolaise, ont filmé le quotidien d’un orphelinat de fortune, ouvert par une religieuse afin d’offrir une protection et une sécurité à des enfants profondément traumatisés par la guerre. Ils y trouvent des soins, ainsi qu’une aide pour se reconstruire, grandir et envisager un avenir possible.

Durant trois années, les cinéastes ont patiemment construit avec les enfants un lien de confiance qui, avec le temps, a favorisé une parole témoignant des violences vues et subies. Le regard et l’écoute ne vont pas de soi : le film engage un travail préalable en portant une attention aux enfants filmés et une responsabilité morale à leur égard.

« Nyota, les enfants lumière » parvient ainsi à faire voir et entendre l’horreur d’un passé avec lequel ces enfants apprennent à vivre. Leur parole, face à la caméra ou en voix off, trouve la force et le courage de nommer l’indicible, conjurant la peur et l’effroi. La communauté d’enfants, dans sa fonction à la fois concrète et symbolique, porte solidairement des souffrances communes qui donnent tout leur sens à leurs récits, notamment à celui de Chantal et Paulin, frère et sœur nés de viols de guerre, à la recherche de leur mère.

Leurs peines, leurs joies et leurs espérances sont filmées par touches pudiques, dans un équilibre subtil entre les paroles et les scènes du quotidien. À la pauvreté du lieu répond la richesse des liens de solidarité et de fraternité qui illumine les visages de ces enfants rendus à la vie. Au Congo, comme ailleurs, l’enfance meurtrie nous regarde et nous oblige.

Documentaire belgo-congolais d'Idriss Gabel et Vanessa Kabwela (92 mn)

Youcef Boudjémaï

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