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Tribune libre08 novembre 2021
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Ehpad : l'insupportable solitude du directeur d'établissement

La crise sanitaire a mis en exergue le rôle irremplaçable des chefs d'établissements sociaux et médico-sociaux. Eve Guillaume, directrice d'Ehpad public, revient sur l'isolement auquel expose cependant la fonction. À l'heure des coopérations sur les territoires, ce mode d'exercice semble avoir fait son temps.

Lorsque nous sommes à l’École des hautes études en santé publique (EHESP) à Rennes, on nous parle souvent de l’exercice solitaire du directeur d’établissement médico-social. En ce mois de novembre, où les personnes admissibles aux oraux du concours de directeur d’établissement sanitaire, social et médico-social (D3S) passent leur grand oral, ils se préparent à cette question classique ! « Êtes-vous prêt à vous retrouver dans un village de quelques milliers d’habitants dans le centre de la France entre deux champs de vaches ? » À la sortie d’une crise épidémique où beaucoup cherchent un coin de verdure et le grand air, on peut se dire que finalement, cette question est anecdotique.

Ultramoderne solitude

Pourtant, que l’on soit dans une petite ville ou à 100 mètres de la capitale, la solitude du directeur est bien réelle. Elle est d’autant plus vraie quand vous dirigez un établissement autonome de petite taille (inférieur à 150 lits) et que vous n’avez pas de directeur adjoint avec qui partager les projets et les prises de décision. En période de crise, où vos nerfs sont mis à rude épreuve, vous vous demandez assez rapidement quelle idée folle vous avez eu de choisir une chefferie d’établissement à la sortie de l’école. Vous vous mettez à rêver de faire partie d’une équipe de direction, de débattre en Codir de vos projets et d’avoir un(e) chef(fe) qui tranche.

Imaginer et piloter des projets

Être chef d’établissement, c’est aussi pouvoir imaginer et piloter des projets auxquels on croit. C’est ce qui a motivé mon choix de diriger un établissement de taille moyenne : être en mesure d’élaborer et de mettre en œuvre une stratégie pour répondre aux enjeux du territoire, en cohérence avec les politiques publiques du grand âge et du médico-social.

Tout décider

Dans nos établissements autonomes, à la différence de certains grands groupes associatifs ou lucratifs qui se sont structurés, nous gérons toute l’organisation et la stratégie : pilotage des ressources humaines, des finances, des admissions, accompagnement du projet médico-soignant, négociation du contrat pluriannuel d’objectifs et de moyens (Cpom) avec l’ARS, élaboration du projet d’établissement… Nos équipes administratives sont bien souvent resserrées, composées d’un agent aux finances, un aux ressources humaines et un en charge de l’accueil et des admissions.

Développer toutes les expertises

Après deux années, je suis convaincue que le modèle d’un établissement autonome aussi petit que le mien a fait son temps. Il ne correspond plus aux modes d’exercice d’aujourd’hui, aux attentes des usagers et aux évolutions du secteur à venir. Nous avons besoin de professionnaliser davantage les fonctions et de développer des compétences dites d’ « expertise » comme la qualité, la communication ou encore l’accompagnement social.

Coopération territoriale

C’est pour cela qu’aujourd’hui, les établissements publics se regroupent. Ils s’allient pour répondre aux besoins de leur bassin de population et pour améliorer la qualité de leurs accompagnements. J’avais eu l’occasion d’évoquer, dans une précédente chronique, les projets communs portés par les Ehpad publics du sud-ouest de Seine-Saint-Denis.

Comités de pilotage thématiques

Depuis cet article, dans lequel je présentais nos actions mutualisées, nous avons recruté une ingénieure qualité et une alternante. Avec leur aide, nous commençons à structurer et à déployer une véritable politique qualité, qui se décline notamment au travers de comités de pilotage thématiques (pharmacovigilance, nutrition, comité de retour d’expérience…).

Accompagner tous les résidents

Prochaine étape : le recrutement d’une assistance sociale mutualisée pour poursuivre notre travail engagé sur l’accompagnement des publics précaires. Elle rejoindra ainsi la mandataire judiciaire mutualisée. Beaucoup de résidents arrivent avec des difficultés administratives ; nous ne sommes pas armés pour les accompagner. Cela met en difficulté à la fois l’usager, concernant l’ouverture de ses droits, et l’établissement, lorsque les dossiers de demande d’aide sociale n’aboutissent pas.

Développer la recherche

Développer l’innovation et la recherche dans notre secteur est aussi une de nos ambitions. Nous nouons actuellement des partenariats avec des laboratoires pour ouvrir nos portes à des chercheurs afin de leur permettre de réaliser des entretiens et de l’observation de terrain, selon leur besoin. Ces coopérations s’inscrivent dans une volonté de constitution de plateforme territoriale médico-sociale au sud-ouest de notre département. L’objectif étant de mettre à disposition nos compétences et notre savoir-faire pour accompagner les parcours des personnes âgées en lien avec les différents acteurs du territoire et, de fait, s’adapter et contribuer aux mutations du secteur.

Ehpad hors les murs

C’est dans ce sens que nous développons aussi un projet d’Ehpad hors les murs pour participer au renforcement du maintien à domicile en partenariat avec les Ssiad et les Saad. Ce projet qui sera, dans un premier temps, développé par notre Ehpad Lumières d’automne sur le territoire de Saint-Ouen, fait aussi l’objet de réflexion avec la filière gériatrique de l’hôpital de Saint Denis. Ce dernier acteur est incontournable pour une meilleure coordination des parcours entre la ville, le médico-social et l’hôpital.

Carnets de bord : deuxième saison

À l'automne 2020, nous ouvrions une rubrique hebdomadaire d'expression libre*. L'objectif est de permettre à des professionnels de raconter le quotidien de leur pratique, de faire réfléchir, voire d'ouvrir des débats. Pendant huit mois, Dafna Mouchenik (aide à domicile), Ève Guillaume (Ehpad), Laura Izzo (protection de l'enfance) et Christel Prado (département et handicap) ont ouvert la voie avec des textes qui vous ont souvent captivés. Elles ont accepté – qu'elles en soient remerciées – de poursuivre l'aventure. Évidemment, cette année ou la prochaine, de nouvelles plumes pourraient les rejoindre. Si ça vous dit, contactez-nous.

* Les propos tenus par les professionnels dans le cadre de ce carnet de bord n'engagent pas la rédaction du Media Social.

EveGUILLAUME
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