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Article17 mai 2021
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Des hommages attendus pour Audrey Adam, « travailleuse invisible » tuée en service

Travailleuse sociale de 36 ans, gestionnaire de cas dans l’Aube, Audrey Adam aurait été abattue par un octogénaire, chez qui elle assurait une visite à domicile. Nombre de ses collègues s’étonnent de l’indifférence nationale face à ce drame.

La phrase a été partagée entre collègues, ce lundi matin, à Virey-sous-Bar, dans l’Aube. « Elle était une travailleuse invisible, pour un public invisible. » Plusieurs professionnels du département de l’Aube avaient voulu se retrouver là, pour déposer quelques fleurs blanches, en hommage à Audrey Adam, une travailleuse sociale de leur équipe. « Nous sommes tous anéantis », comme le rapporte Sylvie Plique, sa directrice de l’Autonomie.

Morte en service

Audrey Adam, une gestionnaire de cas âgée de 36 ans, a été retrouvée morte le 12 mai, à la sortie d’une maison de Virey-sous-Bar (Aube). Son meurtrier présumé est un octogénaire à qui elle rendait, comme chaque mois, sa visite à domicile. L’homme se serait aussitôt suicidé. Depuis, nombre de travailleurs sociaux attendent un hommage public, sinon une émotion nationale, pour leur consœur ainsi morte en service.

Des collègues « très soudés » 

Après un long pont de déconfinement et de fête de l’Ascension, plusieurs cérémonies auront finalement été organisées le 17 mai, au conseil départemental de l’Aube. Juste avant le recueillement à Virey-sous-Bar, une minute de silence a été proposée dès 9 heures pour les quelque 800 employés du pôle des Solidarités. « Nous les avons vus très marqués, très soudés », rapporte-t-on au service de communication du département. « Ils étaient également très surpris qu’il n’y ait pas plus de retentissement au niveau national. »

« Attachante et chaleureuse » 

Le président de la collectivité, Philippe Pichery, a ensuite pu prolonger ce recueillement, à l'occasion de la toute dernière réunion de son assemblée départementale avant les élections. Il aura pu y rendre hommage à Audrey Adam, à sa « personnalité attachante et chaleureuse », mais aussi à « l’action quotidienne de tous les travailleurs sociaux ».

Un message de Brigitte Bourguignon

Aux côtés du président du département, le préfet de l’Aube aura lui-même pu lire un message de la ministre déléguée chargée de l’Autonomie, Brigitte Bourguignon. S‘associant au « chagrin et au deuil qui frappent le monde du travail social », l’ancienne présidente du Haut Conseil du travail social y souligne sa fierté de « ces professionnels qui sans relâche, quelles que soient les conditions, continuent vaille que vaille à honorer la promesse de ce pays, d’une prise en charge lorsque le besoin se fait sentir ».

Quelques « pensées »  

Ainsi aura été exprimée la compassion d’au moins un membre du gouvernement, face au meurtre d’en agent public en service. Pour le reste, les travailleurs sociaux auront pu recevoir, sur les réseaux sociaux, quelques « pensées », de Stéphane Troussel, président du département de Seine-Saint-Denis, ou de Fiona Lazaar, députée présidente du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté.

Pétition

« Aujourd’hui nous nous sentons abandonnés par la République », en conclut Aurélie, dans une pétition lancée le 15 mai, à l’attention d’Emmanuel Macron. Pour cette assistante sociale qui se présente comme déjà « séquestrée lors d’une visite à domicile », la profession a « besoin de lumière, de reconnaissance et de soutien de la part de la nation ».

Humiliations

Dommage que « le politique ne soit pas capable de rendre hommage à des gens tués au service du public et de l’intérêt général », regrette à son tour Joran Le Gall, le président de l’Association nationale des assistants de service social (Anas). « Mais je n’ai pas envie de m’agenouiller pour réclamer quoi que ce soit », balaie-t-il cependant. Après tout, « l’Histoire de notre secteur est remplie de ce type d’humiliations »

Minute de silence collective

Plutôt que le ressentiment, exprimé par certains sur les réseaux sociaux, le président de l’Anas préfère partager la grande émotion, que ce drame a provoqué parmi les travailleurs sociaux. Son association, dès le 13 mai, a d’ailleurs proposé une vidéo en ligne, pour permettre « une minute de silence virtuelle et collective ». « Aux collègues de s’en saisir, pour en parler entre eux, quand ils le souhaiteront, et quand ils le pourront », encourage Joran le Gall.

Légion d'honneur

Par ailleurs, certains avaient appelé à une minute de silence nationale, le 17 mai dès 9 heures. S’associant à ce rendez-vous, l’Uniopss annonçait à l’avance des « dizaines de milliers de professionnels » mobilisés par les réseaux sociaux, et appelait à remettre à Audrey Adam, « à titre posthume l’ordre national de la légion d’honneur ».

Tristesse syndicale

Enfin, des organisations syndicales ont également exprimé leur tristesse, à l’image du Syndicat national unitaire des assistants sociaux de la fonction publique (SnuasFP) de la FSU, demandant non seulement un hommage à Audrey Adam mais aussi « la reconnaissance de son travail et la protection pour sa famille au même titre que n’importe quel fonctionnaire mort dans l’exercice de ses fonctions ».

Dernier rempart

En attendant, dans l’Aube, les collègues d’Audrey Adam en sont encore à rechercher une « clé de lecture », face à un drame que « personne ne peut comprendre », comme l’explique Sylvie Plique. Au sein de sa direction de l’Autonomie, comme dans tant d’autres départements, « nos équipes vont jusqu’au bout pour les situations les plus complexes », et sont « quand même le dernier rempart » pour ces personnes en perte d’autonomie, maintenues à domicile. Ainsi cette gestionnaire de cas était-elle « une professionnelle engagée, qui avait à cœur de faire au mieux avec chacun ». Et avec ce bénéficiaire de Virey-sous-Bar, elle avait même su développer « une relation professionnelle constructive ».

Mesures contre-productives

Que pourra-t-on donc conclure du drame d’Audrey Adam ? Que les moyens humains manquent cruellement pour le maintien à domicile ? Que la sécurité des travailleurs sociaux doit être renforcée ? Ou que les visites à domicile sont à réorganiser, voire à limiter ? « Prudence avec les décisions qui pourraient être prises au lendemain d’un tel drame », tempère Joran le Gall. Exiger deux travailleurs sociaux par visite à domicile, par exemple, ou bien imposer de nouveaux protocoles de sécurité, pourraient tout aussi bien s’apparenter à « des mesures contre-productives ».

CESF

Pour l'heure, à vrai dire, les hommages peuvent encore se poursuivre, pour Audrey Adam, travailleuse sociale, gestionnaire de cas, mandataire judiciaire, et de formation conseillère en économie sociale familiale (CESF), comme nous l'indique Sylvie Plique – et non pas « assistante sociale » comme il a été souvent dit, de cette « travailleuse invisible »

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OlivierBONNIN
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