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Portrait30 janvier 2026
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Virginie, éducatrice spécialisée, 2 500 € net par mois

Dans notre nouvelle série "Paye ta vocation !", des travailleurs sociaux détaillent leur fiche de paie, leur parcours et les arbitrages du quotidien. À 49 ans, Virginie, éducatrice spécialisée dans le Jura, gagne 2 500 euros net par mois. Après 24 ans d'ancienneté dans le secteur, elle raconte comment son pouvoir d'achat s'est effrité.

Son salaire de base s'élève à 3 000 € brut mensuel avec la prime d'internat. En rajoutant la prime Ségur, ses dimanches, jours fériés et primes d'astreinte, Virginie, 49 ans, éducatrice spécialisée en foyer d'hébergement de milieu ouvert pour adultes en situation de handicap, arrive certains mois à 3 800 € brut.

Ce qui équivaut en moyenne sur l'année à 2 500 € net (avant impôt), après 24 ans d'ancienneté dans le secteur. « Mon salaire a doublé en 24 ans. Mais le coût de la vie a triplé. Il y a 20 ans, je me voyais mieux », constate-t-elle.

Contraste avec ses débuts

Pourtant, quand Virginie décroche son diplôme d'éducatrice spécialisée en 2002, à 26 ans, elle se rappelle « avoir commencé à 1 200 € net ». Avec les primes d'internat, de week-end et de nuit dans son centre éducatif, elle atteint rapidement 1 400 € net.

« Le Smic devait être à 700 ou 800 € net. Je me sentais largement au-dessus, bien considérée. Premier job, CDI, des impôts à payer tout de suite… J'étais considérée comme riche. » Deux décennies plus tard, le constat est amer.

Essence, crédit immobilier, prêt automobile

Chaque mois, les dépenses s'accumulent pour l'éducatrice qui vit dans une petite commune rurale du Jura. L'essence d'abord : entre 160 et 240 € par mois, selon les semaines où elle fait des heures coupées, donc trois ou quatre allers-retours entre son domicile et son lieu de travail, soit 60 kilomètres par jour. « La prime d'internat ne couvre pas du tout ça », regrette-t-elle.

S'ajoute le prêt automobile, à 220 € par mois sur cinq ans, pour une voiture « qui tient la route. »

Puis le crédit immobilier : 660 € mensuels, qu'elle remboursera jusqu'à ses 64 ans. « J'ai pris sur 25 ans à 39 ans, en me disant que je pourrais tenir jusqu'à 64 ans. Et puis tout a été repoussé [avec le report de l'âge de départ à la retraite, NDLR]… et désormais, la retraite à taux plein m'est annoncée à 69 ans. Pendant mes 10-15 dernières années de travail, mon salaire ne bougera plus, je suis au dernier échelon… Je suis coincée. »

Elle a au moins eu le nez fin il y a dix ans : son poêle à granulés lui permet de se chauffer pour 600 à 800 € par an. « Au moins, ça, c'est stable. » Quant à sa mutuelle, payée à moitié par son employeur, elle lui coûte seulement 28 €, mais ne rembourse presque rien : « 600 € de ma poche pour mes lunettes de vue. »

Je ne dis pas que je me prive tout le temps, mais je dois faire des arbitrages régulièrement.

Côté avantages, le comité d'entreprise (CSE) propose 200 € de chèques-vacances et 150 € de chèques-cadeaux à Noël. « Les chèques-cadeaux partent en fringues et en chaussures. » Cette année, elle a utilisé les chèques-vacances pour payer sa cotisation de sport.

« Je ne dis pas que je me prive tout le temps, mais je dois faire des arbitrages régulièrement. », confie Virginie. Les sorties sont limitées. Les vacances ? « Très peu, ou avec ce que mon conjoint met de côté. » Après avoir été douze ans à son compte, son compagnon, chef pâtissier, gagne désormais « très bien sa vie », ce qui permet au couple de respirer.

Épargner pour partir plus tôt à la retraite

L'éducatrice a pris une décision : épargner 250 € chaque mois pour sa retraite. Ainsi, l'un des plus gros arbitrages pour Virginie est de se priver « pour ouvrir un plan d'épargne retraite et une assurance vie, parce que je ne me vois pas travailler jusqu'à 69 ans ». Si elle part à cet âge-là, Virginie aura une retraite de 2 400 € : « S i je pars avant, je perds 700 € ».

« Je me prive d'une partie de mon salaire tous les mois pour pouvoir partir plus tôt et compléter ma retraite. 69 ans ? Non, il n'y a pas moyen. », insiste-t-elle.

Autour d'elle, des collègues retraités reviennent en CDD « pour combler leur retraite ». « Elles ont été éducs pendant 20-25 ans et elles ne peuvent pas vivre avec leur retraite. »

« Comment on va tourner ? »

Au-delà de son propre cas, c'est l'avenir du secteur qui l'inquiète. Dans son association de 300 salariés, les départs à la retraite se multiplient. « Comment on va tourner si on n'arrive pas à recruter ? »

Sur son foyer, de plus en plus de CDD avec des profils non diplômés, « faisant fonction » d'AES [accompagnant éducatif et social] ou d'AMP [aide médico-psychologique], payés au Smic. Une jeune éducatrice stagiaire, « tip top », est partie au bout de huit mois.

« Les nouveaux éducs commencent en dessous du Smic selon notre convention 66. On ne peut pas recruter des bac + 3 au Smic. C'est inadmissible ! », s'indigne-t-elle, avant d'ajouter : « Il y a 20 ans, ça valait le coup. Là, franchement, je serais jeune, je ne ferais pas ça. La vocation ne remplit pas le frigo, elle ne paye pas les factures. »

« Il faut qu'on devienne acteurs »

Syndiquée CGT, elle a siégé douze ans au comité d'entreprise. « Pendant des années, on a dit "ce n’est pas grave". Mais maintenant, il faut qu'on devienne acteurs de nos revendications [...]. Je pense que le changement, c'est aussi comme ça qu'on l'aura. Il faut arrêter de courber la tête dans le social. »

Avec son salaire de 2 500 € net, elle se « sent coupable de se plaindre ». Mais le constat est là : « Il y a 20 ans, je n'imaginais pas ça : que l'inflation allait jouer, que j'allais être imposable à fond, que j'allais faire des arbitrages… ».

Infographie par Jérémy Martin

« Paye ta vocation ! » : pourquoi cette série ?

Combien gagne-t-on vraiment quand on travaille dans le social ? Si les statistiques permettent de dégager des tendances, elles ne disent pas tout des réalités vécues par les professionnels. Derrière les moyennes, il y a des parcours, des statuts différents, du temps partiel, des carrières heurtées, des contraintes fortes et des arbitrages quotidiens souvent invisibles.

Avec la série « Paye ta vocation ! », Le Media Social a choisi de donner la parole aux premiers concernés. Assistantes sociales, éducateurs spécialisés, monitrices éducatrices, aides à domicile, accompagnants éducatifs et sociaux, formateurs, cadres ou directeurs racontent leur salaire, leur budget, leur trajectoire professionnelle, ce à quoi ils renoncent parfois et ce qui leur permet – ou non – de tenir dans la durée.

Ces témoignages ne prétendent pas résumer à eux seuls l’ensemble du secteur. Ils visent à compléter les données chiffrées par des récits incarnés, pour mieux comprendre ce que signifie aujourd’hui vivre de son métier dans le travail social.

Parce que la vocation ne protège ni de la précarité ni de l’usure. Et parce que parler de salaires, c’est aussi parler de reconnaissance, de conditions de travail et de dignité professionnelle.

→ Si, vous aussi, vous souhaitez témoigner, merci de remplir ce questionnaire.

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MarineDERQUENNE
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