En Lorraine, le service social Antigone de l'association Accueil et réinsertion sociale (AARS), spécialisé dans l’accompagnement des personnes en risque ou en situation de prostitution, a conçu un outil original pour aborder la question de l’exploitation sexuelle des mineurs : une escape room. L’atelier est utilisé auprès des professionnels, des étudiants en travail social mais aussi auprès des jeunes placés.
« Vous allez rentrer dans la chambre de Fiona, 15 ans. Elle vit en Mecs (maison d'enfants à caractère social, NDLR). Elle a une petite sœur, Michaëla. Un petit copain, Bryan. Elle est en fugue depuis plusieurs jours. Vous avez vingt minutes pour récolter des indices vous permettant de comprendre ce qu’elle fait lorsqu’elle en fugue. »
Face à cinq futurs conseillers en économie sociale familiale (CESF) de l’institut régional de travail social (IRTS) de Lorraine, rattachés à l’antenne de Thaon-les-Vosges, Loïc Alba, de l'association Antigone, énonce calmement les consignes. Rien ne laisse encore deviner la thématique de l’après-midi. Les formateurs ont volontairement caché aux étudiants le thème du jour : l’exploitation sexuelle des mineurs.
Des indices
La porte s’ouvre. Le groupe pénètre dans une chambre minutieusement reconstituée. Un lit défait, une coiffeuse avec plein de produits de maquillage, des posters de chevaux, une photo de sa sœur « adorée », un bureau encombré avec une photo de Fiona et Bryan, accompagnée d’un mot griffonné : « Un an déjà, j’te kiffe ! » … Musique et odeur d’encens complètent l’ambiance. Et sur une chaise, deux tableaux : l’un marqué d’un plus, l’autre d’un moins, les invitent à écrire les éléments positifs et négatifs de la vie de Fiona.
À peine entré, le petit groupe se disperse et commence à fouiller : « Elle fume, j’ai trouvé de la beuh ! » « Et elle boit de la vodka. À 15 ans ! » « Tu as regardé sous le tapis ? » « Il y a une enveloppe avec plein de billets… » Les découvertes s’enchaînent. Dans le carnet de correspondance, des absences répétées. Dans un sac, des préservatifs et des tenues sexy. Des billets de train pour Paris. Dans un tiroir, des ordonnances : « Un bilan sanguin pour des IST… », décrypte une étudiante. Une brochure du planning familial traîne sur la table de nuit… « Au moins, elle s’informe ! »
