Être sans domicile et transgenre constitue une double vulnérabilité pour les personnes concernées : faute de trouver leur place dans les structures d'hébergement souvent non mixtes, elles restent plus souvent à la rue et peinent à être réorientées. Pour éviter cet écueil, l'association lilloise Éole a ouvert un dispositif dédié.
En ce mercredi matin, les couloirs et salles d'activités du centre d'hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) l'Escale, porté par l'association Éole, à Lille, fourmillent : un atelier cuisine se termine, un jeune homme fraîchement arrivé observe son nouveau lieu de vie, un bébé blotti dans les bras de sa mère s'endort.
Julie (*), la soixantaine, traverse les couloirs en saluant tout le monde d'un large sourire. « Arriver ici a été une révolution pour moi », reconnaît-elle. J'étais restée longtemps isolée, pour différentes raisons, liées aussi à… ». Elle ne termine pas la phrase, laisse son regard filer au ciel quelques secondes avant d'affirmer : « C'est une chance d'être ici ».
De nombreuses épreuves
Aujourd'hui sereine, elle a traversé beaucoup d'épreuves avant de trouver un endroit où se poser. « J'ai débuté ma transition il y a de nombreuses années. Ça a fait son chemin peu à peu », relate celle qui exerçait auparavant en tant que médecin en psychiatrie. En parallèle de sa transition de genre, Julie a fait face à des difficultés financières et de logement, jusqu'à l'expulsion de son logement social. « Au moment où j'étais le plus en détresse on m'a expulsée. Alors j'ai frappé à l'accueil de jour de l'association Éole, puisqu'une amie m'avait parlé d'un dispositif pour les personnes en transition. »
Une période de vulnérabilité
« Nous avons souhaité penser un dispositif spécifique pour les personnes en cours de transition car c'est souvent à ce moment-là qu'elles sont les plus fragiles, vulnérables », indique Laurence Dernoncourt, cheffe de service à l’origine du projet. C'est la situation d'une femme en particulier qui l'a poussée, avec son équipe, à mener la réflexion sur l'ouverture de ce service singulier. « Nous accueillions une femme transgenre dans les lits halte soin santé de notre association (LHSS, lire notre encadré). À la fin de sa prise en charge, nous n'arrivions pas à l’orienter puisqu'elle était une femme mais genré administrativement en tant qu'homme. »
La cheffe de service se heurte alors à la limite des dispositifs pensés uniquement pour les personnes cisgenres (personne dont l'identité de genre correspond au sexe assigné à la naissance). « C'était très compliqué de trouver un endroit pour cette personne. Quand on est en cours de transition, on ne peut aller ni dans les centres d’hébergement pour hommes, ni dans ceux dédiés aux femmes. Alors on l'a gardée au LHSS jusqu'à lui trouver un logement meublé », se souvient Laurence Dernoncourt.

