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Télémédecine : accélération en vue

Longs FormatsAurélie VION18 septembre 2020

La pandémie de Covid-19 a donné un coup d’accélérateur à la télémédecine. Dans le secteur social et médico-social, les projets se multiplient, avec pour objectif d’améliorer les parcours et l’accès aux soins des usagers. Mais ils se heurtent encore à un certain nombre de freins.

L’explosion de la télémédecine lors du confinement profitera-t-elle au secteur social et médico-social ? Difficile de prédire l’avenir… Mais les équipes des établissements et services sociaux et médico-sociaux (ESSMS), encouragées par les agences régionales de santé (ARS), n’ont pas attendu l’apparition de la pandémie de coronavirus pour se lancer dans cette nouvelle façon de soigner, dont le cadre réglementaire remonte tout de même à 2009.

Les plans « ESMS numérique » et « Ma santé 2022 » devraient encore accélérer la donne.

Des initiatives foisonnantes

Faute de données statistiques, l’ampleur du déploiement est difficilement mesurable. Personnes âgées vivant en établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) ou à domicile, personnes en situation de handicap, avec des problématiques addictives, des troubles psychiques, mais aussi détenus… Les initiatives issues du secteur médico-social en matière de digitalisation de la santé foisonnent.

Les Ehpad à la pointe

Dans cette grande liste, les Ehpad semblent être particulièrement investis : avant la crise de Covid-19, la proportion d’Ehpad équipés variait de 5 % à 70 % en 2019 : la Nouvelle Aquitaine, le Centre Val de Loire ou le Grand Est étant dans le haut du tableau.

« D’ici 2023, comme annoncé dans le plan Autonomie Grand âge, tous les Ehpad de France vont être connectés et équipés d’outils pour la télémédecine », se félicite Nathalie Salles, présidente de la Société française de santé digitale (SFSD) et cheffe du pôle gérontologie du CHU de Bordeaux.

« Gommer les inégalités »

Bénéficier d'une consultation externe tout en restant dans son environnement de vie, c'est l'atout de la télémédecine. Ici, à l'Ehpad du Parc du Nancy, qui recourt à la téléconsultation depuis 2014.Mathieu Cugnot/Divergence pour Le Media social

Pourquoi les ESSMS ont-ils intérêt à développer la télémédecine ? « Tout simplement parce que cela facilite l’accès aux soins », répond Nathalie Salles. « Le public des Ehpad a changé, les personnes sont beaucoup plus dépendantes et malades qu’il y a 10 ans. Multiplier les consultations et les hospitalisations de jour est compliqué. La télémédecine permet de faire des consultations avec un dentiste, un diabétologue, un gériatre… Elle gomme les inégalités et réduit le renoncement aux soins des résidents en Ehpad. »

Si le champ du handicap semble moins engagé dans la télémédecine, les bénéfices sont présentés comme tout aussi positifs. Rester dans son environnement de vie entouré des personnes que l’on connaît plutôt que de se rendre à l’hôpital - lieu qui peut être source d’angoisse pour les personnes présentant des troubles psycho-comportementaux - constitue de fait un atout indéniable.

Prévention et « aller vers »

Moins de transports, moins de stress, plus de confort pour l’usager… Et aussi, à la clé, un meilleur diagnostic : car qui dit réduction des troubles, dit meilleur diagnostic et traitement thérapeutique plus adapté.

« Les ESSMS du champ du handicap ont tout intérêt à penser une nouvelle organisation des soins intégrant la télémédecine. Cela s’inscrit dans une logique de prévention et d’aller vers », souligne Philippe Denormandie, chirurgien neuro-orthopédique auteur du rapport « Améliorer l’accès aux soins des personnes en situation de handicap accompagnées par un ESMS ».

Grand âge et handicap

À Rennes, le pôle Saint-Hélier, centre de médecine physique et de réadaptation (MPR), a recours à la télémédecine depuis 2013. L’établissement réalise en grande majorité des actes de téléconsultation et de téléassistance (et un peu de télé-expertise) autour de deux spécialités : les plaies chroniques et la télé-rééducation.

« Nous travaillons beaucoup avec les Ehpad, qui représentaient 53 % de notre activité de télémédecine en 2019, ainsi qu’avec les professionnels des services d’aide à domicile qui accompagnent les personnes en situation de handicap chronique. Nous intervenons aussi auprès d’établissements pour personnes en situation de handicap », indique Sophie Burlot-Tual, directrice générale du pôle.

Une alliance thérapeutique

Grâce à la téléassistance, les professionnels intervenant auprès des patients apprennent de nouveaux gestes - liés aux soins des plaies par exemple.Mathieu Cugnot/Divergence pour Le Media social

Depuis 2015, plus de 1 350 actes de télémédecine ont été réalisés, soit 73 000 km évités. Au-delà de la réduction des déplacements, la télémédecine présente bien d’autres intérêts .

« Pour le patient, c’est plus de confort, moins de fatigue, de douleurs et de stress, énumère Sandrine Robineau, médecin MPR au Pôle Saint-Hélier. Mais surtout, le bénéfice premier est d’améliorer la qualité de la prise en charge car cela crée une alliance thérapeutique entre le médecin traitant, le professionnel de santé qui nous sollicite et nous, les experts en plaies chroniques et rééducation. »

Une montée en compétences

Grâce à la téléassistance, les professionnels intervenant auprès des patients (infirmière, aide-soignante, auxiliaire de vie, ergothérapeute…) apprennent de nouveaux gestes - liés aux soins des plaies par exemple - ce qui permet une montée en compétences.

« La télémédecine est une vraie chance pour l’organisation des soins et la coordination entre l’hôpital, la ville et le secteur médico-social », ajoute Sandrine Robineau.

Un catalyseur

Avec la crise du Covid-19, la pratique de la télémédecine a évolué : « Cette période a été un vrai catalyseur, souligne Sophie Burlot-Tual. Pendant le confinement, les consultations de télémédecine ont permis de constater des ruptures de soins chez certains patients à leur domicile. Nous avons pu leur proposer une prise en charge de rééducation à distance, un programme de quatre semaines en nous adaptant avec les outils dont ils disposaient chez eux. »

Amélioration de la qualité de la prise en charge des personnes accompagnées, meilleur accès aux soins, problématique des déserts médicaux… La télémédecine serait-elle une réponse miracle à tous les maux ?

Pas de miracle

Laurie Fradin, conseillère technique santé/ESMS à l'Uniopss.DR
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