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Portrait29 juin 2020
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Service civique : les bénéficiaires lui disent merci !

Le mouvement associatif souffle ce 29 juin les dix bougies du service civique. Depuis 2010, des milliers de jeunes s'engagent entre six et douze mois notamment pour des associations intervenant dans le champ social. Deux anciennes services civiques racontent leur histoire.

Souvenez-vous. En mars 2010, sous l'impulsion de Martin Hirsch, Haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté mais également à la jeunesse, le Parlement vote la loi créant la formule du service civique ouverte à tous les jeunes de 18 à 25 ans. Les associations et les collectivités locales sont habilitées, sous certaines conditions, à accueillir des jeunes sur des missions nouvelles qui (théoriquement) ne doivent pas entrer en concurrence avec des emplois salariés.

Dix ans après, c'est le temps d'un premier bilan. Pour fêter l'événement et tracer des perspectives, huit organismes souvent associatifs, intervenant dans le champ de la santé et de la solidarité (AP-HP, Petits frères des pauvres, Apprentis d'Auteuil, Fédération des acteurs de la solidarité, Uniopss, Ligue contre le cancer, FHF, Emmaüs) proposent un live interactif * ouvert au grand public.

Pour parler du service civique, qui de mieux que les jeunes ayant connu cette expérience. Pourquoi se sont-ils engagés dans cette voie ? Qu'ont-ils appris ? Sont-ils changés par cette expérience ? Rencontre avec la Strasbourgeoise Angela et la Brestoise Isabelle. 

    Angela : « le service civique m'a fait grandir » 

Angela Rhin s'est longtemps cherchée ; aujourd'hui, on peut dire qu'elle s'est trouvée. Ses huit mois comme service civique auprès des Petits frères des pauvres de Strasbourg ont joué un rôle positif dans cette maturation du projet professionnel.

« J'ai passé un bac STMG (sciences et technologies du management et de la gestion), mais cela ne me convenait pas, je n'étais pas à l'aise avec le rapport à l'argent induit par les métiers de gestion », explique Angela. Elle se tourne alors vers la psychologie, s'accroche pour tenir à la fac. Elle obtient sa licence en six ans : « J'ai redoublé plusieurs fois. J'ai persévéré, c'est ma force », dit-elle simplement.

La sagesse des personnes âgées

Angela a découvert la richesse d'un travail avec les personnes âgéesDR

Le Master lui est difficile d'accès, elle qui souhaite alors devenir neuropsychologue. Un stage qu'elle a réalisé au cours de sa scolarité dans un Ehpad lui sert de révélation.  « Les personnes âgées sont plus accessibles et elles représentent une forme de sagesse. On n'a jamais vécu autant de choses qu'eux » , confie-t-elle. Et elle ajoute : « J'ai envie de me battre contre les préjugés autour de ces personnes. J'aime prendre le temps avec elles. »

Après ce long cursus étudiant, elle a envie de « faire un break ». Elle avait connaissance du service civique, s'y inscrit et hésite entre trois propositions : auprès des traumatisés crâniens, dans un service de soins palliatifs ou chez les Petits frères des pauvres pour l'accompagnement numérique. Elle opte pour cette dernière mission.

Deux ateliers informatiques 

Ses huit mois de service civique commencent par la réalisation d'une enquête auprès des personnes suivies par les Petits frères. Il apparaît que deux tiers des personnes n'ont même pas de connexion internet. Ces résultats sont présentés lors d'un AG régionale des Petits frères qui décident de mettre en place des ateliers informatiques. Deux niveaux sont prévus : grands débutants et confirmés. Chacun des deux ateliers que coordonne Angela rassemble une dizaine de participants. À noter qu'ils sont ouverts également aux aidants des Petits frères, parfois démunis sur les questions informatiques.

« Passer de l'abstrait au concret »

Pendant son service civique, Angela a pu également suivre des formations, par exemple pour les premiers secours. Elle fait un bilan très positif d'un service qui s'est terminé juste avant le confinement. « Ce n'était vraiment pas un stage d'observation. J'avais des délais à respecter. Je me sentais vraiment utile », dit-elle aujourd'hui. Et d'ajouter : « Cela m'a permis de passer de l'abstrait au concret. J'ai pu grandir. »

Cette expérience a été très utile à Angela, aujourd'hui 25 ans, pour affiner son projet professionnel. Elle a compris qu'elle devait combiner la psychologie et le numérique. Pour la rentrée prochaine, elle a été acceptée dans un Master sur les dispositifs numériques éducatifs, proposé à Bordeaux. Le service civique a été un vrai tremplin pour elle. « Cela devrait même être obligatoire », glisse-t-elle.     

Isabelle : « J'ai découvert un métier » 

Traversons la France d'Est en Ouest pour rencontrer une autre bénéficiaire du service civique. Isabelle Surmont, 26 ans, a eu un parcours plus classique. Un Bac S en Normandie, une licence en sociologie puis un Master en direction de services handicap et vieillesse qui la destine à travailler dans la coordination des services en Ehpad. Elle fait la première année, mais ne réussit pas à intégrer la seconde. « J'étais très déçue, raconte-t-elle. Je ne voulais pas rester inactive et j'ai découvert par une amie l'existence du service civique. Je voulais rentrer dans le monde du travail. » 

Prévention auprès des collégiens

Isabelle est devenue tutrice là où elle avait effectué son service civique.DR

Parmi les nombreuses annonces proposées par les organismes, elle retient celle de la délégation finistérienne de la Ligue contre le cancer, sans doute sensibilisée par l'histoire d'une proche. La Ligue est très connue pour son encouragement à la recherche et son soutien aux malades. Ce qu'on sait moins, c'est que cette association mène de nombreuses actions d'information des publics jeunes dans un souci de prévention du cancer.

Isabelle se retrouve donc pendant huit mois à intervenir dans les écoles, surtout dans les collèges, sur les facteurs de risque que sont le tabac, l'alcool, l'alimentation, les écrans, etc. Pour ces animations, elle est toujours accompagnée d'une salariée qui joue le rôle de tutrice. 

Après le service civique, un emploi

Elle travaille 24 heures par semaine, bénéficiant d'un jour et demi libre, gagne environ 600 € par mois (dont 100 € apportés par la structure). De ces huit mois réalisés en 2016-2017, elle retient plusieurs points positifs comme la prise de confiance et la montée en compétences. À la sortie de cette expérience, deux voies se présentent à elle : soit passer un concours administratif au ministère de la Défense ; soit intégrer comme salariée la Ligue contre le cancer qui veut renforcer le pôle prévention. C'est cette dernière voie qu'elle choisit. Isabelle est maintenant responsable du recrutement des bénévoles et est également tutrice de la personne en service civique. La roue tourne...

« Le service civique m'a permis de découvrir un métier que je ne pensais pas faire. Cela a été une vraie opportunité pour découvrir un métier et un environnement. On peut vraiment ressortir avec des bagages qui vont vous servir après. » Pour Isabelle, le service civique a constitué une opportunité pour changer sa vie.

* Live interactif, ouvert au grand public, lundi 29 juin à 14 h.

NoëlBOUTTIER
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