Adrien Lusinchi, chargé d’études pour l’association régionale des missions locales (ARML) d'Occitanie, sociologue affilié au Centre Pierre Naville (Université d'Évry Paris-Saclay) et au Centre d'études de l'emploi et du travail (CEET-Cnam), a mené une enquête sur la prise en compte de la santé mentale des jeunes dans leur parcours d'accompagnement vers l'emploi. Il livre ses principaux enseignements.
Comment cette étude est-elle née et comment l’avez-vous menée ?
Adrien LusinchiElle est née d’une demande du réseau des missions locales d’Occitanie, qui regroupe 26 structures, environ 1 500 salariés et plus de 100 000 jeunes accompagnés. Il y a deux ans, les directions faisaient remonter une préoccupation croissante : la dégradation de la santé mentale des jeunes accompagnés. C'était de plus en plus présent dans le discours des professionnels de terrain. On a donc construit un dispositif d'enquête principalement qualitatif et portant sur trois missions locales en Occitanie. Il ne s’agissait pas d’évaluer l’état psychologique ou psychiatrique des jeunes – je ne suis ni médecin psychiatre ni psychologue – mais de produire un état des lieux de la manière dont la santé mentale est prise en compte dans l’accompagnement vers l’emploi.
Quels chiffres illustrent l'ampleur du problème ?
A. L.Les données de Santé publique France montrent un doublement des épisodes dépressifs caractérisés chez les jeunes de 18 à 29 ans après le Covid : on passe d'environ 11,5 % à 25 %, soit un jeune sur quatre, de jeunes ayant connu une dépression diagnostiquée. Mais ces chiffres concernent la jeunesse en général. Or les jeunes accompagnés par les missions locales sont dans une situation bien différente : pour la moitié d'entre eux en Occitanie, ils n'ont pas de diplôme, ils ont une vulnérabilité économique et sociale bien plus importante.

