Dans une thèse consacrée aux adolescents placés, la sociologue Fanny Westeel analyse comment leur intimité se construit sous le regard constant de l’institution, des professionnels et des pairs. Un cadre contraint qui pèse sur leur identité et leurs relations.
Fanny Westeel a longuement enquêté et entendu des adolescents de 11 à 17 ans dans plusieurs services d’hébergement collectif : une maison d'enfants à caractère social (Mecs), un séjour de rupture et un service d’accueil de jour.
Dans sa thèse intitulée « Intimités sous contraintes – Ethnographie d’une jeunesse placée en protection de l’enfance », elle a notamment analysé les quatre types d’intimité – corporelle, relationnelle, biographique et émotionnelle – chez cette population de jeunes dont les conditions de vie rendent l'intimité difficile à construire et protéger. Entretien avec la chercheuse du centre Max Weber.
En quoi l’intimité des adolescents placés est-elle entravée, « sous contrainte » selon vos mots ?
Fanny WesteelD'abord, l’intimité des adolescents placés est sous contrainte en raison du regard éducatif, c’est-à-dire du regard des professionnels de la protection de l’enfance qui les accompagnent au quotidien, et qui, du coup, fait peser sur leurs pratiques quotidiennes, parmi lesquelles des pratiques intimes, un regard, disons, quasi-permanent. Regard qui vise à évaluer l’autonomisation du jeune, sa progression dans le suivi, etc. Cette contrainte-là est légitimée par le cadre de l’intervention en protection de l'enfance.
Leur intimité est par ailleurs contrainte par la coprésence des autres jeunes placés : une autre contrainte sur les pratiques intimes, puisque les jeunes ne choisissent pas avec qui ils ou elles vivent. C'est principalement pour cela que je parle d’intimité sous contrainte : en raison de la coprésence éducative et juvénile autour d’eux et avec eux.

