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Interview28 février 2020
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« En matière de délinquance, le déterminisme social reste fort »

Notre série "En quête de sens" s'intéresse à la trajectoire singulière de travailleurs sociaux désireux de partager leurs découragements et leurs enthousiasmes. J.B. est éducateur à la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Il ne se retrouve pas dans les orientations fondamentales de son institution, qu’il aimerait moins gestionnaires.

Éducateur spécialisé, J.B. (*) travaille dans le social depuis 25 ans, et depuis 16 ans dans la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Soucieux de permettre aux jeunes qu'il accompagne un accès au civisme et à la prise de conscience politique, il se sent en décalage avec un secteur en voie de « bureaucratisation ». Il trouve néanmoins des espaces de respiration en s’investissant sur le versant instruction et transmission de l’esprit critique de sa mission, dans l’esprit de l’Éducation Populaire auquel il s’identifie. Interview.

Pourquoi avoir choisi la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) ?

J.B.Je n’ai pas eu de vocation particulière pour ce métier, j’avais au départ plutôt la fibre de l’enseignement. Après une première année de Deug maths physique, j’ai décroché un Deug généraliste en sciences humaines, avec des bases en histoire, sociologie, économie et sciences politiques, puis j’ai enchaîné avec une licence d’économie.

C’est mon échec au certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement du second degré (Capes) qui m’a mené au concours de la PJJ, à la fois par nécessité de trouver un emploi, par souhait de travailler dans l’humain et aussi de ne pas exercer dans le secteur marchand.

Vous n’aviez donc aucune sensibilité particulière au secteur social ?

J.B.J’ai un beau-père éducateur dans les instances de l’aide sociale à l’enfance (ASE), un oncle éducateur de rue et président d’une structure de travail de rue et une tante fondatrice d’un café pour enfants à Paris. Mais je n’avais aucune connaissance particulière du social, et encore moins de la délinquance.

C’est avec un job étudiant que j’ai eu ma première expérience, en accompagnant sur des trajets des enfants de l’ASE, pour le conseil départemental de Seine-Saint-Denis. Ce fut une bonne entrée en matière, sans enjeu. J’ai pris conscience de cette pauvreté dont j’étais éloigné. Ayant grandi avec une éducation politique de gauche, la rencontre de ces gamins placés hors de leur famille, souvent négligés, déscolarisés et coincés dans des sous-cultures prolétaires m’a touché.

Quel est votre quotidien ?