Les étudiants en travail social butent sur la fragilisation des terrains de stages, moins à même de les accueillir, et encore plus sur la question de la gratification (prévue pour les stages longs, environ 500 euros par mois). Les difficultés des employeurs à les rémunérer donnent lieu à des pratiques dommageables pour leur formation et même pour l’avenir du secteur.
Bien qu’il vienne seulement de commencer sa formation, le discours de Denis V., en première année de diplôme d'État d'assistant de service social (DEASS) à Toulouse, est déjà teinté de fatalisme.
« En première année, les employeurs ne nous attendent pas parce que nous ne sommes pas encore opérationnels, on ne "sert à rien". En seconde année, ils ne veulent pas plus de nous, mais cette fois-ci en raison de la gratification. En dernière année, cela semble plus facile de décrocher un stage, étant plus expérimentés, mais ce stage n’en est pas toujours un, la structure attend que l’on fournisse la même charge de travail qu’un salarié, une situation stressante et risquée ».
Déceptions et mauvaises expériences
Un appel à témoignages sur Facebook auprès d’étudiants en école de travail social enfonce le clou : la recherche de stage et l’expérience même du stage n’ont jamais été aussi problématiques. « J’ai fini par trouver un stage mais seulement grâce à un de mes formateurs, ce qui m’a donné l’impression que ma candidature ne valait rien » ; « Une assistante sociale de mon réseau personnel était prête à m'accueillir, c’est sa hiérarchie qui a finalement refusé car je ne voulais pas renoncer à ma gratification » … Les déceptions et les mauvaises expériences s’enchaînent.
Claire Malmain, en 3e année de formation d’éducatrice spécialisée dans le Pas-de-Calais, s’estime, elle, plutôt chanceuse tout en ayant dû faire des concessions. « En 1ère année, j’ai tout de suite trouvé en faisant appel à mon réseau. En 2e année, j’ai envoyé une trentaine de CV avant de finir par être acceptée dans un institut médico-éducatif (IME) public, à la condition de m’éloigner géographiquement. Heureusement, j’ai été très bien accueillie mais le temps passé à mes recherches m’a fait entrer en stage plus tard que prévu : je serai encore à l’IME en juin, en même temps que les épreuves finales, ce qui n’est pas la meilleure des configurations. J’ai choisi par défaut un sujet de mémoire qui ne me demande pas d’avoir particulièrement de recul sur mon expérience de terrain ».

