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Jeux vidéo en foyer : je t’aime, moi non plus
Longs FormatsElsa GAMBIN09 octobre 2019

En foyer de l'enfance, la présence des jeux vidéo s’est imposée petit à petit, liée à l’évolution sociétale. Tâtonnant parfois avec les règles, les équipes éducatives ouvrent le débat, face à un objet qui suscite méfiance et intérêt. Dans la protection de l’enfance, son usage reste cependant récréatif, loin des potentialités thérapeutiques de l’outil. Tour d’horizon.

En juillet dernier se tenait la coupe du monde du jeu vidéo Fortnite. Le plus célèbre battle royale (1), aux 250 millions d’utilisateurs, a vu des adolescents, parfois de 15 ans, repartir avec plusieurs millions de dollars de gain. Si cela fait rêver la jeune génération, difficile parfois pour des travailleurs sociaux de comprendre l’engouement des jeunes qu’ils accompagnent pour un outil culturel, voire, n’ayons pas peur de le dire, un art, dont ils ignorent à peu près tout.

« Je peux jouer à la console ? » 

Pourtant les internats, antres d’une vie quotidienne collective imposée, ne peuvent y échapper. « Je peux jouer à la console ? », « On peut allumer l’ordi ? », tout éducateur spécialisé travaillant en internat a déjà entendu ces paroles. D’un foyer à l’autre, d’une équipe à l’autre, mais aussi, bien souvent, d’un groupe de jeunes à l’autre, les règles changent, évoluent, s’adaptent, au gré des discussions des professionnels et des « besoins » évoqués par le public.

Fortnite, l'un des jeux vidéo incontournables pour les adolescents.Stock.adobe.com

Au foyer Le Hauban (2), en bord de mer, on accueille des jeunes de 13 à 21 ans en mixité. Ici, pas de wifi, interdiction de ramener sa console ou son ordinateur portable, sauf soirée exceptionnelle. Une console WII est bien présente dans la pièce de vie, mais elle ne fonctionne plus. Chaque jeune peut utiliser l’unique ordinateur 3 heures par jour, davantage en période de vacances.

Un billard plutôt qu'une console

Si les jeunes ont fait la demande à Noël dernier d’acquérir une PlayStation 4, l’équipe éducative a fait le choix d’acheter un billard, plus à même d’intéresser le collectif entier, et pas seulement un cercle restreint. Lequel billard a d’ailleurs un franc succès. « C’est un sujet qui est moins problématique avec le groupe actuel, remarque Peggy, chef de service. On notait davantage de frustration avec le groupe précédent, où le jeu vidéo avait pu mener à des violences verbales et physiques. »

J'aime l'enjeu, le défi. Réussir

Christophe, 14 ans.

Christophe, 14 ans, avoue pouvoir se passer ici « de jouer à Fifa (jeu de football, NDLR) ou GTA (série de jeux vidéo du genre action-aventure, NDLR) » mais apprécie sa partie de Fortnite quotidienne. « J’aime l’enjeu, le défi. Réussir. Pour la PS4, c’est quand même dommage, les éducs trouvaient ça cher aussi… Mais jouer avec les éducs ça pourrait être pas mal. Sur l’ordi je suis tout seul. »

L’accès au wifi en foyer reste une source de débat, souvent remise sur le tapis des réunions hebdomadaires. « Avant, avec le wifi, on s’était rendu compte que les jeunes étaient collés aux écrans, se souvient Sylvain, éducateur sur le foyer depuis 6 ans. Et chacun était dans son coin. Ça a été dur pour eux quand on a supprimé le wifi, mais ils passent moins de temps sur leur téléphone du coup ».

Se mettre à la page

Pour autant, l’équipe, peu portée sur l’outil jeu vidéo, tient à se tenir à jour. « Il faut qu’on se mette à la page, on n’est pas toujours au point sur le sujet. Les générations changent. » Une formation est prévue prochainement avec une association sur le thème du multimédia. Et la compréhension de l’outil s’améliore, motivée par cette volonté institutionnelle de proposer aux équipes ces formations.

« Ça nous arrivait de ne pas prendre en compte le fait que Fortnite était un jeu en réseau, admet le travailleur social, et que du coup le jeune ne pouvait pas "couper" la partie comme ça, au moment où lui demandait. En faisant attention à ça maintenant, ça s’est apaisé. »

Sébastien Salon-Gomis pour Le Media Social

L’équipe du Hauban est plutôt sur la même longueur d’onde. Amener les jeunes sur l’extérieur, faire du sport, du vélo, privilégier les jeux de société. Sans pour autant rejeter le jeu vidéo. « C’est vrai que ce n’est pas ma sensibilité, reconnaît Sylvain. Mais pour moi c’est un outil à part entière. Si j’étais calé sur le sujet, j’en ferais un outil de médiation comme un autre. »

Pour moi, c'est un outil à part entière

Sylvain, éducateur

Sa collègue Gaëlle, en poste depuis 2 ans, acquiesce : « C’est vrai qu’on n’est pas au taquet là-dessus. Mais je fais la démarche d’aller voir. Fortnite, je connaissais pas, je suis allée voir sur internet pour savoir le type de jeu. » Elle se rappelle d’excellentes soirées autour de la WII. « C’était très sympa, on faisait des parties de Mario Kart, on jouait au tennis. On voyait de la compétition, mais aussi de l’entraide. » L’éducatrice observe que les filles du foyer ne sont pas branchées par le jeu vidéo. « Ce n’est pas un liant pour elles. Elles sont plutôt réseaux sociaux, Instagram tout ça… ».

Dans le « move »

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