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Article06 novembre 2020
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Zéro chômeur de longue durée : des territoires prêts pour la seconde vague

Alors que la seconde loi permettant une extension du dispositif Territoires zéro chômeur de longue durée est en passe d'être votée, sur le terrain, une centaine de territoires s'affairent pour être prêts. Grande ville, zone péri-urbaine ou milieu rural, plongée au coeur de trois projets.

Ce jeudi 5 novembre, malgré le confinement, la cinquième édition de la grève du chômage a été organisée par les territoires engagés dans la dynamique Zéro chômeur de longue durée. Une trentaine de territoires sur la centaine recensée ont joué le jeu en informant, via les réseaux sociaux, sur les chantiers mis en œuvre depuis le vote de la première loi en 2016.

Une expérimentation totalement inédite

Cette année 2020 est particulière, pas simplement parce que le Covid-19 a interdit les manifestations publiques notamment lors de la grève du chômage, mais surtout parce que le Parlement est en cours de discussion de la proposition de loi (le texte vient d'être approuvé en commission mixte paritaire après son adoption par l'Assemblée puis le Sénat). Rarement texte législatif n'aura été autant attendu par le terrain : des milliers de bénévoles, chômeurs, militants associatifs, acteurs économiques, etc. s'activent pour que leur territoire puisse s'engager dans la seconde vague de cette expérimentation totalement inédite car provenant à 100 % du tissu associatif. Nous sommes allés à la rencontre de trois territoires fin prêts.

À Rennes, un projet très urbain

L'activité maraîchère devrait être importante pour la future EBE de Blosne Julien Mignot - Rennes ville et métropole

Dans la première vague d'expérimentations lancée en 2016-2017, sur dix territoires, simplement trois étaient totalement urbains : Paris 13, Lille et Villeurbanne. Cette fois-ci, plusieurs villes espèrent être retenues, dont Rennes. La réflexion a pris naissance au sein de la fondation SolidaRen, une plate-forme d'initiatives solidaires lancée récemment par la ville. Nous sommes en 2018 et le principe de Territoires zéro chômeur est jugé intéressant. S'ensuivent des visites sur les autres sites de l'expérimentation, et des rencontres. En octobre, la décision est prise par la ville de s'engager et de confier le portage du projet au CCAS.

Renouvellement urbain

Quel territoire retenir ? Le quartier du Blosne ou plutôt une partie de celui-ci, représentant une population de 9 000 personnes, est choisi. « Le Blosne cumulait plusieurs conditions favorables, explique la chargée de mission Lucile Christien : beaucoup de demandeurs d'emploi, une politique de renouvellement urbain, des acteurs sur le terrain déjà porteurs de projets. » 

Frein avec le Covid-19

A partir de l'hiver 2019, les chômeurs de plus d'un an ont commencé à être reçus par les porteurs du projet. Une démarche qui a été freinée par le confinement lié au Covid-19. Sur un territoire qui compterait entre 300 et 500 chômeurs de longue durée, une trentaine d'entre eux se sont d'ores et déjà déclarés candidats à intégrer l'entreprise à but d'emploi (EBE) qui devrait être créé si le projet rennais est retenu par le Fonds d'expérimentation.

Transports à la demande

Diverses activités, explique la chargée de mission, ont été définies pour être à la base de l'EBE. « Les zones commerciales sont éloignées pour les personnes âgées. On veut développer des services de transport à la demande. D'autre part, sur les grands espaces verts qui existent, nous allons mettre en place des cultures maraîchères. Celles-ci devraient être réalisées dans des bacs en bois fabriqués localement », détaille Lucile Christien.

Lecture dans un Ehpad

La chargée de mission ajoute : « Dans l'Ehpad du quartier, un parent de résident venait faire tous les matins la lecture du journal. Il ne le fait plus. Nous pourrions le remplacer. » Le projet rennais espère être validé en 2021 et démarrer modestement avec une quinzaine de salariés, avant de s'étendre progressivement.

Dans la Vienne, « on fait de la dentelle » 

En juin 2019, une manifestation nationale était organisée près de l'Assemblée avec un groupe de la Vienne.
Divers chantiers ont été lancés par l'association Tope 5.

Ici, en périphérie de Châtellerault, une ville moyenne (30 000 habitants) de la Vienne, cinq communes ont commencé à réfléchir en 2017 sur l'usage qu'elles pouvaient faire de l'outil Territoires zéro chômeur. Elles constituent l'association « Territoire objectif plein-emploi des cinq du châtelleraudais » (Tope 5) et se lancent dans le projet. Le territoire en question (14 000 habitants) est à la fois industriel et rural) et compterait environ 400 personnes privées durablement d'emploi. 

Forte adhésion sur le territoire

En 2017 et 2018, les élus prennent le temps de définir politiquement le projet et d'y associer les différents partenaires institutionnels (département, région, État...). À la fin de 2018 est recrutée Delphine Plaud comme chargée de mission, qui a une certaine expérience de l'insertion par l'activité économique. « Nous avons commencé en 2019 par nous adresser aux chômeurs, raconte-t-elle. Ils ont été associés étroitement au projet : l'association compte dans son CA la moitié de demandeurs d'emploi. » Et d'ajouter : « En tant que professionnelle de l'insertion, je n'avais jamais connu une telle adhésion. » 

Partir des compétences

Pourquoi une telle dynamique ? « Il y a bien sûr l'espoir, via un CDI, de vivre dans des conditions plus dignes, explique la chargée de mission. Mais ce qui crée de l'adhésion, c'est aussi le fait qu'on parte des compétences des gens. Cela donne du sens au travail. » Elle constate que sur les 120 personnes rencontrées, la moitié rencontre des problèmes de santé. « On va faire de la dentelle », estime Delphine Plaud.

Refaire vivre une champignonnière

Sur le plan économique, cinq secteurs ont été définis : une galerie du réemploi (avec recyclerie, pôle d'animation...) ; une conserverie de fruits anti gaspi (en valorisant les invendus des grandes surfaces) et de plantes sauvages ; une micro-ferme pour faire pousser les plantes sauvages et aromatiques ; une champignonnière à faire revivre (elle existait dans le secteur, employant une bonne centaine de personnes) et enfin un bouquet de services de proximité pour les particuliers comme pour les entreprises (par exemple, du broyage de végétaux). Pour bien montrer que Tope 5 est prêt à démarrer, l'entreprise va être constituée avant la fin de l'année.

Nouvelles solidarités

Et au fait, le Covid, ça change quelque chose ? « Cela nous oblige à travailler différemment. Cela nous alerte  sur la nécessité de construire de nouvelles solidarités », estime la chargée de mission.

Dans la Haute-Marne, reconstruire l'emploi

Le groupe de Joinville est très motivé pour s'attaquer à la plaie du chômage
Des activités de recyclage devraient être lancées dès le feu vert officiel.

De loin, on ne peut pas savoir qu'un département rural comme la Haute-Marne abrite de telles poches de chômage. C'est pourtant le cas avec Joinville, gros bourg du nord du département. Ici, il y avait depuis la nuit des temps une fonderie qui a employé jusqu'à un millier d'ouvriers. Ils ne sont plus de 300. Cette saignée a fait des dégâts sociaux. Un taux de chômage de 25 %, des générations qui n'ont jamais bossé et puis une population qui dégringole (5 000 habitants dans les années 80).

Au chômage depuis 2013

Le maire de Joinville a décidé à partir de 2017 de mener la bagarre de l'emploi, mais un emploi forcément différent de ce qu'il fut lors des périodes d'expansion. Un comité local pour l'emploi est constitué, comme le demande la démarche Zéro chômeur. Les chômeurs sont informés de la démarche et invités à s'associer : sur 116 personnes rencontrées, 79 ont dit banco. « Les profils sont très variés, explique Martin Gricourt, chargé de mission depuis 2017. Bien sûr, nous avons beaucoup de gens sans formation, mais aussi un Bac + 5 et un Bac + 4. En moyenne, les gens sont au chômage depuis 2013. »

Trois entreprises au lieu d'une

La structure a fait le choix, dès que la loi l'autorisera, à constituer trois entreprises à but d'emploi (EBE) différentes afin notamment de remédier au manque d'encadrement qui a parfois été mis en avant sur les dix premiers sites de l'expérimentation. Une EBE devrait se spécialiser sur les questions de recyclage et d'économie circulaire. La seconde s'intéressera aux services aux agriculteurs et à une activité de maraîchage avec pôle de transformation. Enfin, la dernière EBE sera centrée sur les services à la personne. 

« Le regard a changé » 

Au bout de près de trois ans de réflexion, quels sont les premiers changements ? « Les chômeurs investis dans le projet ont changé, parfois physiquement. Les gens se sentent valorisés. Et puis, le climat a changé dans la région. Avant, on entendait des réflexions sur les « cas sociaux ». On a montré que les personnes voulaient travailler. Le regard a évolué », conclut Martin Gricourt.

NoelBOUTTIER
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