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Article09 octobre 2020
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[En quête de sens] "Je ne serai jamais légitime à leurs yeux"

Notre série "En quête de sens" s'intéresse à la trajectoire singulière de travailleurs sociaux désireux de partager leurs découragements et leurs enthousiasmes. Julien Galliano a été banquier pendant 8 ans avant de se reconvertir dans le social. Il raconte le choc des cultures, les avantages et inconvénients de ne pas être issu du sérail.

Après une première expérience dans le monde associatif, Julien Galliano, la petite trentaine, est recruté par le Crédit du Nord pour être le « banquier des associations ». Un poste qu'il occupera pendant huit ans : « Cette mission me plaisait car j'étais leur partenaire, je soutenais leurs projets, j'étais très au courant de leur réalité économique et de leurs problématiques d'employeurs de l'économie sociale et solidaire. »

Profil atypique

Au bout de sept ans, sa sensibilité le conduit à se réorienter vers le secteur associatif lui-même. Son employeur accepte de lui financer un master 2 en management des associations à la Sorbonne. Il suit les cours une semaine par mois pendant 18 mois tout en travaillant.

« C'était épuisant, mais mon projet était bien réfléchi. Et les directeurs d'association dont je m'occupais m'avaient confirmé que mon profil atypique pouvait intéresser le secteur ». À ce moment-là, il ne cible pas l'action sociale en particulier.

Apprenti directeur

Juste avant de décrocher son M2 il est contacté par un ancien « client », une association de prévention spécialisée et d'hébergement, l'Apap, qu'il avait accompagnée en tant que banquier. « Cette association de 50 salariés fonctionnait en autogestion depuis 40 ans, sans directeur, sans chef de service. En 2016, elle a été obligée de se doter d'une hiérarchie, et c'est moi qui ai été choisi par le président, moi l'ancien banquier ! », s'amuse Julien Galliano.  

Terrain miné

C'est donc en terrain plus que miné, qu'il fait ses premières armes de directeur. « La relation hiérarchique était nouvelle pour eux et pas souhaitée par tous, et de mon côté je devais apprendre à manager, et de surcroît des éducateurs. Le choc a été terrible. J'ai fait toutes les erreurs possibles de management, à me braquer, me crisper, être intransigeant là où j'aurais dû être souple, et en face de moi il n'y avait aucune indulgence », raconte-t-il.

Ancrage militant

À l’époque, même si la part des activités d'hébergement/logement dépasse celle de la prévention spécialisée, la culture professionnelle de l'Apap est encore celle du « club de prév' », très ancrée dans son histoire militante. « Tous les salariés étaient éducateurs spécialisés, même quand la mission ne le justifiait pas ».