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Interview23 janvier 2026
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[En quête de sens] Arnaud Caille : un directeur qui manage avec le cœur

Notre série "En quête de sens" s'intéresse à la trajectoire singulière de travailleurs sociaux désireux de partager leur expérience. Directeur d'Ehpad puis de services d'aide à domicile, Arnaud Caille a entamé ces derrières années un virage à 180 degrés dans sa posture de management.

Inspiré par le modèle néerlandais de soins infirmiers Buurtzorg, par les expériences d'entreprises libérées et par le collectif français « L'humain d'abord », Arnaud Caille, directeur de services d'aide à domicile dans le Nord (Afeji Domicile), a engagé avec ses équipes un profond changement d'organisation.  Autonomie, échelle humaine, horizontalité : il partage son expérience dans un livre intitulé « Au cœur du prendre soin. Récit d'un chemin de transformation dans le secteur du grand âge ». Il nous explique son cheminement.

Votre réflexion sur un bouleversement des modes d'organisation débute avec votre arrivée dans une nouvelle association. Pourquoi ?

Arnaud CailleEn effet, le point de départ c'est mon arrivée en tant que directeur d'une association dans le secteur de l'aide à domicile. Je travaillais déjà dans le domaine avant, donc ce n'était pas une découverte. Mais ce qui m'a marqué, c'est d'abord la grande souffrance des professionnelles. Et, avec elle, la qualité de prise en charge médiocre des bénéficiaires, qui est tout à fait logique quand on regarde comment fonctionne le secteur de l'aide à domicile : les aides à domicile sont des numéros qui vont chez des bénéficiaires qui sont aussi des numéros.

À cette époque-là, je me dis : « Je ne peux pas rester comme ça, être complice de ça. Il faut vraiment renverser la table car ce n'est pas possible de travailler ainsi ».

À quoi ressemblent les journées des aides à domicile ?

A. C.Une aide à domicile débute la journée en allumant son téléphone et en constatant que tout son planning a bougé. Elle va finir à 20 heures au lieu de 18 heures, aller chez trois personnes qu'elle ne connaît pas et faire un détour de 20 kilomètres pour aller chez l'une d'elles.

Ces changements sont probablement dus à un arrêt maladie d'une collègue, tombé hier, et sa responsable de secteur a fait ce qu'elle a pu pour jouer au tétris et assurer les visites à domiciles de tous les bénéficiaires.

Et c'est ainsi chaque jour. Mais ce système épuise les professionnelles. La fatigue générée est catastrophique. De plus, elles sont complètement isolées : le seul lien avec l'équipe, c'est ce planning. Elles ne voient jamais leurs collègues.

Ce constat fait, qu'est-ce qui provoque votre déclic ?