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Interview15 mai 2020
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Ehpadons-nous ! , un festival multiforme pour lutter contre l’âgisme

La Fondation i2ml (Institut méditerranéen des métiers de la longévité), lancera fin mai la première édition du festival de musique Ehpadons-nous !. Rencontre avec Matthieu Faure, responsable living lab de la fondation et organisateur du festival.

Comment est née l’idée du festival Ehpadons-nous ! ?

Matthieu Faure Je travaille au sein de la fondation i2ml, qui est la fondation partenariale de l’université de Nîmes, et qui s’intéresse à la qualité de vie des personnes âgées et au vieillissement de la population. Par mon activité, je suis attentif à la situation des personnes âgées en Ehpad. Par ailleurs, ma femme étant artiste, elle a aussi été impactée par la situation, avec l’annulation des concerts notamment. Et un soir, tout simplement, en voyant que certains artistes jouaient en Ehpad, on s’est dit qu’il y avait certainement quelque chose à faire, de peut-être plus ambitieux qu’un concert. On a voulu amener la culture dans ces lieux qui sont assez peu connus, et aussi la faire vivre dans cette période assez triste culturellement (tous les festivals sont annulés…). Le tout en mettant en avant des artistes locaux et un patrimoine local méconnu. Finalement, de fil en aiguille, l’idée du festival est née.

Comment le personnel des établissements et les personnes âgées ont-ils été mis à contribution ?

M.F. Nous voulions un festival multiforme. Il y aura des concerts-spectacles au sein des établissements, en respectant les conditions sanitaires strictes : les artistes vont jouer dans les cours ou les jardins, devant les fenêtres, afin que les résidents et les professionnels puissent y assister tout en limitant les risques.

Mais on souhaite organiser également une exposition numérique : on va demander aux résidents mais aussi aux familles, à tout un chacun, de s’exprimer par le biais qu’ils souhaiteront : dessiner, écrire,… peu importe. L’ensemble de ces œuvres sera diffusé sur une plateforme numérique en cours de construction actuellement. L’idée est que les résidents et les professionnels mais également les familles s’impliquent et participent à ce festival.

Des conférences sont également prévues ?

M..F Tout à fait. On souhaiterait en avoir au moins une ou deux. Afin que ce festival amène aussi à un moment de réflexion, notamment sur le fait que ces établissements sont aussi des lieux de culture, des lieux où on peut innover. La constitution de la première conférence est encore en cours de finalisation mais on devrait avoir pour la première table ronde un ancien directeur d’établissement, une sociologue et une personne du monde de la culture. L’idée étant d’avoir des regards croisés.

Quand et où aura lieu le festival ?

M.F. L’exposition numérique va commencer fin mai avec les premières contributions. Elle sera disponible gratuitement sur la plateforme du festival, et sera alimentée régulièrement avec de nouvelles productions tout au long du mois de juin.

Les concerts vont commencer début juin et dureront tout le mois, dans une quinzaine d’établissements de Nîmes et de son agglomération (Ehpad et résidences services), pour cette première édition. Mais on ambitionne de pérenniser le festival et de l’étendre à la région Occitanie, voire ailleurs. Les concerts seront retransmis sur You tube et également accessibles via la plateforme de l’événement, ainsi que les conférences.

Toutes les productions seront finalement accessibles sur la plateforme, car ce qui est important pour nous c’est d’emmener les gens, via internet, dans ces lieux où l’on ne va que très rarement, encore plus en cette période de crise sanitaire, c’est de leur faire découvrir ces établissements.

Avez-vous eu du mal à convaincre les différents acteurs ?

M.F. Non, que ce soit au niveau des établissements ou au niveau des acteurs culturels, on a vraiment senti de l’engouement pour cette initiative (et soyons francs, j’en ai même été très surpris) et on a vu que ça répondait réellement à différents besoins : amener la culture dans ces lieux-là, les faire vivre, mais également, pour les artistes, avoir l’occasion de participer à quelque chose de fondateur. On sent qu’il y a de l’appétence pour le projet, d’où notre volonté de le pérenniser. La crise sanitaire est révélatrice de quelque chose qui existait déjà avant, et donc il serait dommage de ne pas continuer le festival les années suivantes.

L’organisation du festival pendant le confinement a-t-elle été compliquée ?

M.F. Oui et non. Bien sûr, pour l’organisation des lieux, c’est quand même beaucoup plus pratique de se déplacer et d’aller voir sur place. Mais après, une fois de plus, il y a eu un tel engouement que les gens se sont rendus assez disponibles et ont fait preuve de beaucoup de créativité pour faire face à la situation. Typiquement, dans certains établissements les jardins ne donnent pas sur l’ensemble des balcons et des fenêtres, mais ils ont tout de suite trouvé des parades pour que l’ensemble des résidents puisse accéder aux concerts en toute sécurité. On a vraiment rencontré une vraie volonté et une vraie créativité et au final, j’ai été très agréablement surpris que ça se fasse aussi rapidement et dans d’aussi bonnes conditions.

Quel message la fondation I2ml souhaite-t-elle faire passer avec ce festival ?

M.F. La fondation a plusieurs missions : la première est bien entendu d’améliorer la qualité de vie des personnes âgées, mais elle travaille également à changer le regard que l’on peut porter sur le vieillissement, et donc de facto sur les établissements. En France, il y a quand même dans notre société beaucoup d’âgisme, encore, malheureusement, et cette crise du Covid n’a fait que le renforcer. C’est aussi pour ça qu’on a tenu à faire l’exposition numérique : pour qu’on puisse apporter un autre regard sur les personnes âgées, qu’on puisse les voir en tant que créatrices, elles-mêmes, d’œuvres de culture.

Propos recueillis par Marie-HélèneKHOURI
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