Pour son premier exercice d'analyse du fonctionnement d'un groupe commercial d'Ehpad, la Cour des comptes s'est attaquée à Bridge. Le rapport est un implacable réquisitoire contre son fonctionnement et ses irrégularités. Le changement de direction en 2024 permettra-t-il de redresser la barre ?
Si les magistrats de la Cour des comptes étaient des enseignants, ils pourraient mettre la note de zéro sur vingt au groupe Bridge. Selon l'institution financière, qui a rendu le 25 juin un « relevé d'observations définitives » sur ce groupe d'Ehpad commerciaux, rien ne colle dans ses pratiques et son fonctionnement.
Ce rapport est une première pour la Cour des comptes. Suite à l'affaire Orpea, la loi de financement de la sécurité sociale pour 2023 a ouvert la possibilité aux magistrats financiers de mettre leur nez dans la gestion des Ehpad privés lucratifs. La Cour des comptes explique qu'elle a choisi ce groupe parce qu'il était de taille moyenne et qu'il avait déjà fait l'objet de différents signalements.
Dans un premier temps, la gouvernance du groupe – assurée jusqu'en 2024 par Charles Memoune – a cherché, par différents moyens, à bloquer les investigations. « Des difficultés tout à fait inhabituelles », souligne la Cour des comptes.
Nouveau venu dans les Ehpad
Qui est exactement ce groupe Bridge ? C'est un intervenant récent dans le monde des Ehpad puisqu’il est né en 2017 quand Charles Memoune, un ingénieur, ancien consultant d'Ernst & Young, a acquis de petits Ehpad, souvent ruraux et indépendants. Son groupe, arrimé à des fonds d'investissement, a connu une forte progression, passant de 13 Ehpad en 2019 à 31 Ehpad en 2021.
En 2024, le fondateur a été débarqué par deux fonds d'investissement, actionnaires minoritaires qui ont installé à sa place Delphine Mainguy, laquelle avait été la dernière dirigeante de feu Medicharme (le rapport ne porte que sur la période Memoune).