Dans cette tribune libre*, le sociologue Daniel Verba estime que la crise du travail social ne s'explique pas seulement par les salaires ou les conditions de travail. L'emprise croissante du numérique fragilise aussi la capacité de présence à l'autre, pourtant au cœur des métiers de l'accompagnement.
Si la plupart des analystes [1] expliquent les difficultés de recrutement dans le secteur social [2] par les maigres salaires et les éprouvantes conditions de travail, je formulerais pour ma part, une hypothèse qui n’exclut pas les deux premières, mais vient les compléter : la « crise de présence sociale ».
Par « présence sociale », j’entends cette capacité de mobilisation de soi, qu’il s’agisse de manières d’être corporelles (expression non verbale) ou d’attention psychique, en vue de prendre soin d’autrui. Il s’agit d’une disposition qui consiste non pas à se mettre à la place, mais à faire place à un autre afin qu’il se sente considéré et reconnu à la fois dans sa similarité et sa singularité.
Cette disposition est primordiale lorsque l’on se destine à un métier du soin à autrui comme les métiers de l’éducation ou de l’intervention sociale.
Par exemple, lorsqu’en présence d’un bébé, une éducatrice de jeunes enfants se laisse absorber par la relation qu’elle noue avec celui-ci, alors le bébé acquiert la capacité d’exprimer sans les mots ce qu’il ressent (froid, faim, sommeil, anxiété…), et la professionnelle est capable d’y répondre.

