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Article11 mai 2020
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Comment les Territoires zéro chômeur ont traversé le confinement

Alors qu'on parle de plus en plus d'une seconde loi pour étendre le dispositif, les dix territoires zéro chômeur de longue durée issus de la première loi ont fait face depuis deux mois aux contraintes du confinement. Entre protection des salariés et recherche de nouvelles activités.

« On savait bien que quelque chose de gros allait arriver. »  Quand on lui demande de raconter cette période entre le 12 (premier discours du président de la République) et le 16 mars (début du confinement), Justine Evrard, directrice adjointe de l'entreprise à but d'emploi (EBE) 13 Avenir, a cette formule. Dès le vendredi 13, l'EBE a commencé à prendre ses dispositions. « Nous avons défini un plan de continuité des activités, nous avons décidé de faire très attention aux personnes fragiles. L'après-midi, on a libéré l'ensemble des salariés. Nous avons également appelé l'ensemble de nos clients. Et le lundi, nous avons commencé à mettre les gens en télétravail. »  

Dans le 13e arrondissement

Depuis cette date, les locaux de 13 Avenir sont fermés et l'ensemble des activités ont été restructurées. Depuis son lancement en février 2017, l'entreprise du 13e arrondissement de Paris (en fait, elle ne concerne qu'un quart de cet arrondissement populaire) s'est organisée autour de quatre grands pôles : l'économie circulaire (menuiserie, textile, vélos...) ; le service aux habitants à travers deux comptoirs de quartier, l'un destiné aux personnes âgées, l'autre pour les familles ; des services aux entreprises (livraisons, logistique) et des équipements de quartier comme le coworking dans des locaux de l'Armée du salut.  

Aller vers les 130 salariés

Depuis le début, 13 Avenir a fait le choix de remplir très progressivement l'objectif d'embauche de tous les chômeurs de longue durée volontaires. « Nous employons actuellement 57 personnes, explique la directrice adjointe, mais notre projet, c'est d'aller vers 130 salariés. Cela passera peut-être par la création d'une seconde EBE sur une activité spécifique. »

Répondre aux besoins du territoire

Un service de livraison mis en place par 13 AvenirDR

Toujours est-il que le confinement a contraint la structure à se réorganiser. Un maximum de personnes se sont mises à faire du télétravail, et même ceux qui n'avaient jamais touché à une souris. « Nous avons installé sur les ordinateurs des systèmes pour faire des tchats entre salariés et pour procéder au pointage », précise Justine Evrard. Les deux comptoirs de quartier ont évidemment fermé, mais des activités en direction des personnes âgées ont été maintenues. Un service d'écoute de celles qui n'ont que pour compagnon la solitude fonctionne : 90 appels quotidiens. Grâce à un financement de la Fondation de France, un autre service de livraison de courses d'urgence (pack alimentation, pack hygiène) a été monté. L'optique de Territoires zéro chômeur, et le confinement ne change rien à l'affaire, est de répondre aux besoins du territoire. 

Trois nouvelles activités

Fin mars, trois nouvelles activités se sont mises en place, prises en charge par une dizaine de salariés : la livraison de courses, le soutien à l'association Aurore (pour la confection de repas en direction des SDF) et le portage de repas pour les personnes isolées (175 repas chaque jour). De son côté, l'atelier de couture qui existait déjà s'est mis à réaliser des masques, avec l'objectif d'un millier de pièces par semaine. 

Dans un village des Bouches-du-Rhône

Sept cents kilomètres plus au sud, l'EBE de Jouques, gros village de 4 700 habitants des Bouches-du-Rhône, est confronté à des problématiques proches. La configuration moins dense qu'à Paris a cependant permis de ne pas fermer le bâtiment principal. « Ça tombait bien, explique Ludwig Rouault, le directeur de l'EBE, on avait des travaux à faire à l'intérieur. » 

Cinq grands pôles

À Jouques, la période de confinement a été mise à profit pour des travaux d'aménagement du localDR

Employant à peu près le même nombre de salariés que 13 Avenir, soit 45 personnes, Elan Jouques s'est déployée depuis trois ans dans cinq directions : le tourisme (la commune est située entre Aix et Manosque), le multiservices (atelier vélo, ramassage des encombrants, aide aux écoles...), un atelier bois centré sur la location de toilettes sèches, la recyclerie, notamment de mobilier - grosse activité qui emploie une quinzaine de personnes - et enfin un pôle agro, tourné vers les paysans du secteur. Des activités en direction des écoles, mais d'autres comme le débarras des encombrants ont pris de l'ampleur. Pour une raison toute simple : les habitants confinés chez eux en ont profité pour vider leur cave ou leur grenier. 

Inquiétudes pour l'avenir

Les prestations pour les agriculteurs ont continué et la mairie de Jouques a missionné l'EBE pour réaliser de la communication en direction de la population. Pour autant, l'avenir n'est pas très rose à quelques jours du début du déconfinement. « Quand les écoles vont-elles reprendre ? Auront-elles besoin de nos services s'il y a peu d'élèves ? », s'inquiète un peu le directeur. L'activité de location des toilettes sèches va rester à l'arrêt : les manifestations publiques ou familiales ont toutes été reportées.

90 % de manque à gagner

Ludwig Rouault a fait ses comptes : il a perdu 90 % du chiffre d'affaires habituel sur ces deux mois.  « Que fera-t-on si on rencontre des difficultés financières ? », interroge le directeur. Avec cette question : l'État viendra-t-il à la rescousse de ces fragiles entreprises comme il le fait pour les méga entreprises ? Reste un point positif dans le fonctionnement souligné par le chef d'entreprise : « La communication par SMS que nous avons mis en place a permis de vraiment discuter tous ensemble. »

« Les salariés sont devenus autonomes » 

À Paris, le ton se veut plus optimiste : « Je ne suis pas trop inquiète sur l'aide de l'État », estime Justine Evrard. Qui pointe les changements positifs qui sont intervenus pendant ces huit semaines totalement inédites : « Les gens sont devenus plus autonomes. Avant, il était totalement inimaginable de faire une journée de télétravail. Notre menuisier qui n'avait jamais touché à un ordinateur s'est mis à faire lui-même des devis et à dessiner sur écran. Et je pense que d'autres développements qu'il est trop tôt pour voir vont intervenir. » Pour un peu, elle conclurait : vive le confinement !

NoëlBOUTTIER
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