Avec un livre qu'elle a autoédité, "Dans les coulisses d'une famille d'accueil", Victoire Dracés livre un témoignage nourri par vingt ans d'exercice en tant qu'assistante familiale. Elle raconte l’isolement du métier, la violence de certaines situations et les liens singuliers qui se nouent avec les enfants confiés.
Pourquoi avez-vous décidé d'écrire ce livre sur votre quotidien d'assistante familiale ?
Victoire DracésParce que c'est un métier où l’on est assez isolé. On fait partie d’une équipe, on dépend d'un service, mais au quotidien on travaille seule, chez soi, avec les enfants.
Avant de devenir assistante familiale, j’étais assistante sociale en psychiatrie. J’avais des collègues, une équipe, des temps de débriefing. Quand quelque chose était difficile, on pouvait en parler immédiatement.
En devenant assistante familiale, j’ai ressenti un vrai manque. Au début, j’écrivais sur un blog. Cela me permettait de partager, d’avoir parfois des retours. Quand ce blog a fermé, j’ai continué à écrire sur papier. J’ai commencé il y a plus de dix ans, d’abord pour moi, pour garder une trace du passage des enfants, des situations qui nous avaient marqués. Puis je me suis dit que ce témoignage pouvait avoir une utilité.
On connaît souvent mal le métier d’assistante familiale ou à travers des affaires de maltraitance ou des reportages à la télévision rarement positifs. J’avais envie de montrer la réalité du quotidien, sans l'enjoliver mais sans le noircir non plus. Il y a des difficultés, bien sûr, mais s’il y avait plus de mauvais que de bon, cela ferait longtemps que j’aurais arrêté.
Vous expliquez dans votre livre qu’on attend souvent des assistants familiaux qu’ils soient irréprochables. Cette pression est-elle constante ?
V. D.Oui, presque constamment. On a souvent le sentiment d’être plus observés que d’autres. Il suffit qu’un enfant arrive à l’école sans son matériel, ou avec des vêtements jugés inadaptés et le soupçon peut vite se porter sur la famille d’accueil. J’ai en tête beaucoup de situations de ce type.
Un enfant voulait absolument porter, pour aller en visite avec son père, de vieux vêtements que celui-ci lui avait donnés. C’était une façon pour lui de rester loyal à son parent. Moi, je me disais surtout que si quelqu’un nous voyait, on pourrait penser que je ne m’occupais pas correctement de lui.

