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À Marseille, des éducatrices parient sur la responsabilité partagée

Longs FormatsNina HUBINET09 avril 2026
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Créé il y a vingt ans à Marseille, le Groupement d’éducatrices pour l’insertion des jeunes (Gepij) fonctionne en "co-responsabilité" : cinq éducatrices spécialisées assurent ensemble les tâches administratives de leur structure et la recherche de fonds, en parallèle de l’accompagnement de jeunes en grande précarité. Un modèle exigeant mais qui donne tout son sens au travail social.

« Comment ça va les collègues ? » Joanna Martins, l’une des cinq salariées de Gepij, ouvre la réunion hebdomadaire par cette phrase qui sonne comme un rituel. Face à elle, trois de ses quatre collègues sont présentes, ainsi que Syane Aksa, en stage au sein de la structure. Elles s’apprêtent à passer en revue les situations des jeunes qu’elles accompagnent, puis les questions financières et administratives, et les projets de l’association. Sur la table, une belle rangée de stabilos multicolores, des clémentines, et un grand cahier, qu’attrape Marie-Léa Lacroix. « Ça fait longtemps que je n’ai pas écrit », dit-elle en notant la date du jour.

Il y a pas mal de choses qu’on ne fait pas comme les autres à Gepij, association d’éducatrices « co-responsables » créée il y a vingt ans à Marseille. Comme les comptes rendus de réunions : pendant ce moment d’échange essentiel du mardi matin, l’ordinateur ne sert qu’à vérifier certaines infos, mais on prend des notes sur un cahier que chacune pourra consulter ensuite. 

En réunion hebdomadaire, l'une des éducatrices prend des notes - et dessine ! - sur un cahier que chacune pourra consulter ensuite.  Valérie Vrel pour Le Media Social

Et Marie-Léa commence par y faire des dessins, comme baromètre du moral de ses collègues. « Moi ça va bien, je vois des fins d’accompagnement qui se profilent… Tu peux faire un tremplin ! », sourit Joanna. Après une hésitation, Marie-Léa esquisse une forme qui ressemble plus à un plongeoir ou un skate, de quoi propager quelques rires au sein de l’équipe.

Violences institutionnelles

« J’ai eu l’éducatrice du centre d'hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) de Toulon au téléphone hier : Julia (*) s’est installée dans son studio, elle se pose, ça se passe bien », expose Solène Paris à propos d’une jeune femme de 22 ans qu’elles suivent depuis plusieurs mois. « Elle a vu un généraliste et a pris rendez-vous avec une psy. Les premiers contacts ont été difficiles, mais l’éducatrice dit qu’ensuite quelque chose s’est ouvert, qu’elle a déposé ce qu’elle vivait », poursuit-elle, face aux sourires un peu émus de ses collègues.

« C’est une enfant de l’aide sociale à l'enfance (ASE), elle avait des gros problèmes d’attachement, des conduites à risque… Elle a vécu beaucoup de violences institutionnelles », raconte Solène. « Ils se renvoyaient tous la balle : Julia était perçue comme "trop folle" pour les structures spécialisées dans l’addiction, mais "pas assez folle" pour la psychiatrie », complète Muriel Hassler.

Les incasables 

Solène Paris (à droite) donne des nouvelles d'une des jeunes filles suivies à ses collègues (ici, Marie-Léa Lacroix et Muriel Hassler, de gauche à droite). Valérie Vrel pour Le Media Social