Solution alternative au placement en institution pour les mineurs en danger, le recours aux tiers dignes de confiance entraîne souvent une certaine solitude de ces derniers après la décision du juge de leur confier un enfant. Depuis septembre dernier, la Métropole de Lyon a mis en place un service de soutien à ces accueillants.
Assis par terre dans l’appartement de Madame S., Guillaume Combe inspecte machinalement les murs. « Je ne sais pas si on peut s’habituer à un tel niveau d'insalubrité », souffle l'éducateur spécialisé. Dans le trois-pièces de ce quartier des pentes de la Croix-Rousse, à Lyon, il pleut à l'intérieur. L'humidité causée par les multiples fuites a attiré les cafards et « depuis quelques semaines, il n’y a plus d'électricité dans la salle de bains », précise Mme S.
Un service dédié
C’est pourtant là que la trentenaire habite avec ses quatre enfants - ou plutôt cinq, depuis l'arrivée d’Aman (*) il y a bientôt trois ans. Soit depuis qu’elle a été désignée tiers de confiance (TDC) de l’adolescent, son neveu alors âgé de douze ans et qui arrivait de Mayotte. « Je suis sa tante, mais on a presque un rapport de frère et sœur parfois. Il me dépasse même en taille !, sourit la jeune femme. Conséquence, ce n’est pas toujours facile d’être derrière lui, surtout avec l'école. »
Pour l'épauler, Mme S. peut compter, depuis le mois d’octobre, sur le soutien de Guillaume Combe, éducateur au sein d’un nouveau service dédié à l’accompagnement des tiers dignes de confiance, mis en place par la Métropole de Lyon. Porté par l'association Aurore, le dispositif expérimental vise à aider les familles ayant choisi d’accueillir un enfant placé sur décision du juge. « Des proches, généralement dans le premier cercle des enfants. La plupart du temps, il s’agit d’une grand-mère ou d’une tante », explique Sandrine Kasidis, cheffe de service.
Privilégier les liens affectifs
Pour protéger un mineur, le juge des enfants peut choisir de le confier à un tiers digne de confiance. Si cette personne n’est pas nécessairement un membre de la famille de l’enfant, celui-ci doit toutefois entretenir avec le tiers « des liens d’attachement et de confiance ». Cette option inscrite dans l’article 375-3 du Code civil arrive juste derrière le placement chez « l’autre parent ».
Depuis la loi de protection des enfants du 7 février 2022, dite loi « Taquet », le juge des enfants a même l’obligation d’évaluer systématiquement la possibilité de placer un enfant auprès d’un proche avant d’envisager un placement dans un service départemental de l’aide sociale à l’enfance (ASE), par exemple en foyer. « Autrement dit, on privilégie de plus en plus les liens affectifs à une solution institutionnelle, dans un contexte de pénurie de places, et avec le recul critique sur les effets de ces institutions sur les enfants », poursuit Sandrine Kasidis.

