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Article25 février 2021
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Le Haut Conseil du travail social tire les leçons du Covid-19

Cette année de pandémie aura au moins permis aux travailleurs sociaux de se libérer de procédures administratives, et de démontrer leurs capacités d'adaptation. Dans un rapport au gouvernement, le HCTS en tire douze préconisations pour la profession.

Que peut donc apporter le Covid-19 au travail social ? Puisque la pandémie n’en finit pas de se prolonger, autant en tirer au moins des leçons, et pourquoi pas des avantages, pour les professionnels de la solidarité et pour les personnes qu’ils accompagnent. Le Haut Conseil du travail social (HCTS) s’y emploie, dans un rapport remis le 25 février, consacré à l’« impact de la crise sanitaire » sur « les organisations et les pratiques professionnelles des travailleurs sociaux ».

Une saisine du gouvernement

La question avait d’ailleurs été posée à l’instance consultative par le gouvernement lui-même, dans une saisine du 5 octobre, signée par pas moins de six ministres. Saluant « l’engagement » des travailleurs sociaux face au Covid-19, Olivier Véran et ses collègues invitaient alors le Haut Conseil à explorer « les enseignements de la crise sanitaire » pour le secteur, et à identifier des « réponses innovantes mises en œuvre ».

Un révélateur

Il est vrai que l’épidémie aura agi comme un révélateur, y compris pour le travail social. Le HCTS le constate à bien des égards, sur la base d’une trentaine d’auditions, de retours de ses comités locaux, mais aussi de contributions écrites, de rapports, ou encore d’articles de presse. Le premier confinement, tout particulièrement, a pu être « un révélateur des potentiels et des freins rencontrés par les professionnels », est-il annoncé dès l’introduction de ce rapport, coordonné par Marie-Paule Cols, « personne qualifiée » du HCTS - et membre du comité éditorial du Media social .

Une gouvernance à repenser

La crise a déjà mis en lumière « une gouvernance à repenser », estime le Haut Conseil. Dans le branle-bas de combat du printemps, en effet, « le pilotage des politiques publiques a été massivement descendant, de l’État vers les territoires » et « a révélé un fort cloisonnement des pouvoirs en place à l’échelle locale », résume l’instance. Ici ou là, certes, des coordinations déjà éprouvées ont pu faire merveille, mais « la tendance penche plutôt vers le constat d’un pilotage qui a révélé de forts cloisonnements, des consignes floues, parfois contradictoires entre ARS et conseils départementaux ».

Capacité d'adaptation

Un « climat d’incertitude » inhabituel aura aussi prévalu, dès mars 2020 – jusque sur l’opportunité de porter un masque, ou non… Or toute cette confusion a « révélé à la fois la capacité d’adaptation et l’autonomie des professionnels, mais aussi l’agilité et la plasticité des institutions confrontées à la nécessité d’agir », souligne le HCTS, évoquant les aides à domicile se bricolant des blouses en sac plastique, ou encore les éducateurs spécialisés s’essayant à la visioconférence. Les personnes accompagnées, au passage, auront aussi pu noter des différences de « niveau d’implication » d’un travailleur social à l’autre, depuis « l’attentisme » passif jusqu’à « l’action » la plus résolue.

Retour aux sources

Mais si la crise a ainsi allumé ces pleins phares sur le travail social, elle lui a aussi permis un retour aux sources inattendu. Car les professionnels, tout à la fois préoccupés pour leurs usagers en danger, et libérés de procédures administratives, ont soudain pu se repositionner « sur leur cœur de métier qu’est la relation et l’accompagnement des publics », plutôt que « sur la gestion des dispositifs ». Et en prime, la confiance s’est de nouveau imposée, notamment de la part des hiérarchies, concédant enfin « une place importante » aux initiatives.

Une révolution

Mais ce retour au point de départ est aussi une révolution. Car cette première année de pandémie, bien sûr, a aussi imposé « l’accompagnement à distance » et servi d’« accélérateur de l’usage du numérique », pour des travailleurs sociaux réputés parfois inaptes ou réticents aux nouvelles technologies. Certes, ce n’est « pas parce que certains accompagnements ont pu se poursuivre à distance que ce mode d’intervention est souhaitable », tempère le HCTS. Mais la crise aura au moins démontré que « le téléphone ou la visio-conférence sont utiles et complémentaires des entretiens en présentiel ».

L'aller-vers conforté

Si les pratiques professionnelles ont ainsi été « percutées » par le Covid-19, c’est aussi car la démarche de l’aller-vers aura été « confortée et légitimée par le confinement ». Le rapport évoque notamment tous ces travailleurs sociaux qui ont veillé à prendre contact, depuis leur télétravail, avec des personnes en difficulté. Le HCTS aborde, par ailleurs, le rôle des cadres de proximité, qui ont pu « se recentrer sur l’essentiel », ou encore divers questionnements éthiques, déjà décrits dans un autre rapport adopté en janvier.

Douze préconisations

En définitive, « la crise sanitaire a permis de mettre la focale sur un certain nombre de réalités du travail social déjà connues », et soulevées notamment lors des États généraux organisés sous François Hollande. Les douze préconisations que le HCTS tire de la pandémie, dès lors, ne sont pas nécessairement nouvelles. Il invite ainsi le gouvernement à mieux « articuler pilotage national et pilotage territorial », à « reconnaître les capacités d’initiative » des travailleurs sociaux, ou à « recentrer » leur intervention sur « l’accompagnement individuel et collectif ». Et de manière un peu plus inédite, il appelle à « pérenniser le principe d’une réserve civique unique », à « favoriser un meilleur usage des outils numériques » ou à « anticiper l’impact social des crises », qu’elles soient sanitaires ou encore climatiques.

Une profession « dans l'ombre » 

Le gouvernement peut donc désormais s’intéresser de près au travail social. Le HCTS l’y invite en tout cas : il lui reproche d’avoir laissé ses premières directives contre le Covid-19 « silencieuses sur le rôle des travailleurs sociaux », la profession restant à ses yeux « dans l’ombre, échappant à toute attention de la part des médias comme du pouvoir politique ».

Faut-il donc y voir un mauvais présage ? La remise officielle du rapport, prévue le 24 février, en présence des six ministres commanditaires, a été annulée au dernier moment, et troquée contre un simple envoi par mél. Olivier Véran et Brigitte Bourguignon, il est vrai, avaient une urgence de taille : ils devaient se rendre à Dunkerque, désormais aux prises avec une nouvelle flambée de l’épidémie. La santé avant tout...

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OlivierBONNIN
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