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Interview01 décembre 2020
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Christian Viallon : "Construire un numérique au service de l’humain"

Alors que le plan "ESMS numérique" entre dans sa phase opérationnelle, Christian Viallon, expert du sujet et responsable du groupement associatif Ressourcial, revient sur les enjeux de ce programme qui doit conduire à la transformation numérique de l’ensemble du secteur social et médico-social.

Réclamée de longue date par les grandes fédérations, la mise en œuvre d’un plan de transformation numérique adapté au secteur médico-social est inscrite dans la feuille de route du numérique en santé d’avril 2019. Depuis, une première mouture de la « trajectoire du numérique en santé adaptée au médico-social » a été présentée et devrait, après avoir été mise en concertation, être publiée en janvier prochain. Une enveloppe nouvelle de 600 millions d’euros (M€) a, par ailleurs, été annoncée lors du Ségur de la santé pour 5 ans (2021-2025), crédits qui s’ajoutent aux 30 M€ du fonds d’amorçage.

Comment avez-vous accueilli l’annonce de la feuille de route gouvernementale en avril 2019 ?

Christian ViallonD’emblée je me suis réjoui que ce programme intègre un plan dédié au secteur médico-social. Et si nous avions des interrogations sur son périmètre, la délégation du numérique en santé (DNS) a, début 2020, confirmé que le champ social en ferait bien partie, ce que nous souhaitions. Par ailleurs, les 600 millions d’euros annoncés en juillet représentent une somme importante qui doit permettre de financer la transformation numérique de la quasi-totalité du secteur social et médico-social. Sans compter que l’ensemble de la feuille de route est doté d’1,4 milliard d’euros dont bénéficiera également ce secteur concerné par nombre des actions prévues.

Que pensez-vous de la méthode adoptée ?

C.V.Elle est positive. Le gouvernement a fait le choix d’une gouvernance inversée, c’est-à-dire de partir des acteurs et des territoires pour construire des solutions adaptées au terrain et non de prendre des mesures nationales à appliquer de façon descendante. Dans chaque région, des collectifs doivent se constituer rassemblant les agences régionales de santé (ARS), les groupements régionaux d’appui au développement de la e-santé (GRADeS), les grandes fédérations… pour construire le plan à l’échelle du territoire en cohérence avec la doctrine nationale. Certaines régions sont déjà bien avancées, comme dans les Hauts-de-France, Provence-Alpes-Côtes-d’Azur, la Nouvelle-Aquitaine ou la Bretagne.

N’y a-t-il pas un risque d’inégalité territoriale ?

C.V.Les ARS sont fortement incitées à se mobiliser et la DNS a mis en place un système de reporting régulier qui va les obliger à rendre compte de l’avancée des travaux. Par ailleurs, la feuille de route prévoit le déploiement de l’outil Convergence qui vise à évaluer la conformité des actions mises en œuvre avec la doctrine nationale, ce qui doit garantir l’harmonisation des solutions.

Ce programme devrait donc permettre au secteur de rattraper son retard ?

C.V.C’est l’enjeu. Le niveau de maturité du secteur social et médico-social est très contrasté en matière de numérique même si dans l’ensemble, il y a un retard global par rapport au secteur sanitaire. Mais il faut le voir comme une opportunité car nous n’allons pas reproduire les erreurs du sanitaire et donc aller plus vite. L’idée est de s’appuyer sur l’expérience du sanitaire pour l’adapter au médico-social.

Comment ?

C.V.En développant une approche par les usages qui consiste à analyser la façon dont les équipes s’emparent collectivement d’un outil numérique pour faire en sorte qu’il facilite l’action des professionnels. Cette démarche permet de construire des outils en adéquation avec le fonctionnement des structures et des équipes sur le terrain. L’autre élément important est de toujours s’assurer que les personnes accompagnées comme les professionnels sont en mesure de les utiliser. Il s’agit de construire un numérique au service de l’humain visant à renforcer le pouvoir d’agir des personnes, qu'elles soient usagers ou professionnels. Les aspects techniques doivent être considérés comme secondaires.

Concrètement, où en sommes-nous ?

C.V.L’instruction aux agences régionales de santé (ARS) qui doit être publiée très prochainement, va lancer le processus. Ainsi dès janvier, les ARS vont pouvoir lancer de premiers appels à projet pour distribuer les 30 millions d’euros du fonds d’amorçage. Cela permettra de financer une centaine de projets pilotes portés par des structures déjà prêtes. Ensuite, la phase dite de généralisation démarrera mi-2021 et concernera l’ensemble des structures, y compris sociales, sur cinq ans.

Quel est l’objectif ?

C.V.Au terme du plan, tous les établissements et services sociaux et médico-sociaux (ESSMS) devront être dotés d’un dossier unique de l’usager informatisé et interopérable (DUUII). C’est le cœur de l’action et le premier chantier du plan. Mais d’autres sujets sont déjà en réflexion dans le cadre de groupes de travail lancés par la DNS comme les échanges de données dans une logique de parcours, le développement de services numériques à destination des usagers (pouvoir d’agir), l’accompagnement des acteurs sur le terrain, la mutualisation des outils entre ESSMS, la création d’indicateurs de pilotage via la contractualisation.

Que dire à des professionnels qui seraient encore réticents à se lancer ?

C.V.D’abord que le sujet du numérique est aujourd’hui un enjeu stratégique dont les directions doivent s’emparer. En effet, l’architecture ciblée par la feuille de route va se mettre en place quoiqu'il arrive car elle va dans le sens de la logique de parcours. Il va y avoir de l’information à produire et à échanger à un rythme tel que ça ne sera plus possible de le faire manuellement. La crise sanitaire a d’ailleurs mis en lumière cette nécessité.

Autre élément : l’enveloppe de 600 millions représente une somme très importante dont il faut se saisir car cette occasion ne se représentera pas. Enfin, le plan prévoit l’accompagnement des acteurs qui ne sont pas seuls face à ce chantier. D’ailleurs, pour répondre aux appels à projet, les structures sont invitées à se regrouper en collectif pour que la transformation numérique se construise en mutualisant les ressources et les compétences. Loin du fantasme du "regroupement à marche forcée des organismes gestionnaires", cette mutation se fera grâce à la coopération des acteurs.

Pour aller plus loin : 

Dans un guide Direction[s] à paraître le 9 décembre (chez ESF Éditeur*), Christian Viallon propose une réflexion sur le sens et la portée de la transformation numérique. Il livre des conseils en adéquation avec la stratégie gouvernementale ainsi qu’une méthode « pas à pas » pour que chaque structure puisse élaborer sa feuille de route du système d’information.

* ESF Éditeur et Direction[s] appartiennent aux Éditions Législatives, qui publient aussi Le Media Social.

Propos recueillis par NoémieCOLOMB
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